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Les femmes paient le prix des soulèvements du Printemps arabe

REUTERS/Muhammad Hamed

Les membres de l'IFEX ont célébré la semaine dernière la remise en liberté de deux femmes journalistes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. La journaliste d'Al Jazira Dorothy Parvaz, qui était détenue au secret depuis son arrivée le 29 avril en Syrie où elle s'était rendue pour couvrir les manifestations antigouvernementales, a été remise en liberté après avoir été déportée en Iran. Pour sa part, Clare Morgana Gillis, reporter américaine qui couvrait la Libye pour le site web du magazine « The Atlantic », a été libérée après plus d'un mois de détention. Petite victoire pour la libre expression. Mais cela illustre aussi les risques immenses que courent les femmes sorties du rang pour se porter à l'avant-garde des soulèvements du Printemps arabe, disent les membres de l'IFEX. Les femmes journalistes et les militantes qui ne travaillent pas pour les médias internationaux n'ont pas autant de chance.

À son retour, Parvaz a déclaré avoir vécu une « expérience terrifiante » pendant sa détention en Syrie. « J'ai été pendant trois jours dans un centre de détention en Syrie et tout ce que j'entendais, c'étaient des cris des gens qu'on tabassait sauvagement. Je ne sais pas ce que ces hommes ont fait », a-t-elle déclaré à Al Jazira. « J'ai été menottée de manière répétée, on m'a bandé les yeux, j'ai été emmenée dans la cour de la prison où on m'a laissée là pour que j'entende ces hommes se faire battre. »

Selon Human Rights Watch, la ville de Deraa a subi le plus gros de la violente répression des autorités syriennes, mais l'armée a aussi procédé à travers tout le pays à une vague d'arrestations de militants, d'avocats et de manifestants, dont beaucoup de femmes et d'enfants. Les forces de sécurité ont détenu 11 femmes à cause de leur participation le 30 avril à une manifestation de protestation silencieuse, où il n'y avait que des femmes, près du centre de Damas, selon ce que rapporte Human Rights Watch. Un témoin a déclaré que les forces de sécurité ont tabassé les femmes pour les disperser.

Nulle part peut-être les risques pour les militantes ne sont plus grands qu'à Bahreïn, où pour la première fois, une femme a été condamnée à quatre ans de prison pour son rôle dans les manifestations. Fadhila Moubarak Ahmed a été reconnue coupable la semaine dernière d'avoir offensé un fonctionnaire, d'incitation à la haine du système politique au pouvoir et d'avoir participé à des manifestations illégales, indique le Centre des droits de la personne de Bahreïn (Bahrain Center for Human Rights, BCHR).

Les femmes comme Ahmed se sont retrouvées en première ligne depuis les tout premiers jours des manifestations, en février. Elles ont fait partie de la première vague qui est descendue au square de la Perle à Manama, « assumant les rôles de gestion, se portant au secours - et traitant - les personnes blessées par... les forces de sécurité bahreïnies, et documentant les brutalités commises contre les manifestants », dit le BCHR.

Le BCHR dénonce avec vigueur la répression et la détention des femmes de Bahreïn, qu'il décrit comme le moyen par lequel les autorités forcent les femmes à abandonner leur rôle dans le mouvement de protestation. « C'est aussi un moyen d'ajouter de la pression sur l'opposition pour qu'elle retire ses demandes légitimes », dit le BCHR.

Selon le BCHR, cependant, un nombre sans précédent de femmes ont été arrêtées par les forces de sécurité - plus de 100 depuis la proclamation de la loi martiale le 15 mars - et le tiers d'entre elles au moins sont toujours détenues. Un bon nombre d'entre elles sont médecins, infirmières et enseignantes. Des filles même sont détenues et priées d'identifier les dissidents dans leurs écoles. De plus, dit le BCHR, ce nombre ne comprend que celles qui se sont donné la peine de s'avancer.

Celles qui sortent de détention font état de mauvais traitements et de torture. La poète Ayat Qurmuzi a été torturée pour lui faire « avouer » devant les caméras des gestes qu'elle n'a pas commis. D'autres ont été contraintes de faire du « travail de femmes », comme de nettoyer les latrines et le mobilier du centre de détention, rapporte le BCHR.

Bien que Zainab al-Khawaja ait échappé à la détention, elle a été traînée au bas des escaliers et menacée de mort lorsque les forces de sécurité se sont présentées chez elle et ont arrêté son père, l'ancien président du BCHR Abdulhadi al-Khawaja, de même que son mari et son beau-frère. Dans les cas où les forces de sécurité ne peuvent trouver ceux qu'elles recherchent, les membres de leur famille, surtout l'épouse ou la mère, sont menacées ou même torturées jusqu'à ce qu'elles révèlent les allées et venues de leur mari ou de leur fils.

Pendant qu'il se trouvait en détention, al-Khawaja lui-même a été agressé sexuellement et s'est fait dire que ses filles Zainab et Maryam, une militante du BCHR qui avait été entendue récemment devant le congrès des États-Unis sur la situation à Bahreïn, seraient violées elles aussi, selon ce que rapporte le BCHR.

Et des centaines d'autres ont perdu leur emploi à cause de leurs opinions politiques. « Cela place un grand nombre de femmes dans une situation de crise financière, celles en particulier dont le mari a été arrêté, ce qui fait d'elles les pourvoyeuses de la famille et des enfants », dit le BCHR.

Selon le BCHR, ces attaques sans précédent contre les femmes ont fait de Bahreïn le pire pays de la région pour ce qui est des femmes arrêtées pour avoir exprimé des opinions politiques. Une femme a même été abattue par un tireur embusqué pendant les manifestations, dit le BCHR.

Malheureusement, Bahreïn est emblématique de ce qui se passe dans toute la région. Dans une affaire notoire survenue en Libye, une femme, Iman al-Obeidi, a rapporté avoir été violée par une quinzaine environ de miliciens pro-Kadhafi. On a rapporté un certain nombre de viols en Égypte pendant la révolution au square Tahrir - une journaliste sud-africaine qui travaille pour le réseau américain CBS, Lara Logan, est l'une des rares femmes qui ont révélé publiquement avoir subi une agression sexuelle.

Même en Égypte, après le changement de régime, les attaques se poursuivent. Nehad Abu-al-Qumsan, présidente du Centre égyptien de défense des droits des femmes (Égyptian Center for Women's Rights) et épouse de Hafez Abou Seada, qui dirige l'Organisation égyptienne de défense des droits de la personne (Egyptian Organization for Human Rights, EOHR), a reçu une lettre la menaçant de mort si elle poursuit sa campagne en faveur des droits des femmes - une lettre écrite apparemment par des salafis, qui adhèrent à une version stricte de la charia. Les femmes qui ont manifesté le 8 mars pour la Journée internationale des Femmes ont été menacées et se sont fait dire de rentrer chez « et de faire la lessive », rapportent des blogueurs égyptiens.

En Arabie saoudite, qui jusqu'à maintenant a évité les manifestations de masse qui ont renversé ou menacé les autocrates des pays voisins, les femmes sont également attaquées parce qu'elles osent passer outre aux règles.

Poussée par les soulèvements, Manal al-Sharif est montée dans sa voiture et s'est rendue participer aux manifestations, défiant l'interdit des femmes au volant, en vigueur dans le royaume. Elle a affiché sur YouTube une séquence vidéo où on la voit au volant et décrivant les inconvénients pour les femmes qu'il y a à ne pas pouvoir conduire. Al-Sharif a été arrêtée le 22 mai et inculpée d'avoir entaché la réputation du royaume à l'étranger et d'ameuter l'opinion publique, indique Human Rights Watch.

D'après le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arabic Network for Humain Rights Information, ANHRI), le blogue de la blogueuse et activiste saoudienne Omaima Al Najjar a été bloqué après qu'elle eut affiché en ligne son appui à al-Sharif.

Mais au lieu d'être découragées par la répression de leurs homologues à Bahreïn et ailleurs, les Saoudiennes ont repris le flambeau. Elles ont entrepris une campagne intitulée « les femmes conduisent », pour conquérir le droit de conduire des voitures, et disent préparer pour le 17 juin une balade symbolique de protestation.

Les protestations du Printemps arabe « ont appris aux Saoudiennes à se serrer les coudes et à agir en équipe », a déclaré à Bloomberg News Wajeeha al-Howeider, une militante saoudienne des droits des femmes.

Le « moment est parfait », dit Noura Abdullah, qui a été arrêtée pour avoir défié publiquement en 1990 l'interdit de conduire visant les femmes. « L'élan est maintenant donné en Arabie saoudite et cela devrait aider. »

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