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Le rapport concernant le meurtre d'une journaliste citoyenne mexicaine paraît sur son propre compte Twitter

L’Ambassadeur des États-Unis Earl Anthony Wayne (à gauche) rencontre le Gouverneur de l’État de Tamaulipas Egidio Torre Cantú (à droite)
L’Ambassadeur des États-Unis Earl Anthony Wayne (à gauche) rencontre le Gouverneur de l’État de Tamaulipas Egidio Torre Cantú (à droite)

Embassy of the United States in Mexico City via Wikimedia Commons

Au cours des 14 dernières années, 12 journalistes ont été tués dans l'État de Tamaulipas au Mexique. La volonté politique de résoudre ces crimes et d'assurer la protection et la défense de la libre expression est douloureusement absente. Cette situation a entraîné de graves lacunes dans l'information sur les questions de sécurité publique, les médias grand public évitant de couvrir la criminalité. D'après le bureau mexicain et centre-américain d'Article 19, groupe membre de l'IFEX, les résidents de l'État se tournent vers les réseaux sociaux afin de combler cette lacune.

L'une de ces résidentes est María del Rosario Fuentes Rubio, médecin de Reynosa, qui utilisait aussi Twitter de façon anonyme au moyen du compte @Miut3, sous le pseudonyme de Felina. Elle avait collaboré à Valor por Tamaulipas (Courage pour le Tamaulipas), un site web utilisé par les journalistes citoyens pour rapporter les activités criminelles, jusqu'à ce qu'elle ait dû cesser en 2013 pour des raisons de sécurité, selon ce que rapporte le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). En outre, elle affichait régulièrement des propos sur une page Facebook connexe intitulée Responsabilidad por Tamaulipas.

Un cartel de la drogue non identifié tentait de découvrir les administrateurs des comptes du réseau social Valor por Tamaulipas. En février 2013, le cartel a même fait circuler une feuille volante offrant une récompense de 44 000 $ US pour cette information. En dépit d'avertissements lui disant qu'il était dangereux pour elle de continuer à rapporter les nouvelles sur le crime organisé par l'entremise des réseaux sociaux, Del Rosario ne s'est pas laissé décourager, et a payé le prix ultime après que des groupes criminels eurent fini par découvrir que c'était elle qui se trouvait derrière le compte @Miut3.

Le site web Daily Beast a rapporté que Del Rosario avait été enlevée, en même temps qu'autres membres du personnel médical, de l'hôpital Tierra Santa où elle pratiquait la médecine. On soupçonne que l'enlèvement s'est produit en représailles à la mort d'un bambin de 4 ans, décédé après avoir reçu des soins. Le CPJ rapporte que le petit garçon était le fils d'un membre du cartel. On pense que ses ravisseurs ont découvert son identité véritable après avoir trouvé sur son téléphone un lien avec son compte twitter.

Les événements ont pris une tournure vraiment macabre, car on soupçonne maintenant que Del Rosario a été tuée et que certains membres du cartel se sont servis de son propre compte twitter pour annoncer sa mort, en affichant des avertissements et des photos de son cadavre. Le matin du 16 octobre, le message suivant a été envoyé par @Miut3 : « #reynosafollow AMIS ET MEMBRES DE LA FAMILLE, MON NOM VÉRITABLE EST MARÍA DEL ROSARIO FUENTES RUBIO. JE SUIS MÉDECIN. AUJOURD'HUI MA VIE A PRIS FIN ». Les messages qui sont apparus par la suite avertissaient ses lecteurs de cesser d'utiliser les médias sociaux pour rapporter les crimes et indiquaient aux autres journalistes citoyens que les cartels se rapprochaient d'eux. Après qu'une photo du cadavre de Del Rosario eut été affichée, Twitter a fermé le compte, rapporte le Daily Beast. Le fondateur de Valor por Tamaulipas, dont l'identité demeure secrète, a confirmé que les photos étaient bien celles de Del Rosario.

Article 19 rapporte qu'un officiel du bureau du Procureur général du Tamaulipas a déclaré qu'aucun cadavre n'avait été retrouvé qui correspondait aux photos de Del Rosario, mais que celle-ci était portée disparue. Officiellement, l'affaire demeure un cas d'enlèvement.

Un communiqué de presse de Reporters sans frontières (RSF) affirme que la famille de Del Rosario a quitté le Mexique, après avoir déposé un rapport officiel ayant trait au soupçon de son assassinat.

Au Mexique, les attentats contre les citoyens du net ne sont pas nouveaux. En 2011, RSF rapportait l'assassinat de quatre personnes tuées au Tamaulipas parce qu'elles couvraient en ligne les activités des narcotrafiquants. María Elizabeth Macías a été trouvée décapitée le 24 septembre 2011 dans la ville de Nuevo Laredo. Elle se servait des médias sociaux pour dénoncer le crime organisé, et avait pour pseudonyme « La Niña de Laredo » (La Fille de Laredo).

Un rapport du CPJ datant de 2010 indique que plus de 20 journalistes de Reynosa lui ont déclaré que le cartel du Golfe « contrôle le gouvernement local et dicte ce qui peut et ce qui ne peut pas être couvert par la presse ». Article 19 demande l'adoption de mesures afin de permettre la libre circulation de l'information, de manière à combler le vide de nouvelles qui sévit à l'heure actuelle dans l'État. Le Mexique se classe actuellement au 152e rang sur 180 pays à l'index de la liberté de la presse de RDF et figure parmi les 10 pires pays à l'Index mondial de l'impunité du CPJ pour l'année 2014, qui braque les projecteurs sur les lieux où les homicides de journalistes restent systématiquement impunis.

Après que des rapports sur la mort de Del Rosario eurent fait leur apparition en ligne, le fondateur de Valor por Tamaulipas, a affiché sur le site : « Aujourd'hui, @Miut3 a cessé de rapporter. Mais ce que les criminels ne savent pas, c'est qu'elle est dans notre âme et qu'elle ne nous aurait jamais livrée au crime organisé ».

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