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Circonspection à l'annonce de la détention de l'assassin présumé de Brad Will

(RSF/IFEX) - Le 30 mai 2012 - Rendue publique le 23 mai 2012 par le procureur général de l'État d'Oaxaca, la nouvelle de la détention de l'assassin présumé de Brad Will ne rassure pas totalement certains observateurs de la procédure, dont Reporters sans frontières. Près de six ans après la mort du jeune cameraman de l'agence alternative Indymedia à Oaxaca, au plus fort d'une crise sociale et politique durement réprimée par les autorités de l'État, ce nouveau rebondissement judiciaire ne lève pas toutes les zones d'ombre.

“Tout en nous engageant à respecter la position de la famille de Brad Will, qui ne s'est pas encore exprimée officiellement, nous demeurons circonspects quant à certaines conclusions formulées à l'annonce de la détention de Lenin Osorio Ortega. Les graves précédents qui entachent cette procédure, confiée en 2007 à la justice fédérale, n'ont eux-mêmes jamais fait l'objet d'une enquête en bonne et due forme. Nous rappelons également qu'un premier suspect, accusé à tort et incarcéré pendant un an dans la même affaire, a été relâché faute de preuves”, a souligné Reporters sans frontières.

Alors qu'il couvrait une importante manifestation de l'Assemblée populaire des peuples d'Oaxaca (APPO), le 27 octobre 2006, à Santa Lucia del Camino, Brad Will avait été mortellement touché, de face, par des tirs de balles provenant des rangs de la garde rapprochée d'Ulises Ruiz Ortiz, alors gouverneur de l'État d'Oaxaca. L'enquête qui avait suivie avait été notamment marquée par des manipulations des rapports balistiques et d'autopsie, et l'impunité totale concédée à des individus pourtant confondus par de nombreux témoins. Plus grave, elle avait conduit à la détention d'un militant de l'APPO, Juan Manuel Martínez Moreno, libéré en l'absence de charges le 18 février 2010. La famille de Brad Will s'était également élevée contre cet emprisonnement arbitraire.

Le profil du présent suspect décrit par le procureur Manuel de Jesús de López semble davantage correspondre à la réalité des faits. Ancien employé de l'Institut d'éducation publique d'Oaxaca (IEEPO), Lenin Osorio Ortega, 39 ans, “a été identifié, dès le début, par des témoins comme l'un des membres du groupe priiste [militants du Parti révolutionnaire institutionnel, PRI, auquel appartient l'ancien gouverneur – ndlr] présents ce jour-là à Santa Lucia del Camino”, nous a confirmé l'avocat mexicain de la famille Will, Miguel Angel de los Santos.

La thèse du tireur isolé à longue distance désormais avancée par le parquet de l'État pose, en revanche, question. Miguel Angel de Santos a rappelé que les témoins qu'il avait présentés au ministère public avaient été écartés et même menacés de poursuites. “La mort de Brad Will n'est pas un fait isolé. Deux membres de l'APPO ont été tués sur les lieux”, insiste-t-il, en plaidant pour que l'enquête détermine, le cas échéant, la responsabilité de l'ancien gouverneur Ulises Ruiz Ortiz. Enfin, une note de l'agence Proceso(affiliée à l'hebdomadaire du même nom) assure que Lenin Osorio Ortega a été arrêté et détenu avec trois autres personnes le 9 mars dernier et non le 23 mai comme annoncé par le procureur.

“Tous ces éléments méritent vérification. Nous soutenons à ce titre la démarche de Miguel Angel de los Santos. L'enquête doit explorer toutes les pistes, sans chercher à faire l'impasse sur les aspects les plus compromettants du dossier. Parmi les 83 cas de journalistes tués dans le pays en une décennie – auxquels s'ajoutent 14 disparus depuis 2003 -, d'autres procédures ont connu des sabotages ou des enlisements liés au mieux à l'incompétence, au pire à la complicité des enquêteurs. L'immense majorité de ces affaires demeure hélas dans l'impunité totale”, a conclu Reporters sans frontières.

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