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Niger : La police nigérienne, protecteur ou oppresseur des médias?

Un homme tient un signe lors d'une manifestation contre la présence du président Mahamadou Issoufo lors d'un rassemblement à Paris à l'appui de Charlie Hebdo, Niamey, le 17 janvier 2015
Un homme tient un signe lors d'une manifestation contre la présence du président Mahamadou Issoufo lors d'un rassemblement à Paris à l'appui de Charlie Hebdo, Niamey, le 17 janvier 2015

REUTERS/Tagaza Djibo

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 20 janvier 2015.

Alors que le président Issoufou témoigne à l'international de son attachement à la liberté de la presse, les médias nigériens sont victimes d'attaques ciblées de la part des forces de l'ordre. Reporters sans frontières (RSF) condamne ces violences policières à l'encontre des médias privés lors des différentes manifestations à Niamey les 17 et 18 janvier 2015.

En marge d'une manifestation anti Charlie Hebdo samedi 17 janvier, et d'une marche de l'opposition le lendemain à Niamey, des médias privés nigériens ont été la cible de violences policières. En l'espace de 48 heures, le siège de quatre groupes de presse ont été pris d'assaut par les forces de l'ordre et au moins huit journalistes ont été violentés.

"Ces attaques envers les médias sont extrêmement préoccupantes, déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières. Il est crucial que les médias puissent faire leur travail, d'autant plus lors de moments de contestations sociales. Le 11 janvier, le président Issoufou défilait à Paris pour condamner les violences à l'encontre des journalistes. Moins d'une semaine plus tard, des médias nigériens sont pris d'assaut par les forces de l'ordre, empêchant ainsi la libre production et circulation de l'information dans son propre pays, sans être inquiétés. RSF demande au président nigérien d'envoyer un message fort à son gouvernement pour que de tels comportements soient sanctionnés."

Interrogé par RSF, Boubacar Diallo, ancien directeur de la Maison de la presse rappelle que « les journalistes sont trop souvent pris à parti par les forces de l'ordre au Niger. Ces dernières ont pourtant le devoir de les protéger sur les lieux de leurs reportages ».

Selon un communiqué publié le 19 janvier par les organisations socioprofessionnelles du secteur de la presse, lors de la manifestation contre les caricatures de Charlie Hebdo, les forces de police se sont introduites à la Radio Télévision Ténéré, groupe proche de l'opposition, pour faire cesser les programmes. Arguant d'un ordre venu "d'en-haut", elles ont bloqué l'accès au bâtiment et agressé physiquement des agents du média. Le même jour, le groupe Dounia, média privé pourtant proche de la présidence, a été la cible de tirs de gaz lacrymogènes de la police.

Le lendemain, au cours de la manifestation organisée par l'opposition politique, la garde nationale et la police ont attaqué à coups de matraques et de gaz lacrymogènes des journalistes des chaînes de télévision privées Canal 3 Niger, Liptako, Africable, Niger 24 et Saraounia ainsi que la Radio RM, première radio privée jamais créée au Niger. Le groupe de presse Bonférey, connu pour être critique du régime, a lui reçu la visite d'une dizaine d'officiers de police qui ont matraqué un réalisateur et un journaliste. Ces derniers ont été arrêtés avant d'être relâchés par la suite sans qu'aucune raison ne soit donnée.

Face à cette déferlante de violence contre les médias, le Conseil supérieur de la communication a publié un timide communiqué rappelant aux forces de l'ordre leur devoir de protéger les journalistes, mais s'abstenant de toute condamnation de ces actes pourtant répréhensibles.

Selon des observateurs sur place, la liberté de l'information connaît une grave crise au Niger. En plus des actes de violences et des arrestations qui ont marqué les dernières années du régime Issoufou, le pouvoir exécutif étend son emprise financière sur les entreprises de presse avec des conséquences désastreuses pour la liberté de l'information. Le cabinet de la présidence finance la fabrication d'une vingtaine de journaux, et a passé des contrats mensuels avec cinq télévisions afin qu'elles relayent la communication du gouvernement.

Selon Boubacar Diallo, « les autorités confondent corruption et communication ». Ces aides financières tendent à « mettre au pas » les médias. En témoignent le changement de la ligne éditoriale des journaux concernés et la transformation des programmes télévisés qui se concentrent essentiellement sur les audiences protocolaires du gouvernement.

Le Niger se situe à la 48e place sur 180 pays dans le Classement mondial 2014 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

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