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Le Nicaragua en guerre contre les médias, dit un rapport du CPJ

Le président Ortega voit des ennemis dans les médias privés et s'efforce de les marginaliser
Le président Ortega voit des ennemis dans les médias privés et s'efforce de les marginaliser

AP

Comment se sert-on des médias pour maintenir une main de fer sur son pays ? Si vous êtes le président Daniel Ortega du Nicaragua, vous contournez les médias indépendants, que vous désignez comme ennemis, et vous agissez de manière agressive pour leur faire obstruction, indique un rapport spécial du Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

Animés par des décennies d'hostilité à l'égard des médias, le président du Nicaragua, Daniel Ortega, et sa femme affirment souvent que les médias d'informations privés sont financés par la CIA et qu'ils sont contrôlés par une élite, qu'ils qualifient d'« oligarchie ».

Aussi évite-t-il souvent les médias, dit le CPJ. Les responsables du gouvernement maintiennent le contact avec quelques médias pro-gouvernementaux seulement, dont beaucoup sont contrôlés par la famille ou le parti du président. Ortega n'accorde pas d'entrevues, même à ces médias choisis, comptant plutôt sur des journalistes sympathiques pour publier ses déclarations préparées et couvrir ses sorties publiques, dit le CPJ.

Il n'a jamais donné de conférence de presse à proprement parler, et son programme politique est virtuellement inconnu, d'ajouter le CPJ.

Par ailleurs, les journalistes critiques s'exposent au harcèlement judiciaire et aux attaques personnelles - Ortega les décrit comme les « enfants de Goebbels » et comme les ennemis du peuple nicaraguayen. Les médias officiels ont recours à des campagnes de diffamation afin de discréditer les reporters indépendants.

Ortega a réservé ses visées les plus dures à Carlos Fernando Chamorro, ex-rédacteur sandiniste qui s'est mué en journaliste à multiples facettes et critique du gouvernement. Chamorro dirige le magazine « Confidencial », et anime deux émissions de nouvelles à la télévision. À son émission « Esta Semana » (Cette semaine), Chamorro a mis au jour une magouille d'extorsion de plusieurs millions de dollars impliquant le Parti sandiniste, et de trafic d'influence dans l'appareil judiciaire. Après que l'affaire, survenue en 2007, eut été rendue publique, la Chaîne 4 et Nueva Radio Ya ont diffusé des publicités sans fondement reliant Chamorro au trafic international de drogue.

Des journalistes et d'autres critiques du gouvernement Ortega ont dû se défendre dans au moins quatre poursuites pénales en diffamation, dit le CPJ. Le gouvernement Ortega manipule en outre la publicité gouvernementale et l'accès aux sources officielles, de façon à châtier les médias critiques et à récompenser ses alliés.

Non pas que ces tactiques soient inhabituelles en Amérique latine, dit le CPJ, qui attire l'attention sur Hugo Chávez du Venezuela et Álvaro Uribe de la Colombie, qui observent des stratégies similaires. « Mais le degré auquel Ortega cherche à échapper au regard attentif du public est inhabituel dans la région. Ses politiques menacent les institutions qui servent de contrepoids au pouvoir et mettent en danger l'aide étrangère, qui revêt une grande importance pour le bien-être économique du pays », dit le CPJ.

Le rapport du CPJ fait la chronique de la relation amour-haine d'Ortega avec les médias, en commençant en 1979, lors de son accession au pouvoir, en grande partie grâce à l'appui des médias, jusqu'à sa défaite aux urnes en 1990 et à un scandale personnel qui a failli lui coûter sa carrière, et à son retour en 2006.

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