RÉGIONS:

SUBSCRIBE:

Sign up for weekly updates

PROFIL

Regina Martínez

Un assassinat brutale suivie d'une enquête profondément biaisée; l'affaire de Regina Martínez est emblématique de la guerre contre les journalistes au Mexique.

Le 28 avril 2013. Une marche des journalistes à Veracruz pour exiger la justice dans le cas de Regina Martínez. Photo AP / Félix Marquez

Regina serait toujours entrain d'écrire quelque chose de neuf sur la vérité plus que je n'ai osé le faire dans aucune histoire que nous avons couverte. Et j'écris plus que la plupart des journalistes.


Un collègue de Martínez, qui a requis l'anonymat, dans son entretien avec le Comité pour la protection des journalistes

« Regina serait toujours entrain d'écrire quelque chose de neuf sur la vérité plus que je n'ai osé le faire dans aucune histoire que nous avons couverte », a déclaré un collègue journaliste de Xalapa, dans l'Etat de Veracruz, qui a renchérit : « Et j'écris plus que la plupart des journalistes ». Même parmi les journalistes mexicains les plus courageux, Regina Martínez, 49 ans à sa mort, était considérée comme particulièrement courageux. Avant qu'elle ne soit elle assassinée en avril 2012, elle avait travaillé en tant que journaliste pendant trente ans et elle était mieux connue pour son travail à l'hebdomadaire Proceso où elle écrivait régulièrement sur le crime organisé et la corruption politique. Selon son ancien ami et collègue, Jorge Carrasco Araizaga, Martínez a apporté une approche originale du journalisme en sortant des sentiers battus.

Dans l'après-midi du 28 avril 2012, Martínez a été retrouvée morte à son domicile à Xalapa. Elle avait été sauvagement battue puis étranglée. Son assassinat avait provoqué une onde de choc dans la communauté des journalistes à Veracruz et ces anciens collègues avaient supposé - en toute logique - que sa mort aurait pu être liée à son travail d'enquêtes sur les liens entre des fonctionnaires et des criminels locaux. En effet, au cours des dernières semaines de sa vie, Martínez avaient écrit à propos des juges corrompus, des officiers de police liés à des gangs de la drogue et des maires se battant à côté des gangsters dans une fusillade avec l'armée.

Mais en dépit de cette piste d'enquête, apparemment évidente, les autorités en charge de l'enquête traînaient les pieds et semblaient peu disposées à creuser la piste du lien éventuel entre la mort de Martinez et son travail. Ce n'était pas une attitude nouvelle au Mexique où le taux d'impunité pour les assassinats des journalistes est d'environ 90%.


Le Mexique est l'un des pays les plus dangereux dans le monde dans lequel la pratique
du journalisme, et, pour les 12 dernières années, Veracruz a été le plus meurtrier - et certains disent l'Etat le plus corrompu. Au moins dix journalistes y ont été tués depuis 2010 en raison de leur travail, et des gangs du crime organisé, ayant des liens avec des politiciens corrompus et des policiers ripoux, sont soupçonnés de porter la responsabilité de la plupart de ces meurtres. Les attaques contre les médias sont fréquentes et les manifestations contre la corruption peuvent être dramatique: en novembre 2011, les bureaux du journal local El Buen Tono étaient attaqués par un groupe d'hommes armés qui ont détruit les équipements et mis le feu au locaux. L'incident a été filmé par les caméras de surveillance et peut encore être visionné sur YouTube. En décembre 2011, neuf cents agents de la police municipale à Veracruz
 ont été licenciés en raison de la corruption et la mission de la police avait été confiée à la
 marine mexicaine.

Une annonce prématurée des enquêteurs disant que l'assassinat de Martínez était un « crime passionnel » a été purement et simplement rejetée par les journalistes et les militants qui, encore une fois, ont exigé de creuser la piste du crime lié à son travail comme un motif possible. Mais cette piste n'a jamais été explorée, malgré une déclaration, en mai 2012, de deux membres du cartel de la drogue Zetas disant que l'assassinat de Martínez était lié aux crimes de la drogue.

En octobre 2012, les enquêteurs avait annoncé avoir arrêté l'un des assassins de Martínez et que le mobile du meurtre était maintenant le vol. Le suspect était Jorge Antonio Hernández Silva, un illettré, petit voleur sans antécédents de violence. Des anciens collègues de Martinez, dont Carrasco, n'ont pas caché leur scepticisme sur cette nouvelle piste. La police avait également dit qu'elle recherchait un deuxième suspect, José Adrián Hernández Domínguez.

Les enquêteurs ont dit que Hernández Silva avait avoué le meurtre. Mais, mise à part
sa confession, il y avait très peu de preuves le liant au crime. Laura Borbolla, Procureur fédéral spécial du Mexique pour les crimes contre la liberté d'expression, avait exprimé de sérieux doutes sur l'enquête, en disant que les enquêteurs ne pouvaient même pas
placer Hernández Silva sur la scène du crime. Plus tard, devant un juge, Hernández Silva a dit qu'il avait été torturé par la police qui l'interrogeait et forcé à prendre sur lui leur version des événements. Il a déclaré qu'il n'avait rien à voir avec le meurtre de Martinez.

Malgré de flagrantes insuffisances dans l'enquête, le 10 avril 2013, un tribunal de Xalapa a reconnu Hernández Silva coupable du meurtre de la journaliste et l'a condamné à 38 ans et deux mois de prison. Les journalistes ont rejeté ce verdict. Beaucoup d'entre eux considéraient ce petit voleur comme étant le coupable à moindre frais pour les enquêteurs.

Dans le même mois où Hernández Silva a été condamné, José Carrasco, le journaliste responsable de la couverture, pour le compte de Proceso, de l'enquête sur l'assassinat, et critique des défauts et des incohérences des preuves médico-légales, a reçu des messages selon lesquels les anciens fonctionnaires proches du gouverneur de l'État planifiaient une attaque contre lui. Il est entré en clandestinité avec plusieurs gardes du corps.

En août de cette même année, un tribunal de Veracruz a décidé que Hernández Silva n'avait pas eu droit à un procès équitable et a révoqué sa peine. Quatorze mois plus tard, le même tribunal a ordonné sa nouvelle arrestation afin qu'il puisse terminer sa peine de prison. Son prétendu complice, Hernández Domínguez, n'a jamais été retrouvé depuis et l'enquête sur la mort de Regina Martínez reste ouverte.

Dernière mise à jour: 29 septembre 2016

Les autres visages de la liberté d'expression

Dernier Tweet :

The new UNGA resolution unequivocally condemns all "specific attacks on women journalists in the exercise of their… https://t.co/CkWWKTdgzA