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Fiche d'information de pays

Là où le "Roi de l'impunité" règne en maître : un profil de la Gambie de M. Jammeh

Le 1er décembre 2016, le président Yahya Jammeh avait reconnu sa défaite après avoir été destitué démocratiquement lors des élections présidentielles de la Gambie. Peu de temps après, il est toutefois revenu sur sa décision, citant des irrégularités dans les résultats. Après d’intenses pressions nationales et internationales exhortant le président sortant d’accepter les résultats – ainsi qu’une intervention militaire des États de la CEDEAO - Yahya Jammeh a officiellement démissionné le 21 janvier 2017 et a fui vers la Guinée équatoriale où il se trouve actuellement en exil.

 

AP Photo/Rebecca Blackwell, FILE

Je tuerai quiconque cherchant à déstabiliser ce pays. Si vous pensez pouvoir collaborer avec ces soi-disant défenseurs des droits de l’homme, et vous en tirer, vous vivez dans un comte de fées. Je vous tuerai, et c’est tout ce qui arrivera.
-Le président Yahya Jammeh
BBC, Septembre 2009


Survol

Pays le plus petit et le plus densément peuplé du continent africain, la Gambie est devenue une destination touristique populaire. Toutefois, jusqu'à tout récemment, cette surface idyllique se cachait une atmosphère sinistre où des paramilitaires s'attaquaient à ceux qui osaient s'exprimer contre le président Yahya Jammeh; des paramilitaires qui ont assassiné, torturé et fait disparaître des journalistes et des militants de l'opposition. Les appels provenant de la communauté locale et internationale pour mettre fin à cette impunité ont rencontré l'intransigeance du gouvernement.

Capitale:

Banjul

Population:

1,991 Mi

PIB:

850,9 M $USi


Gouvernement:

Le parti démocratique uni du président élu Adama Barrow. Barrow est sorti vainqueur des élections nationale du 2 décembre 2016 qui l'opposait au président sortant Yahya Jammeh de l'Alliance patriotique pour la réorientation et la construction du président.


Membre de:

Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), Union africaine, Organisation des Nations Unies.


Membres actifs de l’IFEX dans ce pays:

L'Association des journalistes d'Afrique de l'Ouest
Media Freedom Foundation of West Africa www.mfwa.org


Classement de la liberté de la presse:

Indice mondial de la liberté de la presse 2016 de Reporters sans frontières: 145 sur of 178


Un régime de disparitions, d’arrestations et de détentions arbitraires, de torture et d’assassinats

En 1994, un groupe d'officiers, dirigé par le jeune lieutenant Yahya Jammeh, s'est emparé du pouvoir à la suite d'un coup d'État mené sans effusion de sang. Depuis, il détient le pouvoir malgré quatre tentatives de coup d'État. En novembre 2011, il a été élu pour un quatrième mandat au milieu de rapports de manœuvres d'intimidation généralisée. Le gouvernement a répondu fermement aux manifestations appelant à la réforme électorale dans le cadre de la campagne électorale pour les présidentielles de 2016. En avril 2016, plusieurs membres du parti d'opposition ont été arrêtés lors d'une manifestation pacifique. Deux d'entre eux allaient mourir en prison; Solo Sandeng peu après son arrestation en avril 2016, et Ebrima Solo Kurumah en août 2016, incitant le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme à demander l'ouverture d'une enquête complète sur les circonstances de ces décès.

Le gouvernement gambien n'admet aucune dissidence et commet de graves violations des droits de l'homme, a déclaré la Fondation pour les Médias en Afrique de l'Ouest en juillet 2016, faisant état d'arrestations soutenues, de disparitions, de tortures et de décès en détention de journalistes et de personnalités de l'opposition tout au long des deux décennies de règne de M. Jammeh. Beaucoup de ces crimes ont été attribués à un groupe paramilitaire connu sous le nom de « Jungulers », une unité d'élite prenant ses ordres directement du président, comme le précise un rapport détaillé de 2015 de Human Rights Watch.

La situation pour les personnes LGBTI en Gambie est également préoccupante. Elles étaientt la cible de discours de haine, notamment de la part du Président Jammeh lui-même qui, en mai 2015, avait déclaré publiquement qu'il allait « égorger » les homosexuels de Gambie. La peine pour homosexualité, qui était déjà un crime puni par 14 ans d'emprisonnement, a été portée à l'emprisonnement à vie pour « homosexualité aggravée » en novembre 2014. En quelques semaines, les forces de l'État ont arrêté huit personnes, qui ont été détenues dans des lieux secrets pour y être torturées. De nombreuses autres personnes ont fait l'objet de harcèlement et de menaces.

Photo d’Alhaji  prise le 23 octobre 2013 qui s’est réfugié à Dakar au Sénégal. Alhaji a fui la Gambie en 2012 après avoir été battu, jugé et persécuté en raison de son orientation sexuelle.
Photo d’Alhaji prise le 23 octobre 2013 qui s’est réfugié à Dakar au Sénégal. Alhaji a fui la Gambie en 2012 après avoir été battu, jugé et persécuté en raison de son orientation sexuelle.

AP photo/Jane Hahn


Les journalistes et les médias systématiquement ciblés

Article 19 résumait la situation de la liberté d'expression en Gambie en juin 2015 comme suit : « [...] le ciblage systématique des défenseurs des droits de l'homme, de la société civile et des journalistes par l'Agence nationale de renseignement [qui] maintient un climat de terreur [...] en usant d'exécutions extrajudiciaires, d'arrestations arbitraires et des tortures [...]. » Les journalistes ont été assassinés, arrêtés, et plus d'une centaine d'entre eux se sont exilés.

Les affaires retentissantes comprennent :
Deyda Hydara éditeur, The Point, abattu en 2004, prétendument par les Jungulers.
Musa Saidykhan, rédacteur en chef, The Independent , arrêté en 2006. Détenus pendant 22 jours au cours desquels il a été sévèrement torturé.
Chief' Ebrima Manneh, porté disparu après avoir été arrêté par des agents de la NIA en 2006. Son sort demeure inconnu.
Alhagie Abdoulie Ceesay un journaliste de radio, arrêté en 2015 et jugé pour sédition. Aurait été gravement torturés.

L'article 25 de la constitution de la Gambie garantit la liberté d'expression, mais dans la pratique ce droit était largement bafoué par l'ancien président de la Gambie. La sédition, la diffamation et la diffusion d'informations fausses sont toutes des infractions criminelles et, au cours des dernières années, le climat envers les médias s'est endurci. La Loi sur l'information et les communications a été révisée en 2013 pour introduire une peine d'emprisonnement de 15 ans pour la diffusion de telles informations sur Internet. La même année, le Code pénal a été révisé, augmentant la peine de six mois à cinq ans d'emprisonnement pour transmettre de « faux renseignements aux fonctionnaires ». En outre, Newspaper Law exige des redevances élevées pour l'enregistrement des médias d'une part, et de lourdes pénalités pour les contrevenants de l'autre, ce qui a une incidence très négative sur la diversité médiatique. Le harcèlement de la presse et l'ingérence du gouvernement ont conduit de nombreux journalistes à travailler depuis l'étranger, publiant leurs articles sur le web. En réponse, le gouvernement de Jammeh avait interdit et bloqué l'accès aux sites étrangers, limitant drastiquement l'accès aux sources d'information pour la population gambiennes.


Les appels de la communauté internationale pour mettre fin à l’impunité sont ignorés

Aucun agent n'a fait l'objet de poursuites pour violations des droits de l'homme. Les plans visant à mettre sur pied une Commission nationale des droits de l'homme doivent encore se concrétiser. Les interventions d'organismes internationaux ont été systématiquement ignorées, tout comme les sanctions de la Communauté économique des États économique (CEDEAO), dont la Gambie est membre. En 2011, la CEDEAO a statué que le gouvernement gambien avait échoué à enquêter sur la mort du journaliste Deyda Hydara, ordonnant le versement de 50 000 $ en réparations et le remboursement des frais juridiques pour la famille de M. Hydara. En 2010, elle a exigé que le journaliste Musa Saidykhan reçoive 200 000 $ de dommages-intérêts pour les actes de torture dont il a été victime. La CEDEAO a également statué que la famille du journaliste disparu, Ebrima Manneh, devait recevoir une indemnité de 100 000 $ US.

Des résolutions similaires de la Commission africaine sur les droits de l'homme et des peuples ont été rejetées et la Gambie n'a pas soumis de rapports sur l'application de la charte de la Commission depuis plus de 20 ans, en dépit du fait que la Commission siège à Banjul, la capitale gambienne.

L'Organisation des Nations Unies a également été ignorée à plusieurs reprises. Les appels du Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, et du Haut Commissaire pour les droits de l'homme concernant les enquêtes sur les décès en garde à vue ont été reçus par la demande de « s'abstenir de s'immiscer dans les affaires intérieures du pays ». En novembre 2014, une visite en Gambie des rapporteurs spéciaux des Nations Unies pour enquêter sur la torture et les exécutions extrajudiciaires a été entravée par de « sérieux problèmes d'accès sans restriction et un fort climat d'appréhension et même de crainte des nombreuses personnes qui ont interagi avec nous ».

Le climat sur la liberté d'expression au sein de la Gambie était toxique sous Jammeh. Reste à voir, si aujourd'hui, le nouveau gouvernement fera de la fin de l'impunité l'une de ces priorités. Toutefois des défenseurs des droits de l'homme en Gambie et à l'étranger se refusent d'être réduits au silence par l'intimidation et qui, avec l'appui international, poursuivront leurs actions pour changer cette situation.

Plus de ressources et de renseignements

Musa Saidykhan et Ebrima Manneh : Une justice subvertie par l'État

Afrique IFEX 17 October 2016

En 2006, les journalistes gambiens Musa Saidykhan et Ebrima Manneh ont été arrêtés et détenus séparément par les agents de l’État à Banjul en Gambie. M. Saidykhan a été soumis à des tortures brutales, tandis que M. Manneh a disparu sans laisser de traces. La Cour de justice de la Communauté CEDEAO a émis des jugements contre la Gambie pour ces deux affaires, déclarant l’État coupable d’avoir enfreint leurs droits fondamentaux et leur devant réparation. À ce jour, la Gambie ne s’est pas encore conformée à l’une ou l’autre de ces décisions.

État de la peur: Arrestations arbitraires, torture et homicides

Afrique Human Rights Watch 15 September 2015

Ce rapport donne un aperçu de la situation des droits de l’homme dans le pays depuis que le Président Jammeh a accédé au pouvoir en 1994. Il documente les violations des droits de l’homme par les forces de sécurité de l’État et les paramilitaires pro-gouvernementaux, y compris les arrestations et les détentions arbitraires, les tortures et autres mauvais traitements, les disparitions forcées, les exécutions illégales, et le rôle central du Président Jammeh concernant ces abus.



 
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