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Huit journalistes sont enlevés, deux sont tués

Au Mexique, l'information peut être fatale. Huit journalistes ont été enlevés lors d'incidents distincts entre le 18 février et le 3 mars, selon ce que rapportent le Centre pour le journalisme et l'éthique publique (Center for Journalism and Public Ethics, CEPET), la Société interaméricaine de la presse (SIP), Reporters sans frontières (RSF) et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Trois journalistes ont été libérés par la suite; l'un d'eux est mort des tortures qu'il a subies. Dans les salles de presse du Mexique, les journalistes restent silencieux sur les enlèvements par crainte des représailles des trafiquants de drogue. Et, dans un autre coin du pays lui aussi sous la terreur des cartels de la drogue, un autre journaliste a été assassiné le 12 mars.

Les journalistes enlevés travaillent tant dans la presse écrite que dans les médias électroniques; ils ont été enlevés à Reynosa, dans l'État septentrional de Tamaulipas. Les sources ont refusé de divulguer les noms des victimes ou de porter plainte auprès des autorités par crainte des représailles ou de mettre encore plus en danger la vie des victimes. Les enlèvements surviennent à un moment où des affrontements sanglants font rage entre deux cartels de la drogue dans la zone frontalière de Reynosa, et la presse est intimidée pour l'inciter à s'abstenir de couvrir la violence. Les journalistes locaux disent que les cartels sont à l'origine de ces enlèvements, et qu'une police corrompue les protège. « Une dispute interne grandissante, chez les membres des cartels de la drogue, a coûté la vie à plus de 200 personnes en 14 jours et contribue à un blackout des médias », rapporte l'Association mondiale des journaux et des éditeurs de nouvelles (AMJ-IFRA).

Le reporter Jorge Rábago Valdez, 49 ans, qui travaillait pour le quotidien « La Prensa » de Reynosa et les radiodiffuseurs « Radio Rey » et « Reporteros en la Red », a été enlevé le 19 février. On l'a abandonné sur une autoroute moins de deux semaines plus tard, vivant, mais sans connaissance et avec des marques de torture. Il a succombé le 2 mars à l'hôpital. Quant à Miguel Angel Domínguez Zamora, reporter au « Le Mañana » de Reynosa, il est porté disparu depuis le 1er mars.

Deux reporters du groupe de médias Milenio, à qui on avait confié la tâche de couvrir la violence reliée à la drogue à Reynosa, ont été enlevés le 3 mars et relâchés le lendemain. Rédacteur en chef chez Milenio, Ciro Gómez Leyva, a fait paraître en regard de la page éditoriale un article dans lequel il affirme que les deux reporters ont été blessés et que leurs ravisseurs les avaient avertis d'éviter tout reportage sur eux. « Le journalisme à Reynosa est mort. Je n'ai rien d'autre à dire », a-t-il dit.

« À mesure que s'incrustent le trafic de drogue, la violence et l'anarchie », dit le CPJ, « les médias du Mexique sont contraints au silence. Ce genre d'autocensure cause un tort grave à la démocratie mexicaine. »

Dans un incident séparé, le cadavre criblé de balles du reporter mexicain Evaristo Pacheco Solís a été trouvé la semaine dernière à Chilpancingo, dans l'État de Guerrero - autre zone déchirée par une guerre ouverte entre deux gangs de la drogue, rapportent RSF, le CPJ et l'Institut international de la presse (IIP). Reporter à l'hebdomadaire « Visión Informativa », Pacheco Solís est le deuxième journaliste assassiné à Guerrero cette année. D'après les dépêches de la presse, au moins 15 personnes sont mortes la semaine dernière à Guerrero dans une série de violents attentats.

« Tandis que les journalistes sont assassinés les uns après les autres, la population mexicaine - qui se trouve à l'avant-plan du violent conflit qui oppose le gouvernement aux cartels de la drogue - se voit dépouillée de son droit à l'information, tandis que des journalistes mexicains courageux sont privés brutalement de leur droit d'informer », dit l'IIP.

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