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Au nom de la sécurité nationale

À la lumière de la menace croissante que posent des groupes extrémistes tels que l’EI, les gouvernements à travers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord promettent à leurs citoyens stabilité et sécurité – non sans en payer le prix.

Lors du troisième anniversaire des affrontements mortels de la place Tahrir au Caire, le 19 novembre 2014, des membres de la brigade anti-émeute passent devant un graffiti illustrant les troubles en Égypte
Lors du troisième anniversaire des affrontements mortels de la place Tahrir au Caire, le 19 novembre 2014, des membres de la brigade anti-émeute passent devant un graffiti illustrant les troubles en Égypte

REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

En Égypte, Sabreen Mangoud attend toujours qu'on lui rende justice.
Sa fille, Habiba Abd al-Aziz, une journaliste de 26 ans, a été tuée pendant la brutale dispersion par l'armée d'un campement des partisans des Frères musulmans en août 2013. Attendent aussi : les amis et les familles de plus de 1 150 Égyptiens qui sont morts dans cinq incidents distincts de tueries de masse de manifestants survenus depuis la déposition de l'ancien président Mohammed Morsi. Il s'est écoulé plus d'un an depuis que les dispersions ont eu lieu, mais pas un seul agent de police ni un seul militaire n'a été tenu responsable de l'usage intentionnel d'une force excessive.

À Bahreïn, où les gens descendent dans la rue chaque soir depuis les quatre dernières années, un agent de police qui tire et tue à bout portant un manifestant sans armes, ou qui tabasse et torture à mort un détenu est passible d'une peine de six mois ou peut-être de deux ans de prison. Exprimer pacifiquement votre opposition au statu quo, par contre, peut vous valoir une peine d'emprisonnement à vie.

En Tunisie, un des plus grands obstacles au succès d'une transition démocratique, c'est un secteur sécuritaire qui se comporte toujours passablement de la même manière que pendant les 23 ans du régime autoritaire de l'ancien président Ben Ali. À plusieurs reprises depuis la révolution, les officiers de la police ont fait usage de la force brutale contre des manifestants pacifiques.

Le fil qui relie tous ces événements : toutes ces violations ont été commises au nom de la sécurité nationale.

Un manifestante pacífico le ofrece una flor a un policía durante una manifestación el 13 de marzo de 2011 en Bahréin
Un manifestante pacífico le ofrece una flor a un policía durante una manifestación el 13 de marzo de 2011 en Bahréin

Ammar Abdulrasool / http://instagram.com/aarali

La menace de la terreur comme excuse pour s'attaquer aux droits
Depuis des décennies, les gouvernements de la région traitent leurs citoyens comme autant de menaces pour la sécurité nationale, avec une impunité presque totale. Ce que les soulèvements arabes de 2011 ont offert, ç'a été une occasion de faire rendre des comptes aux auteurs de ces violences et de réformer les secteurs de la sécurité à travers la région. À la place, le vide du pouvoir a permis la montée de groupes terroristes comme l'EI, le Front Al-Nusra en Syrie et le groupe Ansar Beit al-Maqdis, basé au Sinaï.

La menace que présentent ces groupes est bien réelle, mais les contre-mesures que prennent les gouvernements au Moyen-Orient et en Afrique du Nord semblent viser plutôt les dissidents et les activistes. Ces gouvernements invoquent la menace terroriste pour enfreindre les droits de leurs citoyens, avec peu de conséquences, sinon aucune. Et les citoyens, sauf ceux qui osent toujours rêver de « pain, de liberté et de justice sociale », les appuient, croyant que c'est là le seul moyen d'obtenir la sécurité et la stabilité. Mais il reste ceux qui remettent en question la mesure dans laquelle le recours à la force et à la répression de la résistance pacifique constitue un outil efficace pour contrer le terrorisme.

« Il incombe au gouvernement de garantir la sécurité et la stabilité », dit Rawda Ahmed, avocate des droits de la personne et directrice générale adjointe du Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arab Network for Human Rights Information), qui fait remarquer qu'un citoyen ne devrait pas s'attendre à devoir renoncer à ses droits ou à échanger ses libertés politiques contre la promesse de la sécurité.

Comme Maha Yahya, du Middle East Centre, un organisme rattaché au groupe de réflexion mondial Carnegie, l'a déclaré à euronews en juillet, « la répression grandissante des droits fondamentaux laisse de côté le fait que la sécurité et la stabilité ne s'obtiennent pas en l'absence de liberté ».

Les défenseurs des droits de la personne traités comme des « traîtres et des espions »

Étant donné la façon dont les médias d'Égypte, qu'ils soient d'État ou privés, suivent servilement la ligne gouvernementale, il n'est pas surprenant que le grand public croie que les généraux sont seuls capables de se dresser entre eux et les djihadistes, et que le seul moyen de mettre fin à la violence, c'est de déployer encore plus de violence.

À certains égards, cela rend le travail des groupes de la société civile encore plus difficile que pendant les trente ans du régime de Hosni Moubarak. « Après la révolution [de 2011], les gens nous respectaient », a indiqué Ahmed quand on lui a demandé de parler de son travail d'avocate des droits de la personne en Égypte sous le régime du Président Abdel Fattah el-Sisi. « Maintenant, on nous présente dans les médias comme des traîtres et des espions. »

Les calomnies dont on abreuve la société civile en Égypte et ailleurs dans la région signifient que les groupes de défense des droits de la personne doivent se concentrer sur la lutte pour leur propre existence.

Entre-temps, l'impunité continue de fleurir : le 29 novembre 2014, Moubarak a été acquitté de toutes les accusations de conspiration dans les homicides de plus de 846 manifestants pendant le soulèvement de trois semaines qui a mené à sa chute. La mère de Habiba Abdel Aziz et les proches des autres personnes tuées par les forces de sécurité pendant et après la déposition de Mohammed Morsi continuent d'attendre que justice leur soit rendue. À Bahreïn, un officiel de haut rang des services de sécurité accusé de torture – puis acquitté par un système judiciaire qui n'est ni indépendant ni équitable – a reçu les remerciements du Premier ministre pour son « travail » et sa « patience ». Et en Tunisie, les tueurs des dirigeants d'opposition Chokri Belaid et Mohamed Brahmi (que l'on croit généralement avoir été assassinés par des extrémistes religieux) courent toujours, sans être inquiétés par le système judiciaire tunisien.

Los manifestantes tunecinos se enfrentan a la policía antidisturbios durante una manifestación después de la muerte del líder de la oposición tunecina Chokri Belaid, frente al Ministerio del Interior en Túnez el 06 de febrero 2013
Los manifestantes tunecinos se enfrentan a la policía antidisturbios durante una manifestación después de la muerte del líder de la oposición tunecina Chokri Belaid, frente al Ministerio del Interior en Túnez el 06 de febrero 2013

REUTERS/Anis Mili

La répression encourage l'instabilité, elle n'y met pas fin

Et qu'en est-il de la promesse des autorités, que l'abandon de la liberté apportera la sécurité ? Ironiquement, l'impunité persistante et la répression des droits de la personne et des organisations de la société civile par des régimes politiques oppresseurs sont au moins un des facteurs qui suscitent des réactions extrémistes et qui perpétuent l'instabilité. Dans son reportage intitulé « Nous sommes en train de perdre la guerre contre la terreur », publié le journal Daily News Egypt, le journaliste et blogueur indépendant Wael Eskandar écrivait : « Chaque jour où l'injustice n'est pas contrecarrée, ou est infligée par l'État, le contexte devient plus favorable aux réactions radicalisées ». À la fin, la restriction des droits provoque davantage d'injustices.

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