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Les autorités bahreïnies et syriennes tentent d'imposer un black-out médiatique

(RSF/IFEX) - Le 4 avril 2011 - Reporters sans frontières condamne le train de mesures prises par les autorités bahreïnies pour imposer le silence sur les manifestations dans le pays et la répression policière. Fermeture d'un média d'opposition, démission forcée de trois de ses responsables, harcèlement des journalistes nationaux et des équipes de médias étrangers, intimidation des Bahreïnis en contact avec des journalistes étrangers, arrestation de blogueurs, campagne de propagande pro-gouvernementale, ordre du procureur militaire, etc. Le gouvernement use de tous les moyens pour contrôler l'information relative au mouvement de protestation et salir la réputation de leurs organisateurs et participants.

Le ministre de l'Information a annoncé, le 3 avril 2011, la fermeture du journal d'opposition Al-Wassat, fondé en 2002. L'édition en ligne du journal a également été bloquée. Cette décision fait suite à la diffusion, la veille, d'un programme intitulé "Media Watch" par la télévision nationale accusant Al-Wassat de vouloir nuire à la stabilité et à la sécurité du Bahreïn. Le journal est accusé d'avoir commis de "graves abus", diffusant des informations fausses et mensongères, portant atteinte à l'image et à la réputation du pays à l'étranger.

L'organe en charge de gérer les médias (Information Affairs Authority) a quant à lui décidé d'autoriser à nouveau la parution et distribution du journal à compter du 4 avril. Toutefois, trois de ses principaux journalistes ont été contraints de démissionner, le rédacteur en chef, Dr Mansour Al-Jamari, le directeur de publication, Walid Nouihid, et le responsable des pages d'informations locales Aqil Mirza. Le conseil d'administration a annoncé la nomination de Monsieur Abidily Al-Abidily au poste de rédacteur en chef, en remplacement de Mansour Al-Jamari. "Ceci constitue une tentative de réduire au silence les médias indépendants au Bahreïn", a déclaré Mansour Al-Jamari à Associated Press.

Par ailleurs, d'après une information de la Fédération internationale des Ligues des Droits de l'Homme, le procureur militaire général a publié un décret, le 28 mars dernier (décret n°5 pour l'année 2011), interdisant la publication de toute information relative à des enquêtes en cours, conduites par le Procureur militaire, et ce pour des raisons de sécurité nationale. La publication d'un tel décret renforce l'arsenal de mesures prises par les autorités afin d'imposer le silence sur l'ensemble des exactions commises par les forces de l'ordre.

En outre, le 29 mars dernier, deux journalistes de CNN, Scott Bronstein et Taryn Fixel, ont été interpellés alors qu'ils interviewaient Nabeel Rajab, président du Bahrain Center for Human Rights, à son domicile. Reporters sans frontières condamne également la campagne de répression à l'encontre des blogueurs bahreïnis. Depuis quelques jours, des photos de blogueurs et militants des droits de l'homme influents circulent sur Internet avec la mention "traîtres à la patrie". Parmi eux, Mahmoud Al-Youssef et Manaf Al-Muhandis qui ont été arrêtés le 30 mars et relâchés le lendemain, après avoir été interrogés.

Le blogueur Mohamed Al-Maskati (pseudo emoodz) arrêté le même jour, est quant à lui toujours détenu dans un lieu inconnu. Très actif sur son blog et sur Twitter, où il publiait des vidéos des événements des dernières semaines, il avait reçu des menaces de la part d'un membre présumé de la famille royale, Mohd Al-Khalifa ( https://twitter.com/# !/MohdSAlkhalifa ). Il n'a pu contacter sa famille qu'une fois, le lendemain de son arrestation.

Mohd Al-Khalifa continue de menacer sur Twitter quiconque appelle à la libération de Mohamed Al-Maskati : "#FreeEmoodz quiconque vivant au Bahreïn et soutenant le terroriste emoodz aura son adresse IP identifiée et sera arrêté !"

Reporters sans frontières est toujours sans nouvelles d'Ali Abdulemam, et Sayid Youssef Al-Muhafdah, disparus le 16 mars dernier, et d'Abduljalil Al-Singace, arrêté le même jour. La blogosphère a constaté le silence de plusieurs de ses membres sur Internet, sans savoir s'ils ont été effectivement arrêtés où s'ils se cachent pour échapper à la répression policière. Reporters sans frontières demande aux autorités de relâcher immédiatement les blogueurs détenus, et de faire cesser les campagnes de haine à leur égard.

SYRIE

L'agence de presse Associated Press a indiqué que deux de ses correspondants en Syrie avaient reçu l'ordre, le 1er avril, de quitter le pays. Ils avaient une heure pour s'exécuter. En outre, selon des médias jordaniens, les autorités syriennes auraient arrêté deux journalistes travaillant pour le Arab Broadcasting Services, Akram Abu Safi et Sobhie Naeem Al-Assal, le 24 mars dernier. Avec le retrait de l'accréditation des deux journalistes d'AP, le nombre de journalistes expulsés s'élève à six.

Reporters sans frontières condamne le traitement que les autorités syriennes réservent aux journalistes couvrant les manifestations populaires dans le pays et les exhorte là libérer tous les journalistes syriens actuellement emprisonnés. "Les journalistes couvrant les événements, qu'ils soient syriens ou étrangers, sont des observateurs et ne doivent pas être considérés comme partie prenante aux rassemblements. Présents pour relayer l'information, ils font les frais de la répression déployée par des autorités qui cherchent à verrouiller l'accès à l'information en voulant imposer un black-out médiatique. Ces arrestations et disparitions constituent des moyens d'intimidation inacceptables", a déclaré Reporters sans frontières.

Reuters a annoncé la libération, le 3 avril, de son photographe de nationalité syrienne, Khaled Al-Hariri, après six jours de détention à Damas. Trois autres journalistes de l'agence de presse, deux Libanais et un Jordanien, avaient été relâchés au cours des jours précédents. L'agence de presse avait perdu contact avec Khaled Al-Hariri depuis le 29 mars. Agé de 50 ans et basé à Damas, il est le dernier des collaborateurs de l'agence de presse britannique à avoir été libéré.

Le 1er avril dernier, les autorités syriennes avaient relâché le correspondant de Reuters à Amman, Suleiman Al-Khalidi, après avoir expulsé, le 28 mars, le producteur Ayat Basma et le cameraman Ezzat Baltaji, détenus pendant deux jours. Par ailleurs, le journaliste jordanien, Khaled Ya'qoub Oweis, correspondant de l'agence de presse à Damas depuis février 2006, s'était vu retirer son accréditation le 25 mars dernier.

L'organisation rappelle que plusieurs journalistes et blogueurs syriens ont également été arrêtés. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, basé à Londres, Doha Hassan, journaliste qui collabore avec de nombreux sites Internet, et Zaher Omareen ont été arrêtés, le 27 mars. Selon les informations récueillies par Reporters sans frontières, ils seraient retenus à la Direction générale de sécurité de l'Etat à Damas. Malgré l'annonce de la levée de l'état d'urgence et la libération de 260 détenus, le blogueur kurde Kamal Hussein Sheikou, tout comme le blogueur Ahmed Hadifa et le journaliste et écrivain Mohamed Dibo, arrêtés depuis le début du mouvement de contestation populaire, sont toujours détenus.

En outre, les autorités syriennes ont libéré le 1er avril dernier un blogueur égyptien, possédant la nationalité américaine et travaillant en Syrie depuis neuf mois comme ingénieur. Mohamed Radwan, dont les proches étaient sans nouvelles depuis le 25 mars, avait été accusé d'espionnage au profit d'Israël. Utilisant un procédé très prisé des autorités de Téhéran, la télévision nationale syrienne a diffusé, le 27 mars, des "aveux" filmés du blogueur. Accusations démenties par la famille du blogueur.

En outre, la chaîne privée Orient TV, qui émet depuis les Emirats arabes unis, a vu son signal coupé à plusieurs reprises sur les deux satellites Nilesat et Arabsat sur lesquels elle est normalement diffusée, suite aux pressions exercées par les autorités syriennes. Un des responsables de la chaîne a confié à Reporters sans frontières qu'elle avait changé plusieurs fois de fréquence depuis le début des événements en Syrie, mi-mars. "Depuis le 25 mars dernier, nous n'émettons plus que sur Internet trois fois par jour". Les employés de la chaîne ont également subi des pressions.

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