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Les gouvernements répriment les manifestations de solidarité avec l'Égypte

Une Palestinienne s’exprime de manière animée devant un drapeau égyptien pendant une manifestation au camp de réfugiés de Deheisheh le 6 février à Bethléhem
Une Palestinienne s’exprime de manière animée devant un drapeau égyptien pendant une manifestation au camp de réfugiés de Deheisheh le 6 février à Bethléhem

REUTERS/Ammar Awad

Les forces de sécurité étouffent dans la violence les manifestations qui éclatent à travers le monde arabe, qu'elles soient inspirées par le soulèvement en Égypte ou organisées en signe de solidarité avec celui-ci, selon ce que rapportent Human Rights Watch et les membres de l'IFEX de la région.

« Les images des soulèvement en Tunisie et en Égypte fascinent le peuple arabe mais terrifient leurs dirigeants », dit Human Rights Watch. « Ceux-ci ont répondu par leur combinaison habituelle de répression et d'intimidation afin d'étouffer dans l'oeuf toute velléité d'expression démocratique plus étendue. »

À Ramallah, l'Autorité palestinienne a eu recours à la violence contre des manifestants paisibles lors d'un rassemblement de solidarité tenu le 2 février. Des témoins ont indiqué à Human Rights Watch que la police et des éléments des « forces spéciales » - identifiables à leur uniforme - ont frappé les manifestants à coups de poing et à coups de pied et les ont détenus, ainsi qu'au moins deux journalistes et un assistant de recherche de Human Rights Watch.

Le 30 janvier, des agents de sécurité de l'Autorité palestinienne ont dispersé une manifestation de solidarité qui se déroulait devant l'ambassade d'Égypte à Ramallah, après avoir convoqué à plusieurs reprises un des organisateurs pour interrogatoire et lui avoir ordonné d'annuler la tenue de l'événement dont il avait affiché l'avis sur Facebook.

Les autorités du Hamas dans la Bande de Gaza ont dispersé un sit-in de solidarité le 31 janvier, arrêtant six femmes - quelques-unes d'entre elles journalistes et blogueuses - et ont menacé d'arrêter 20 autres personnes qui avaient répondu à un appel à manifester lancé sur Facebook, rapportent Human Rights Watch, le Centre palestinien pour le développement et la liberté des médias (Palestinian Center for Development and Media Freedoms, MADA) et SKeyes Center for Media and Cultural Freedom (Samir Kassir Eyes). Selon le MADA, quelques-uns des détenus se sont plaints d'avoir été insultés, passés à tabac et soumis à des fouilles corporelles.

Des militants syriens tiennent chaque jour depuis le 29 janvier des manifestations de solidarité avec les manifestants égyptiens, et aussi pour dénoncer la corruption et le coût élevé des communications par téléphonie cellulaire, indique Human Rights Watch. L'un des principaux organisateurs a déclaré à Human Rights Watch que les services de sécurité syriens étaient présents à chacun des rassemblements, qu'ils filmaient les participants et vérifiaient leurs papiers d'identité.

Lors d'une vigile tenue le 2 février pour les manifestants égyptiens dans la vieille ville de Damas, un groupe de 20 personnes en civil a passé à tabac et dispersé 15 manifestants. La police tout près a négligé d'intervenir, a fait savoir un organisateur à Human Rights Watch. Un haut responsable de la sécurité a insulté et frappé Suheir Atassi, qui compte parmi les principaux organisateurs, et l'a accusée d'être un « bacille » et un agent d'Israël.

« Le Président Bashar al-Assad (de Syrie) semble avoir suivi l'exemple de son homologue égyptien », dit Human Rights Watch.  Ses services de sécurité ne se contentent plus d'interdire les manifestations; ils semblent encourager des fiers-à-bras à attaquer les manifestants non violents. »

Les autorités soudanaises ont fait usage d'une force excessive lors de manifestations en grande partie non violentes les 30 et 31 janvier et 2 février à Khartoum et dans d'autres villes du nord du pays, manifestations qui demandaient la fin du règne du Parti national du Congrès (PNC) et des augmentations de prix imposées par le gouvernement, indique Human Rights Watch.

Des témoins à Khartoum et à Omdurman ont rapporté que des policiers armés de l'antiémeute et des éléments de la sécurité nationale ont dispersé des groupes de manifestants au moyen de tuyaux, de bâtons et de gaz lacrymogènes, blessant plusieurs personnes et en empêchant d'autres de se joindre aux manifestants. La majorité des personnes arrêtées ont été relâchées dans les heures qui ont suivi, mais plus d'une vingtaine d'entre elles sont toujours portées disparues et on croit qu'elles sont détenues par les forces de sécurité nationales.

Les autorités soudanaises ont également censuré les journaux qui couvrent les manifestations. Le 2 février, des agents de sécurité ont arrêté plus d'une dizaine d'employés du journal communiste « Al Maidan », ainsi que des militants étudiants et des membres de partis d'opposition.

Dans le sud du Yémen, où les forces de sécurité ont réprimé dans la violence d'importantes manifestations contre le gouvernement central et pour la sécession; la police et l'armée ont tiré à balles en caoutchouc et à balles réelles le 3 février pour disperser les manifestants. Six personnes ont été blessées et 28 autres arrêtées, dont un journaliste, Abd al-Hafith Mu'jib, selon ce que rapporte Human Rights Watch.

La sécurité d'État des E.A.U. a procédé le 4 février à l'arrestation de Hassan Muhammad al-Hammadi, membre actif du bureau de l'Association des enseignants, chez lui dans l'émirat de Sharjah, rapporte Human Rights Watch. Al-Hammadi avait exprimé publiquement sa solidarité avec les manifestants égyptiens plus tôt le jour même dans un sermon à la mosquée.

Par ailleurs, à Bahreïn, le Centre des droits de la personne de Bahreïn (Bahrain Center for Human Rights, BCHR) rapporte que le gouvernement a pris des mesures pour bloquer les nouvelles sur la situation à Bahreïn même, qui doit connaître son propre « Jour de colère » le 14 février. « Dans un geste qui illustre l'état de confusion, d'appréhension et d'expectative qui règne, les autorités bahreïnies ont bloqué un groupe en ligne sur Facebook, qui appelle les gens à sortir manifester et à protester contre les politiques du gouvernement », dit le BCHR.

Les dirigeants de l'opposition en Iran ont convoqué pour le 14 février à Téhéran un rassemblement de solidarité avec l'Égypte et la Tunisie, mais le ministère de l'Intérieur du pays n'en a pas encore délivré le permis, indique la Campagne internationale en faveur des droits de la personne en Iran.

Human Rights Watch rapporte que ces mesures répressives constituent un exemple des interdits ordinaires de rassemblement dans la région. « Au lieu de tirer les leçons du Caire et de Tunis, les dirigeants arabes gardent la tête dans le sable, et insistent pour étouffer même les rassemblement les plus anodins », a fait observer Human Rights Watch.

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