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Les autorités ne voient pas les menaces de mort comme des crimes

Lydia Cacho, une journaliste d'enquête du Mexique qui a révélé dans son livre l'existence d'un réseau pédophile impliquant des hommes d'affaires et des responsables du gouvernement, affronte une nouvelle vague de menaces de mort et de surveillance.

Cacho rapporte que des hommes la suivent dans ses déplacements à partir de voitures stationnées à l'extérieur de son bureau et de son appartement. En outre, des inconnus prennent des photos de sa voiture et filment son immeuble à appartements. Un homme en particulier, visiblement armé d'un pistolet semi-automatique dissimulé dans le bas du dos d'après les témoins, a été aperçu à l'extérieur de l'appartement de Cacho en trois occasions distinctes en mai. Depuis février 2009, Cacho reçoit aussi des menaces de mort dans des commentaires sur son blogue (http://www.lydiacacho.net), selon ce que rapportent le Comité des écrivains en prison du PEN International (WiPC) et ARTICLE 19.

Lorsque Cacho a rapporté à Quintano Roo, de la police d'État, que des individus armés rôdaient près de son domicile, de son bureau et de sa voiture, le policier a répondu que, même si elle faisait enquête sur les numéros des plaques d'immatriculation des voitures en cause, la police ne voyait pas de délit criminel dans une surveillance menaçante. Les autorités ont également refusé d'intervenir à propos des menaces de mort en ligne, dit Cacho.

« Les incidents que rapporte Lydia Cacho sont particulièrement troublants devant la faillite de l'État mexicain, incapable de la protéger dans le passé, et devant le climat général de violence dans lequel baignent les médias du pays », dit la directrice générale d'ARTICLE 19, la Dre Agnès Callamard.

Le livre de Cacho publié en 2005, « Les Démons de l'Éden : le pouvoir derrière la pornographie » (en anglais : The Demons of Eden: the power behind pornography) a révélé les noms de plusieurs politiciens corrompus qui protégeaient des rigueurs de la loi un important réseau pédophile. Toutes les personnes dénoncées dans le livre, sauf une, sont toujours en liberté, indique le WiPC.

Après la parution du livre, Cacho a été arrêtée illégalement, détenue et inculpée de diffamation pénale. L'accusation a été portée contre elle par un homme d'affaires, Kamel Nacif, qui a été enregistré en train de remercier le gouverneur de Puebla pour l'aide qu'il lui avait apportée en la détenant. La bande audio a été exclue comme élément de preuve devant la Cour suprême, dans une affaire où on contestait les chefs d'accusation, au motif cependant qu'elle provenait d'une source inconnue. Les accusations de diffamation contre Cacho ont été abandonnées en 2007, mais la Cour suprême du Mexique a statué à la fin de l'an dernier que le gouverneur n'avait pas violé la loi ordonnant l'arrestation de Cacho. Dans un rapport publié plus tôt cette année, la Commission nationale des droits de la personne (Comisión Nacional de Derechos Humanos, CNDH) du Mexique a conclu que Cacho a été torturée en prison et que son arrestation en 2005 violait ses droits fondamentaux.

Depuis sa remise en liberté, Cacho continue de rapporter la nouvelle sur les questions de droits de la personne, notamment la corruption, la violence contre les femmes et l'exploitation des enfants.

Le WiPC et ARTICLE 19 exigent que le gouvernement mexicain fasse enquête sur les menaces et prenne des mesures immédiates pour la mettre en sécurité. ARTICLE 19 appelle en outre le président Felipe Calederón Hinojosa à assumer la pleine responsabilité de la protection de Cacho et à proclamer publiquement cette garantie.

Dans le sillage de la surveillance de Cacho, le Centre pour le journalisme et l'éthique publique (CEPET), qui est membre de l'IFEX, rapporte qu'après le meurtre du reporter Eliseo Barrón Hernández, dans la ville de Durango, dans le nord du Mexique, d'autres journalistes de la région ont reçu des menaces de mort. José Bladimir Antuna García, reporter au journal « El Tiempo », a déclaré que le 26 mai, jour où on a trouvé le cadavre de Hernández, quelqu'un l'a appelé et lui a dit « Bladimir Antuna sera le prochain ». Antuna García a aussi déclaré au CEPET qu'il avait survécu à une tentative d'assassinat le 26 avril, lorsqu'un individu a ouvert le feu dans sa direction tandis qu'il se trouvait devant chez lui.

De plus, le 27 mai, des vêtements avec des menaces de mort inscrites dessus ont été disposés pour les journalistes et le personnel militaire à travers Torreón, dans l'État de Coahuila, une ville proche de Durango, rapporte le CEPET. Un de ces vêtements a été déposé devant les bureaux de la station de télévision « Televisa Laguna ». Le vêtement, signé par le groupe de trafiquants de drogue dirigé par Joaquín El Chapo Guzmán, comportait des messages comme : « Journalistes, nous voici. Demandez à Eliseo Barrón. 'El Chapo' et le cartel Poniente ne pardonnent pas. »

Les administrateurs d'un journal local, qui préféreraient ne pas divulguer le nom de leur média, ont déclaré au CEPET que plusieurs reporters ne se présentent plus au travail en raison de menaces de mort. Par peur, les administrateurs du journal ont dit au CEPET qu'ils s'autocensurent en réduisant leur couverture du crime organisé.

Les organisations de défense de la liberté d'expression à travers le monde expriment leur grave inquiétude face à l'indifférence du gouvernement et de la police devant le harcèlement, les agressions et les meurtres de journalistes au Mexique. Face à cette culture d'impunité et devant les menaces renouvelées contre Cacho, le WiPC relance son appel au gouvernement du Mexique pour qu'il respecte son engagement de faire de l'assassinat de journalistes un délit fédéral.

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