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Un blogueur et un propriétaire de café Internet condamnés par le tribunal de première instance de Guelmim

(RSF/IFEX) - Reporters sans frontières a dénoncé la chasse aux blogueurs, lancée par les autorités depuis le début du mois dans le sud du pays. Le tribunal de première instance de Guelmim a condamné, le 15 décembre 2009, le blogueur El Bachir Hazzam à quatre mois de prison ferme pour "diffusion de fausses informations portant atteinte à l'image du royaume concernant les droits de l'homme". Le propriétaire d'un cybercafé, Abdullah Boukfou, a quant à lui écopé d'un an de prison ferme pour avoir diffusé des informations relatives aux manifestations et pour "possession de publications incitant à la haine raciale". Trois manifestants ont également été condamnés à six mois de prison pour "usage de la violence", "trouble à l'ordre public" et "insultes à fonctionnaires dans l'exercice de leurs fonctions". Tous les accusés doivent payer une amende de 500 dirhams (environ 65$US) chacun. Ils ont été immédiatement renvoyés en prison.

"Alors que le gouvernement marocain a présenté, en octobre dernier, un plan visant à améliorer l'accès à Internet afin de mieux intégrer le royaume à la société de l'information et à l'économie numérique, ces condamnations marquent un retour en arrière et montrent que la liberté d'expression sur Internet ne s'applique pas aux critiques des autorités. La multiplication d'arrestations de blogueurs ces deux dernières années nous inquiète profondément", a déclaré l'organisation. "El Bachir Hazzam et Abdullah Boukfou n'ont commis aucun acte illégal. El Bachir Hazzam a seulement posté un communiqué, déjà public, sur la répression exercée par les forces de l'ordre lors de manifestations étudiantes dans le sud du Maroc. Abdullah Boukfou est, en réalité, accusé d'avoir envoyé des informations et des photos sur ces événements. Les accusations d'"incitation à la haine raciale" restent à prouver. Au lieu de jeter ces individus en prison, les autorités feraient mieux d'enquêter sur les abus commis par les services de sécurité locaux et la responsabilité du caïd local lors de ces manifestations."

El Bachir Hazzam a été arrêté, le 7 décembre 2009, trois jours après avoir publié sur son blog ( http://hazzam82.maktoobblog.com ) un communiqué diffusé par des étudiants au sujet des manifestations du 1er décembre à Taghjijte, à 200 km au sud d'Agadir. Dans ce communiqué, les étudiants dénonçaient une utilisation disproportionnée de la force par la police et les autorités locales. Il aurait également été interrogé sur le contenu d'un article publié lors des dernières élections législatives en septembre 2007 et intitulé "Les promesses électorales: vérité ou fiction". El Bachir Hazzam a annoncé son intention de faire appel.

Une campagne de solidarité a été lancée par l'Arabic Network for Human Rights Information (ANHRI), pour demander la libération de El Bachir Hazzam ( http://www.anhri.net/press/2009/pr1214.shtml ).

L'arrestation d'Abdullah Boukfou serait intervenue dans son café Internet, quelques jours également après les manifestations. Les autorités auraient retrouvé sur son flash memory des communiqués de l'organisation amazigh Al Haraka. Il aurait été victime de mauvais traitements lors de son interrogatoire. Certains cybercafés auraient été fermés temporairement, d'autres soumis à une étroite surveillance pour empêcher la diffusion d'images ou d'informations, d'après l'ANRHI.

Le 1er décembre 2009, des manifestations ont eu lieu à Taghjijte (sud). Des étudiants se sont rassemblés autour de revendications d'ordre social. Le caïd local a alors ordonné l'arrestation de trois étudiants, provoquant un rassemblement plus large de soutien aux interpellés, réprimé violemment par les forces de l'ordre. Les arrestations se sont multipliées dans les jours qui ont suivi, les autorités envoyant de nouveaux renforts et instaurant un couvre-feu tandis que Taghjijte s'est retrouvée de fait en état de siège.

Le militant et blogueur Boubaker Al-Yadib est actuellement recherché par les forces de sécurité pour sa couverture des événements.

Le militant d'Attac et blogueur Abdelaziz Salami a été quant à lui condamné à six mois de prison ferme pour sa participation aux manifestations.

Pour Said Benjabli, président de l'Association des blogueurs marocains, ces condamnations "interviennent dans le cadre d'un renforcement du contrôle des médias indépendants qui couvrent les violations commises par les forces de sécurité et les autorités administratives. L'Etat exploite le contexte qui a suivi les tragiques attentats terroristes pour revenir aux méthodes des enlèvements et procès fictifs, bafouant les droits fondamentaux des accusés, réprimant les opposants politiques".

Plusieurs blogueurs ont été arrêtés au Maroc ces deux dernières années pour s'être exprimés librement sur Internet.

Hassan Barhoum, un blogueur et journaliste connu pour son combat contre la corruption, avait été arrêté en février dernier après avoir déposé plainte dans une affaire impliquant le procureur général du roi du Maroc près la Cour d'appel de Tétouan. Il avait été condamné à six mois de prison. Il a été libéré l'été dernier.

En septembre 2008, le blogueur Mohammed Erraji avait écopé de deux ans de prison et d'une amende de cinq cents euros pour "avoir manqué de respect au Roi". Les charges retenues contre lui avaient été annulées par la suite en raison d'irrégularités et il avait été remis en liberté quelques jours plus tard.

Fouad Mourtada, un jeune ingénieur informaticien, avait été arrêté en février 2008, et condamné à une peine de trois ans de prison et à une amende d'environ mille euros, pour avoir créé un faux profil du jeune frère du roi Mohammed VI sur Facebook. En mars 2008, il avait été libéré après avoir bénéficié d'une grâce royale.

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