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Le thème de l'impunité doit être à l'ordre du jour lors de la visite de François Hollande au Mexique

Président François Hollande de France (sur la gauche) serre la main avec le président du Mexique Enrique Pena Nieto lors de sa visite à la résidence officielle de Los Pinos à Mexico
Président François Hollande de France (sur la gauche) serre la main avec le président du Mexique Enrique Pena Nieto lors de sa visite à la résidence officielle de Los Pinos à Mexico

REUTERS/Ronaldo Schemidt/Pool

Paris, le 9 avril 2014
François Hollande
Président de la République française
Palais de l'Élysée
55 Rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 Paris, France

Monsieur le Président,

A l'occasion de votre visite officielle au Mexique du 10 au 11 avril 2014, Reporters sans frontières, organisation internationale de défense de la liberté d'information, l'Association mondiale des journaux et des éditeurs de médias d'information (WAN-IFRA) et le Forum mondial des éditeurs (WEF) souhaitent attirer votre attention sur la situation inquiétante de la liberté de l'information dans ce pays. La France joue un rôle moteur sur la scène internationale, et notamment auprès des Nations Unies, sur la question de la sécurité des journalistes. Nous souhaitons que vous puissiez aborder avec votre homologue mexicain l'alarmant niveau d'impunité pour les crimes contre les acteurs de l'information dans son pays.

Situé à la 152ème place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2014 établi par Reporters sans frontières, le Mexique reste, pour la profession, l'un des pays le plus meurtriers du continent américain. Au cours de la dernière décennie, plus de 80 journalistes ont été assassinés en raison de leurs activités professionnelles et au moins 17 journalistes sont portés disparus. L'immense majorité de ces crimes demeurent impunis.

L'impunité en vigueur au Mexique est en partie due à la collusion entre le crime organisé et certaines autorités politiques et administratives à tous les niveaux du pays, souvent corrompues voire infiltrées par le crime organisé. Les procédures lancées afin de faire la lumière sur ces crimes sont fréquemment bouclées à la hâte ou freinées en raison de lenteurs bureaucratiques. Pire, les autorités ont une fâcheuse tendance à écarter d'emblée le mobile professionnel, accusant les journalistes d'être eux-mêmes liés au crime organisé.

C'est le cas pour de nombreuses figures emblématiques comme Régina Martinez, étranglée à son domicile le 28 avril 2012, après qu'elle avait dénoncé quelques jours plus tôt l'implication de neuf agents de la police dans un trafic de drogue. La mort d'Alberto Lopez Bello, tué le 17 juillet 2013 dans l'État de Oaxaca, serait aussi liée à sa couverture du crime organisé. Gregorio Jiménez de la Cruz a quant à lui été enlevé par un groupe armé le 5 février 2014 dans l'État de Veracruz. Son corps a été retrouvé six jours plus tard. De nombreux médias ont officiellement renoncé à traiter du narcotrafic, par crainte de représailles violentes, d'où un climat d'autocensure préjudiciable à la liberté de la presse.

Les journalistes sont constamment victimes d'intimidations et d'agressions, parfois même par les forces de l'ordre. Reporters sans frontières a recensé au moins 65 cas de violence envers les professionnels de l'information pendant les manifestations de septembre et octobre 2013 à Mexico, notamment le mauvais traitement de la correspondante de l'Agence France-Presse Melina Zurita par la police. Le soir du 2 avril, Adrián López, directeur du journal Noroeste a été attaqué par des hommes armés et a reçu des impacts de balle, alors qu'il rentrait de deux jours de débats à Mexico sur la liberté de la presse dans le pays. L'insécurité vise aussi les défenseurs de la liberté de l'information. La correspondante de Reporters sans frontières au Mexique depuis 2001, Balbina Flores Martinez, a reçu des menaces de morts le 12 mars dernier. Quelques jours plus tard, le domicile du directeur de l'ONG Article 19 au Mexique et en Amérique centrale, Darío Ramírez, a été attaqué.

Le mécanisme fédéral de protection des défenseurs de droits de l'homme et des journalistes créé en octobre 2012 n'a malheureusement pas fait ses preuves, en raison de lourdeurs bureaucratiques. Il traverse actuellement une crise administrative. Lors d'une mission d'enquête au Mexique début avril 2014, le secrétaire général de Reporters sans frontières, Christophe Deloire, a réitéré auprès des autorités, et notamment auprès du secrétaire du gouvernement, Miguel Ángel Osorio Chong, et de la sous-secrétaire aux droits de l'homme, Lia Limon Garcia, le besoin de renforcer ce mécanisme.

Reporters sans frontières et WAN-IFRA ont émis de nombreuses recommandations afin de combattre l'impunité, et nous espérons que vous les présenterez à l'occasion de votre rencontre avec le gouvernement de Enrique Peña Nieto :

  • Réformer en profondeur le système judiciaire, afin de lutter contre l’impunité et d’assurer une protection réelle des journalistes. Mener des enquêtes approfondies et impartiales sur les assassinats, les menaces et les attaques contre les acteurs de l’information.
  • Renforcer les moyens du Parquet spécial fédéral pour les délits commis contre la liberté d’expression (Fiscalía Especializada de Atención a Delitos contra Libertad de Expresión).
  • Renforcer le Mécanisme fédéral de protection des défenseurs de droits de l’homme et des journalistes, afin de mettre en place des mesures de protection efficaces dont l’application sera obligatoire pour toutes les autorités, locales comme fédérales. Le Mécanisme doit être doté d’une capacité d’action préventive et intervenir dès la réception des menaces.

En vous remerciant de l'attention que vous porterez à cette demande, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de notre très haute considération.

Association Mondiale des Journaux et des Éditeurs de Médias d'Information
Reporters sans frontières

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