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Des journalistes ciblés pour avoir critiqué certains responsables politiques marocains

(RSF/IFEX) - Reporters sans frontières s'inquiète de la multiplication des atteintes à la liberté d'information au Maroc. Certains journalistes, à l'image de Ali Lmrabet, sont victimes d'un véritable harcèlement, pour avoir critiqué certains responsables politiques ou avoir abordé un sujet touchant de près ou de loin à la personne du roi du Maroc.

« Les journalistes marocains doivent pouvoir travailler librement. Les exactions commises par des éléments de la sécurité nationale et des renseignements sont préoccupantes. Nous appelons le gouvernement marocain et les autorités locales de Tétouan à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger Ali Lmrabet et mettre fin à la campagne de harcèlement que subit le journaliste pour n'avoir fait qu'exercer sa liberté d'expression », a déclaré Reporters sans frontières.

Ali Lmrabet, responsable du site d'information DemainOnline.com, déclare faire l'objet de nouvelles menaces et de pressions depuis la parution, le 31 juillet 2012, d'un article évoquant la présence du général Hosni Benslimane, convoqué par un juge français dans l'affaire Ben Barka, à Londres lors des derniers Jeux olympiques.

Le journaliste rapporte avoir été agressé à plusieurs reprises, notamment le 12 août 2012 où il s'est fait frapper sans aucune raison, par trois inconnus, qui lui ont volé sa carte d'identité nationale et de l'argent. D'après le journaliste, ces trois personnes seraient des policiers en civil. La veille, un individu avait essayé avec insistance de s'introduire chez lui vers 1h du matin. Le journaliste a déposé plainte dans les deux cas, mais aucune suite n'a été donnée par la police de Tétouan.

Le 17 septembre 2012, plusieurs personnes se sont introduites sur la terrasse de son domicile, afin de le filmer ainsi que sa famille. “Très tôt le matin, à ma grande surprise une armada de fonctionnaires dont quelques policiers en civil et deux agents des moukhabarates que je connais, chapeautés par le caïd de la circonscription, sont montés sur ma terrasse pour me filmer, filmer ma famille, et profaner notre intimité”, a-t-il témoigné. Ali Lmrabet a été pris à partie par l'un des intrus qui lui a arraché son appareil, l'a insulté et menacé.

Dans une autre affaire, le portail d'actualité Yabiladi.com est poursuivi en justice pour “diffamation” par le responsable du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME), suite à un article paru sur le site traitant de ses déplacements onéreux.

La première audience du procès se tient le 8 octobre, au tribunal de première instance de Aïn Sebaâ (Casablanca). Le responsable en question demande 500 000 dirhams (environ 45 000 euros) en dommage et intérêts, ce qui représente une somme colossale au Maroc.

Par ailleurs, Reporters sans frontières rappelle que le gouvernement marocain a arbitrairement décidé, le 4 octobre 2012, de retirer l'accréditation d'un journaliste de l'Agence France-Presse (AFP), Omar Brouksy. La raison officiellement invoquée est la “diffusion d'une dépêche anti-professionnelle au sujet des élections législatives partielles à Tanger”. L'accréditation est délivrée par le ministère de Communication. Elle permet aux journalistes professionnels de travailler au Maroc.

Dans la dépêche incriminée, le journaliste décrit les différentes forces politiques en compétition pour ces élections. Il évoque notamment les candidats se présentant sous la bannière du Parti Authenticité et Modernité (PAM), fondé par Fouad Ali El Himma, qu'il qualifie de “proche du roi”. Contacté par l'organisation, Omar Brouksy estime “être victime d'un acharnement”. Il ajoute :“Les éléments de contextualisation sont essentiels dans une dépêche pour comprendre ces élections et ce qui s'y joue (...) En rien cette expression ne peut justifier le retrait d'une accréditation”.

Ces affaires s'inscrivent dans un contexte déjà difficile pour les journalistes locaux. Le Maroc figure à la 138ème place sur 179 pays dans le classement mondial 2011/2012 de la liberté de la presse, établi par Reporters sans frontières.

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