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Daphne Caruana Galizia, la journaliste maltaise assassinée reste visée, à titre posthume, par des dizaines de procès en diffamation

Des plancartes pendant une manifestation nationale exigeant la justice en el cas de la journaliste assassinée Daphne Caruana Galizia, Valletta, Malta, le 22 octobre 2017
Des plancartes pendant une manifestation nationale exigeant la justice en el cas de la journaliste assassinée Daphne Caruana Galizia, Valletta, Malta, le 22 octobre 2017

MATTHEW MIRABELLI/AFP/Getty Images

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 2 mars 2018.

Il y a dix ans, la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia lançait le blog Running Commentary, dans lequel elle faisait la chronique des affaires politiques de son pays et dénonçait la corruption. Dix ans après, 26 affaires de diffamation visent encore la défunte journaliste.

Avec son ton acerbe, Daphne Caruana Galizia a révélé au grand jour les méfaits commis par les hommes et les femmes de pouvoir du pays. Son engagement et son acharnement ont fait d'elle l'une des personnalités médiatiques les plus importantes de Malte. Son blog Running Commentary a connu un succès rapide, attirant entre 400 000 et 500 000 lecteurs par jour, soit beaucoup plus que n'importe quel journal en circulation à Malte.

Ses révélations ont provoqué la tenue d'élections générales anticipées en 2017. Au fil des années et jusqu'à son assassinat, Daphne Caruana Galizia a subi des pressions croissantes, exacerbées par la popularité de son blog ainsi que par son travail sur les Panama Papers et dans le cadre d'autres enquêtes. Au moment de sa mort, elle était visée par 42 procès pour diffamation au civil et cinq au pénal. Elle était également régulièrement la cible de menaces et de harcèlement. Malgré toutes ces pressions, elle avait toujours refusé de se taire.

Moins d'une heure après avoir posté un dernier article sur son blog, Daphne Caruana Galizia a été tuée le 16 octobre 2017 dans l'explosion de sa voiture alors qu'elle quittait son domicile à Bidnija. Bien que des arrestations aient eu lieu et que trois hommes soient en attente de leur jugement, Reporters sans frontières (RSF) rappelle la nécessité qu’une justice pleine et entière soit rendue dans cette affaire. Tous ceux impliqués dans la préparation et la commission de ce crime doivent être identifiés et jugés.

La directrice du bureau Royaume Uni de RSF, Rebecca Vincent, est actuellement à Malte où elle participera, le vendredi 2 mars à un hommage marquant les 10 ans de la création de Running Commentary et commémorant le travail de Daphne Caruana Galizia. La veille, Rebecca Vincent a également suivi les audiences de 26 des affaires de diffamation qui visent, encore à ce jour, la défunte journaliste : une a été portée devant les tribunaux par le Premier ministre de Malte Joseph Muscat, deux par le ministre du Tourisme Konrad Mizzi, deux par le chef de cabinet du Premier ministre Keith Schembri, une par l'ancien vice-gouverneur de la Banque centrale Alfred Mifsud, une par Phyllis Muscat, qui fut en charge de l'organisation du sommet 2015 des chefs de gouvernement du Commonwealth à Malte, et enfin 19 ont été portées devant la justice par l'homme d'affaires Silvio Debono.

Malgré le nombre élevé d'audiences, aucune avancée réelle n'a été observée dans ces dossiers. Un des avocats était malade, un autre a demandé plus de temps, et l'avocat de Keith Schembri n'est pas parvenu à présenter un seul des témoins de son client à la barre. L'un de ces témoins a été accusé d'outrage au tribunal et a été ordonné de comparaître le 7 mai prochain. En comptant ces affaires, 34 cas de diffamation visent toujours Daphne Caruana Galizia, même après sa mort.

"Nous avons organisé plusieurs rassemblements à Londres pour rendre hommage au travail de Daphne Caruana Galizia et pour réclamer que toute la justice soit faite autour de son assassinat. J'ai l'honneur d'être présente à La Valette pour exprimer notre solidarité avec ses proches et ceux qui la soutiennent. Toutes les personnes impliquées dans ce crime abominable, que ce soit les commanditaires ou ceux qui l'ont perpétré, doivent impérativement être traduits en justice car la moindre once d'impunité dans ce dossier créerait un dangereux précédent dont les conséquences se feraient ressentir bien au-delà des frontières de Malta", a déclaré Rebecca Vincent.

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