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Les blogues prospèrent; les gouvernements bloquent et surveillent les contenus

Des milliers d'écrivains, de journalistes, de militants, de juristes et autres expriment leur dissidence et rapportent l'actualité sur les questions sociales par des blogues à travers tout le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, apprend-on dans un nouveau rapport du Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Les blogueurs sont libres d'écrire sur les questions qui ne sont pas couvertes par les médias traditionnels en raison de l'intimidation et de l'ingérence de l'État.

Dans cette région, le nombre des usagers de l'Internet s'est multiplié par treize entre 2000 et 2008, indique le rapport, intitulé « Middle East Bloggers: The Street Leads Online » (Blogueurs du Moyen-Orient : La rue a le haut du pavé en ligne). Cette intersection de la répression et de l'utilisation de l'Internet a débouché sur la création d'environ 35 000 blogues actifs en langue arabe et de 70 000 en farsi, un nombre vertigineux.

Le rapport souligne cependant que la répression grave et perverse qui déferle sur la région révèle à quel point les communications électroniques peuvent s'avérer menaçantes pour le pouvoir. Il ajoute que les tactiques des autorités peuvent varier, mais que l'objectif reste souvent le même : convaincre le blogueur que le prix qu'il en coûte de contester l'État dépasse de loin les avantages.

L'Égyptien Wael Abbas a commencé en 2005 à tenir un blogue sur des questions de politique intérieure. En 2006, toutefois, il a affiché une séquence vidéo montrant des policiers en train de torturer quelqu'un. Cela a soulevé un tollé de protestations, les Égyptiens ayant pu constater de visu la torture pratiquée par la police, alors que celle-ci se pratique essentiellement en secret. Cela a mené à la condamnation de plusieurs officiers de la police. Depuis, Abbas a été détenu, il est harcelé et vilipendé à la télévision et en ligne, de sorte qu'il est incapable de se trouver un emploi stable.

Les régimes de la région trouvent de plus en plus de moyens de surveiller, d'intercepter, d'altérer ou de bloquer le contenu en ligne. Mais c'est l'Iran qui se trouve à l'avant-plan de la surveillance et qui a entrepris d'élaborer une technologie afin de débusquer et de bloquer les sites web indésirables, notamment les blogues. En plus de la répression brutale de cette année, l'Iran a jeté en prison en 2004 au moins 23 blogueurs et journalistes en ligne. Un grand nombre d'entre eux sont torturés pour leur extorquer de faux aveux, dit le CPJ.

L'Iran mène en outre un mouvement en vue de faire adopter des lois ou des décrets qui réglementent de manière explicite l'expression en ligne. Le Conseil des Gardiens de la révolution iranienne a approuvé le Code pénal de la cybercriminalité, qui est entré en vigueur en juillet. Ce code oblige les fournisseurs de service Internet à conserver pendant au moins trois mois les données sur tous les clients, ce qui permet au gouvernement de contrôler plus efficacement les renseignements sur les usagers et sur leurs habitudes en ligne.

En Syrie, le blogueur Karim al-Arbaji a été détenu en juin 2007, puis a fini par être condamné en septembre 2009 à trois ans de prison en vertu du code pénal syrien pour avoir « répandu de fausses nouvelles qui affaiblissent le sentiment national ». Le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arabic Network for Human Rights Information, ANHRI) rapporte que les prétendus aveux d'al-Arbaji lui ont été arrachés sous la torture. Au moins 11 blogueurs syriens ont été condamnés en vertu d'une loi d'urgence qui investit les autorités de pouvoirs extrêmement étendus lui permettant d'abattre « toutes les formes d'expression », indique le CPJ.

Le blogueur tunisien Zouhair Yahyaoui, un pionnier, a déclaré au CPJ avoir été condamné pour avoir publié de fausses nouvelles et avoir été torturé sauvagement en prison. On l'a suspendu au plafond et on l'a battu; on lui a fait manger des aliments avariés et on l'a privé de soins médicaux. Pendant ses 531 jours d'incarcération, Yahyaoui a observé de nombreuses grèves de la faim pour exiger d'être mieux traité. Seize mois après sa libération, Yahyaoui, qui était âgé de 36 ans, est mort d'une crise cardiaque.

En dépit d'une grave répression, la croissance de l'auditoire des blogues et la facilité avec laquelle les journalistes participent à la blogosphère obligent les gouvernements à contrôler totalement la dissidence en ligne. Le rapport ajoute qu'il peut y avoir une réaction aux excès du gouvernement. Le blogueur tunisien Yahyaoui « était assez populaire avant d'aller en prison, mais son incarcération et sa mort prématurée en ont fait un martyr de la libre expression en Tunisie », commente le CPJ. Même si les gouvernements investissent des moyens techniques considérables pour supprimer les blogues, ces moyens peuvent tous être déjoués par des programmeurs innovateurs.

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