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Les cartels de la drogue visent les utilisateurs des médias sociaux tandis que la communauté internationale s'attaque à la sécurité des journalistes à une conférence anti-impunité de l'ONU

Un homme est debout près d’affiches sur lesquelles sont écrits les mots « Plus de sang » lors d’un rassemblement de militants des droits de la personne à Ciudad Juárez au début de l’année
Un homme est debout près d’affiches sur lesquelles sont écrits les mots « Plus de sang » lors d’un rassemblement de militants des droits de la personne à Ciudad Juárez au début de l’année

REUTERS/Gael Gonzalez

La semaine dernière, un jeune homme et une jeune femme ont été découverts pendus à une corde attachée à un pont piétonnier à Nuevo Laredo, dans le nord du Mexique. Sur leurs cadavres mutilés se trouvaient des affiches manuscrites indiquant qu'ils avaient été tués pour avoir dénoncé sur un réseau social les activités d'un cartel de la drogue. Alors que peu de reporters osent couvrir la guerre de la drogue qui fait rage au Mexique par crainte d'en être eux-mêmes les victimes, les assassins semblent avoir choisi de nouvelles cibles : les utilisateurs des réseaux des médias sociaux qui couvrent les activités des cartels, disent la Société interaméricaine de la presse (SIP) et ARTICLE 19.

« C'est ce qui arrivera à tous ceux qui affichent sur Internet des affirmations rigolotes » pouvait-on lire sur une des affiches, selon CNN. Une autre affiche désignait nommément deux blogues, Al Rojo Vivo et Blog del Narco, selon ce que rapporte CNN.

Blog del Narco est un site qui traite exclusivement des nouvelles concernant la violence liée à la drogue au Mexique. Son créateur reste anonyme. Sur le forum Al Rojo Vivo, les citoyens peuvent donner des renseignements de façon anonyme.

La menace semblait porter comme signature la lettre Z - référence possible au cartel de la drogue « Los Zetas » qui opère dans la région. On n'a pas confirmé l'identité des victimes ni le lien avec les médias sociaux.

Il sera difficile de déterminer si les deux victimes avaient vraiment affiché sur Internet quoi que ce soit ayant trait aux cartels, parce que d'habitude les gens n'utilisent pas leur vrai nom en ligne, a déclaré à CNN l'enquêteur Ricardo Mancillas Castillo.

Il n'y a pas eu de témoins, et il est presque impossible d'identifier les auteurs des deux meurtres, a-t-il ajouté.

Tandis que s'étend l'autocensure dans les médias traditionnels du Mexique, les Mexicains se tournent vers les blogues et les sites des médias sociaux pour partager les informations et transmettre les nouvelles sur la guerre de la drogue et autres actes de violence, indiquent la SIP et les dépêches.

La journaliste espagnole Judith Torrea a remporté cette année le prix de la Liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF) au concours des meilleurs blogues pour Ciudad Juárez, « en la Sombra del Narcotráfico » (Ciudad Juárez, dans l'ombre du trafic de la drogue) - un blogue sur les activités du cartel de la drogue, la répression gouvernementale et la corruption policière dans une région où de nombreux journalistes sont contraints à l'exil à cause de leurs reportages.

Pourtant, plutôt que d'offrir une protection aux usagers des médias sociaux, le gouvernement a procédé le 25 août à l'arrestation de Maria de Jesus Bravo Pagola et de Gilberto Martinez Vera et les a inculpés de terrorisme et de sabotage pour avoir affiché sur Twitter de faux messages sur la possibilité d'un attentat perpétré par le crime organisé contre une école de Veracruz - une réaction excessive de la part des autorités, dit ARTICLE 19.

Selon ARTICLE 19, le fait de viser les usagers des médias sociaux, que ce soit de la part des autorités ou des cartels, a pour résultat que « peu de citoyens vont se montrer disposés à entamer des discussions et des échanges en ligne. C'est l'autocensure en ligne qui finira par triompher. »

Les derniers meurtres sont le signe que les cartels accordent eux aussi de l'importance à la couverture de l'actualité à l'extérieur des canaux des médias traditionnels.

« Le niveau de violence dépasse clairement les cercles de la presse et devient un problème pour la liberté d'expression », a déclaré Carlos Lauría du Comité pour la protection des journalistes (CPJ) dans une entrevue au « Toronto Star ».

« Il s'agit d'une tentative de la part des organisations criminelles pour prendre le contrôle de l'information. Il n'y a pas qu'une guerre qui se déroule dans les rues à l'heure actuelle », a-t-il ajouté.

La violence liée à la drogue dans le pays aurait fait plus de 35 000 morts depuis que le Président Felipe Calderon a lancé une offensive armée contre les cartels de la drogue il y a cinq ans. Et comme le rapportent souvent les membres de l'IFEX, plus de journalistes ont été tués au Mexique que n'importe où ailleurs en Amérique latine.

La SIP, dans le cadre de la campagne anti-impunité qu'elle mène depuis longtemps, réclame que les crimes contre la libre expression soient désignés comme délits fédéraux. Cette affaire n'est pas différente. « Il faut défendre le droit des gens de faire une déclaration, d'exprimer une opinion ou un énoncé, par les médias d'information traditionnels ou par les nouveaux médias en ligne, et que la défense de ce droit soit un engagement que nous prenons tous - la société dans son ensemble et la presse », dit la SIP.

Un nombre important de membres de l'IFEX, dont la SIP, le CPJ et RSF, ont participé la semaine dernière à Paris à la rencontre Inter-Agences des Nations Unies sur « La sécurité des Journalistes et la question de l'impunité ».

Tout en accueillant favorablement cette manifestation sans précédent de l'inquiétude ressentie pour les questions qui entourent la liberté de la presse de la part de la communauté internationale et le succès de l'UNESCO qui a réussi à organiser cette rencontre », fait valoir le CPJ, le groupe affirme « éprouver un doute quant à savoir si cette initiative se traduira en action concrète ».

Même lors de cette rencontre, le CPJ a fait remarquer que les délégués officiels du Mexique ont exprimé un « mécontentement véhément » que le Mexique ait été désigné nommément comme un endroit où règnent l'impunité et la violence contre les journalistes.

Jorge Canahuati de la SIP a déclaré à la conférence que la frustration la plus grande ressentie dans l'hémisphère occidental « est l'indifférence et l'inaction de la part de nombreux gouvernements ».

« Les gouvernements sont conscients du problème », a-t-il dit. « Ils l'ont diagnostiqué, ils parlent de le résoudre, mais ils n'ont pas la détermination ni la volonté politique pour réformer les politiques publiques, administrer la justice ou instaurer des programmes de protection. »

La SIP recommande que les enquêtes sur les crimes commis contre les journalistes ne soient pas limitées par une prescription, que les pénalités pour ces crimes soient renforcées et que des juridictions d'exception soient créées pour la répression des délits touchant à la liberté d'expression.

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