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Musa Saidykhan et Ebrima Manneh : Une justice subvertie par l'État

En 2006, les journalistes gambiens Musa Saidykhan et Ebrima Manneh ont été arrêtés et détenus séparément par les agents de l’État à Banjul en Gambie. M. Saidykhan a été soumis à des tortures brutales, tandis que M. Manneh a disparu sans laisser de traces. La Cour de justice de la Communauté CEDEAO a émis des jugements contre la Gambie pour ces deux affaires, déclarant l’État coupable d’avoir enfreint leurs droits fondamentaux et leur devant réparation. À ce jour, la Gambie ne s’est pas encore conformée à l’une ou l’autre de ces décisions.

Le 28 mars 2006, Musa Saidykhan, rédacteur en chef du journal The Independent, a été arrêté et détenu par la police gambienne. M. Saidykhan a été arrêté par l'Agence nationale de renseignements (NIA), en même temps que le directeur général du journal Madi Ceesay et d'autres membres du personnel.

Au cours de sa détention, Musa a été soumis à des traitements cruels, inhumains et dégradants, et fut victime d'actes de tortures jusqu'à ce qu'il en perde connaissance, lui laissant de graves séquelles sur le dos, les jambes et les bras, et une main droite fracturée en trois endroits. Musa a été détenu au secret - sa famille et ses amis se sont vus refuser tout accès - sans qu'aucune charge ne soit jamais portée contre lui.

Le 7 juillet 2006, des agents en civil de la célèbre Agence nationale de renseignements (NIA) ont arrêté un autre journaliste, Chief Ebrima Manneh, journaliste pour le quotidien pro-gouvernemental Daily Observer à son bureau à Banjul. M. Manneh aurait été arrêté pour avoir transmis à un journaliste de la BBC, au cours d'une réunion de l'Union africaine, des informations « préjudiciables » et aurait essayé de publier un article de la BBC critiquant le coup d'État du Président Yahya Jammeh comme antidémocratique.

Au cours de l'année suivant son arrestation, M. Manneh a été repéré à plusieurs reprises, sous la garde de la police pénitentiaire et la NIA, au cours de transferts entre divers postes de police et centres de détention. Malgré ces rapports et témoignages écrasants et d'autres preuves recueillies par ses collègues et la société civile, le gouvernement réfute toute implication.
Les deux incidents se sont produits au cours d'une répression contre les médias après l'annonce par le gouvernement d'un coup d'État déjoué en mars 2006. Le coup a servi de justification pour arrêter, intimider et harceler des dizaines de journalistes et travailleurs des médias à l'approche des élections nationales.

Dans les années qui ont suivi, la Fondation des Médias pour l'Afrique de l'Ouest (MFWA) a porté plainte contre la Gambie à la Cour de justice de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) au nom de M.Saidykhan et de M. Manneh. La Cour a conclu que la Gambie a violé les droits fondamentaux de Musa Saidykhan et a ordonné au gouvernement de payer 200 000 $ US à titre de dommages et intérêts. Dans le cas d'Ebrima Manneh, la Gambie a été ordonnée de libérer Manneh et de payer la somme de 100 000 $ US à titre de dommages et intérêts à sa famille. Cependant, le gouvernement gambien ne s'est pas encore conformé à ces jugements et aucune réparation n'a encore été versée. Aujourd'hui, le sort d'Ebrima Manneh reste inconnu.


Les acteurs principaux

Musa Saidykhan un éminent journaliste gambien qui a été arbitrairement arrêté et torturé par des agents de l’Agence nationale de renseignement. Musa Saidykhan vit actuellement en exil aux États-Unis d’Amérique, où il écrit pour Kairo News et milite pour le respect des droits de la personne et la liberté d’expression en Gambie.

Ebrima Manneh ancien journaliste pour le Daily Observer. En 2006, Ebrima Manneh s’est fait arrêter par la NIA à la vue de ses collègues et d’autres témoins. Dix ans plus tard, le lieu de détention de M. Manneh reste inconnu et le gouvernement nie toujours l’avoir arrêté.

Le président Yahya Jammeh Le Président de la Gambie. Jammeh a pris le pouvoir à la suite d’un coup d’État militaire en 1994 contre le président Dawda Jawara. Depuis son arrivée au pouvoir, les journalistes, les militants des droits de la personne et les citoyens sont souvent la cible de répressions. De nombreux cas d’exécutions extra-judiciaires, d’arrestations et de détentions arbitraires, de torture, de disparitions forcées et d’autres violations des droits de la personne ont été signalés en Gambie et de nombreux Gambiens ont été obligés de s’exiler pour fuir les persécutions.

Agence nationale de renseignement L’Agence nationale de renseignement est la police secrète et le service de renseignements de la Gambie. Créé en 1995, un an après l’arrivée au pouvoir du Président Yahya Jammeh, la NIA rend compte directement au Président Jammeh. Elle est composée d’anciens membres des services de sécurité de la Gambie, souvent choisis par Jammeh lui-même. La NIA est reconnue pour ses exécutions extra-judiciaires, ses enlèvements, ses arrestations et détentions arbitraires et la torture d’opposants présumés au régime de Jammeh - notamment des journalistes, des défenseurs des droits de la personne, des chefs religieux et des hommes politiques.

Force de police gambienne La Force de police gambienne (GPF) dépend du ministère de l’Intérieur et comprend environ 5 000 policiers en civil et en uniforme. La GPF est commandée par l’Inspecteur général de la police, qui est assisté d’un inspecteur général adjoint, d’administrateurs et de commissaires régionaux. En dépit de leur mandat pour faire respecter les lois de la Gambie équitablement, pour protéger, aider et rassurer la communauté dans la plus grande intégrité, la police gambienne est en réalité la première à enfreindre les droits de la personne dans le pays.

La Cour de Justice de la Communauté CEDEAO La Cour de justice communautaire de la CEDEAO a été créée dans le cadre du Traité révisé de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Le mandat de la Cour est d’assurer le respect du droit et des principes de l’équité dans l’interprétation et l’application des dispositions du Traité révisé, et de tous les autres instruments juridiques subsidiaires adoptés par la CEDEAO. La Cour se compose de sept juges indépendants, nommés par les chefs d’État des gouvernements de la CEDEAO. Les juges doivent être ressortissants des États membres et servir un mandat de quatre ans, sur recommandation du Conseil judiciaire de la Communauté.

Media Foundation for West Africa La MFWA est l’organisation de défense de la liberté d’expression et de développement de l’indépendance des médias la plus importante et la plus influente en Afrique de l’Ouest, comptant des organisations partenaires dans les 16 pays de la région. La MFWA assure également le secrétariat du réseau de défense et de promotion de la liberté d’expression en Afrique, AFEX, un réseau d’expression libre et d’organisations de défense des médias à l’échelle du continent. Depuis près de vingt ans, la MFWA et ses partenaires ont réussi à promouvoir la liberté d’expression, le professionnalisme journalistique, des initiatives menées par les médias pour la paix et la gouvernance participative en Afrique de l’Ouest.

Gambia Press Union L’Union de la presse gambienne (GPU) a été fondée en 1979 par un groupe de journalistes travaillant dans les médias privés. Au cours de ces quarante années d’existence, le GPU a milité pour la liberté d’expression, la sécurité des journalistes et l’accès à l’information en Gambie. La GPU a mené la réforme juridique des lois gambiennes et dénonce en ce moment les lois répressives du pays auprès de la Cour suprême.

Amnesty International - Sénégal Amnesty International (AI) est une organisation internationale non gouvernementale qui lutte contre les violations des droits de l’homme dans le monde entier. Lorsque Musa Saidykhan s’est réfugié au Sénégal, le chapitre sénégalais d’Amnesty International l’a assisté dans sa recherche de soins médicaux. Amnesty International l’a également aidé avec sa demande d’asile aux États-Unis d’Amérique, où il réside actuellement.

Femi Falana Femi Falana est un éminent avocat nigérian et militant des droits de la personne avec de nombreuses années d’expérience au Nigéria. Pendant plusieurs années, il a été à l’avant-garde des revendications pour des réformes juridiques au Nigeria et ailleurs en Afrique. Mtre Falana fut l’avocat de Musa Saidykhan et d’Ebrima Manneh qui a porté avec succès leur affaire devant la Cour de justice communautaire de la CEDEAO.

 
Mars 2006
Musa Saidykhan
Musa Saidykhan fue detenido

Le 27 mars 2006, les forces de sécurité gambiennes arrêtent Musa Saidykhan et plusieurs de ses collègues du quotidien The Independent . Quelques heures plus tard, tous les détenus, à l’exception de M. Saidykhan et de M. Madi Ceesay, sont libérés. Au cours de sa détention, Musa a été détenu au secret et soumis à des tortures brutales, notamment des coups de bâtons et des décharges électriques sur les parties vulnérables du corps.

 
J’ai été déshabillé et j’ai reçu des décharges électriques sur tout le corps y compris mes parties génitales. J’ai été informé par mes tortionnaires que les décharges électriques sur mes organes génitaux étaient destinées à me rendre impuissant. "

Musa Saidykhan

 
Avril 2006
Musa Saidykhan
Musa Saidykhan est libéré

Le 20 avril 2006, la police gambienne libère Musa Saidykhan et Madi Ceesay après 3 semaines de détention au siège de la NIA à Banjul en Gambie. Ils n’ont été accusés d’aucun crime et ont été libérés sous caution pour la somme de 200 000 dalasis gambiens (l’équivalent de 7 400 $ US).

 
Mai
Musa Saidykhan
Échapper au Sénégal

Sujet à une surveillance constante et de nombreux harcèlements par des personnes qui semblent appartenir à la NIA, Musa Saidykhan et sa femme fuient la Gambie pour le Sénégal avec l’aide d’Amnesty International dans la journée du 16 mai.

 
Juillet
Ebrima Manneh
L’arrestation de chef Ebrima Manneh

Le 7 juillet, Chief Ebrima Manneh est arrêté et détenu par la NIA. Aucune raison pour l’arrestation et la détention du journaliste au siège de la NIA n’est donnée. M. Manneh disparaît pendant six mois.

 
Janvier 2007
Ebrima Manneh
Première observation de Ebrima Manneh

Le 12 janvier, après 188 jours en détention secrète, les médias locaux rapportent le signalement de M. Manneh à plusieurs reprises lors de son transfert entre des centres de détention à travers le pays, avant de disparaître à nouveau dans un lieu inconnu. La famille de M. Manneh n’a pas eu de contact avec lui depuis son arrestation et la NIA nie toujours sa responsabilité dans sa disparition.

 
Février
Ebrima Manneh
La Police nie officiellement détenir M. Manneh

Le 21 février, après 8 mois en détention secrète, en réponse aux demandes de libération de Chief Ebrima Manneh, formulées par la MFWA et d’autres organisations de défense des droits fondamentaux, la Force de police gambienne nie officiellement détenir M.Manneh.

 
Mars
Ebrima Manneh
La MFWA porte plainte au nom de Chief Manneh auprès de la Cour de justice communautaire

La Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest dépose plainte à la Cour de justice communautaire de la CEDEAO pour obliger les autorités gambiennes à relâcher Chief Ebrima Manneh. Dans sa demande au nom de M. Manneh, la MFWA cherche à ce que l’arrestation de Chief Ebrimah Manneh soit déclarée illégale et en violation d’un certain nombre de ses droits garantis par la Charte africaine des droits de l’homme, notamment son droit à la liberté personnelle. En outre, la demande vise à obtenir une ordonnance du tribunal exigeant que l’État gambien libère immédiatement M. Manneh.

 
Mai
Ebrima Manneh
Une ordonnance du tribunal est signifiée au Gouvernement gambien

Le 31 mai, le gouvernement gambien est officiellement cité à comparaître devant le Haut-commissariat à Abuja, la capitale du Nigeria, où la Cour siège. Cependant, sans notification ni explication donnée à la Cour, le gouvernement gambien omet de déposer une défense dans le délai de 30 jours prévu. Le 14 juillet, le Tribunal de la CEDEAO signifie au gouvernement gambien un avis d’audience par l’intermédiaire de son Haut-commissariat à Abuja.

 
Le gouvernement gambien ne se présente pas à l’audience

Le 16 juillet 2007, le gouvernement de la Gambie ne se présente pas à la Cour de justice communautaire de la CEDEAO à Abuja au Nigeria pour répondre des chefs d’accusation concernant la violation des droits fondamentaux de Chief Ebrima Manneh. Le Tribunal ajourne l’affaire au 26 septembre 2007, pour donner au gouvernement gambien l’occasion de comparaître.

 
Le gouvernement gambien sujet à des pressions sur la « disparition » de Chief Manneh

Le 17 juillet, le réseau nouvellement formé des journalistes pour les droits de l’homme (NHRJ), un groupe de défense des droits de la personne, organise un colloque à l’occasion de la date anniversaire de la disparition de M. Manneh afin de maintenir la pression locale et internationale sur le gouvernement du président Yahya Jammeh et d’obtenir sa libération inconditionnelle. Le colloque sur le thème « Garantir la liberté de la presse en Gambie, » demande également la fin de l’impunité concernant les attaques contre les journalistes et les médias dans le pays. Le NHRJ a invité trois représentants du gouvernement à participer au forum - le procureur général, l’inspecteur général de la Police de la Gambie, et Saja Taal, directeur général du quotidien The Daily Observer et proche confident du Président Jammeh, qui avait également été accusé d’avoir organisé l’arrestation de Manneh. Aucun des trois fonctionnaires n’a participé au symposium.

 
Nouvelle apparition de Chief Manneh

Le 26 juillet, Chief Ebrima Manneh est vu au Royal Victoria Teaching Hospital (RVTH), le plus grand hôpital de la Gambie, où il avait été hospitalisé pour hypertension. Des sources de la MFWA ont rapporté avoir aperçu M. Manneh en compagnie du personnel de l’unité d’intervention de la police (CEP), une aile paramilitaire de la police gambienne et de l’administration pénitentiaire. Les sources indiquent que M. Manneh, qui était très faible à l’époque, avait brièvement été admis à l’hôpital avant d’être transféré dans une clinique militaire de Banjul.

 
Novembre
Ebrima Manneh
La cour fixe la date du jugement

La Cour de justice communautaire de la CEDEAO annonce que son jugement sera prononcé le 20 novembre. Le gouvernement gambien refuse toujours de comparaître, en dépit d’avoir officiellement été convoqué par le haut-commissariat de la Cour de justice à Abuja. La Cour communautaire de la CEDEAO rend son jugement dans l’affaire de la « disparition » de Chief Ebrima Manneh le 31 janvier 2008. Un panel de trois juges a rendu son jugement après avoir entendu la plaidoirie de Mtre Femi Falana, l’avocat de Manneh. Le 26 novembre 2007, la Cour avait entendu le témoignage de trois témoins, dont l’un avait indiqué avoir été témoin de l’arrestation de Chief Manneh par NIA dans les bureaux du journal The Daily Observer. Un autre témoin a affirmé qu’il avait vu Manneh en décembre 2006 dans un poste de police de Fatoto, la ville la plus à l’est de la Gambie à environ 500 kilomètres de la capitale, Banjul.

 
La MFWA dépose une plainte à la Cour de la CEDEAO au nom de M. Saidykhan

Le 19 novembre 2007, la Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA) porte plainte auprès de la Cour de Justice de la Communauté CEDEAO au nom de M. Saidykhan, après sa décision de fuir le pays l’année précédente. Avec cette action en justice, la MFWA cherche à obtenir justice pour Musa et proposer un modèle de prise en charge pour les nombreux autres journalistes gambiens qui ont subi un sort similaire et vivent maintenant en exil.

 
Juin 2008
Ebrima Manneh
La Cour statue sur la disparition de Chief Manneh

Le 5 juin, après avoir nier toute responsabilité dans la disparition de Chief Ebrima Manneh, et fait preuve d’un mépris grossier pour la Cour de la CEDEAO en refusant de coopérer tout au long de la procédure, le gouvernement du Président Yayah Jammeh est ordonné de libérer immédiatement Chief Ebrima Manneh, illégalement détenu au secret pendant près de deux ans. La cour demande également aux autorités gambiennes de verser à M. Manneh 100 000 $ US à titre de compensation. Le jugement est donné par contumace, puisque le gouvernement gambien refuse toujours de se présenter.

 
Avril 2009
Ebrima Manneh
Les autorités gambiennes brisent le silence sur la disparition de Chief Manneh

Le 6 avril 2009, Marie Saine Farduas, puis le ministre de la Justice et le procureur général de la Gambie nient publiquement le rôle de l’État dans la disparition de M. Manneh. Le ministre, qui répondait aux questions des législateurs de la Gambie sur le non-respect du jugement de la CEDEAO, a déclaré:

 
L’État ne peut libérer une personne, que si l’État détient cette personne... je me suis renseigné auprès du directeur général de l’Agence nationale de renseignement (NIA), auprès de l’inspecteur général de la police et du commissaire des prisons, et tous indiquent qu’en l’état de leurs connaissances, les informations dont ils disposent, et leur propre conviction, Chief Manneh n’est pas sous leur garde. "

 
Juillet
Musa Saidykhan
La Cour s’oppose à la motion du gouvernement gambien de radier de l’affaire Saidykhan

Le 30 juillet, la Cour de justice communautaire de la CEDEAO rejette la motion du gouvernement gambien visant à radier l’affaire Saidykhan sur les bases que la cour n’avait pas les compétences et que M. Saidykhan n’avait pas épuisé tous les recours nationaux.

 
Août 2009
Musa Saidykhan
La Gambie tente de limiter l’accès de la Cour de la CEDEAO

Le 31 août, suivant la plainte de M. Saidykhan contre la Gambie, l’État envoie une proposition à la CEDEAO, afin de limiter l’accès de la Cour Communautaire par la création d’amendements au traité à l’origine de sa création visant à limiter l’étendue de ses compétences. La proposition est largement condamnée par les États membres de la CEDEAO et unanimement rejetée par le Conseil des ministres de la Justice de la CEDEAO.

 
Décembre
Musa Saidykhan
Le dossier de Musa Saidykhan est ajourné

Le 15 décembre 2009, la Cour de justice communautaire de la CEDEAO ajourne l’affaire jusqu’au 23 février 2010, afin de permettre à l’avocat de Saidykhan de répondre à la déposition faite par le gouvernement gambien.

 
Juillet 2010
Musa Saidykhan
Le dossier de Musa Saidykhan est une nouvelle fois ajourné

Le 7 juillet, la Cour de justice communautaire de la CEDEAO ajourne une nouvelle fois l’audition sur le cas de torture de Musa Saidykhan au 21 septembre 2010, afin de permettre au gouvernement gambien de répondre aux amendements déposés par l’avocat de Saidykhan. Son avocat avait déposé une motion demandant au tribunal l’autorisation de modifier leur déposition et permettre à Musa de produire d’autres preuves matérielles, y compris les vêtements qu’il avait portés en détention et son dossier médical de l’époque.

 
Octobre 2010
Musa Saidykhan
L’objection de la Gambie dans le dossier Saidykhan est rejetée par la Cour

Le 21 octobre à Abuja, au Nigeria, la Cour de justice communautaire de la CEDEAO rejette l’objection soulevée par les autorités gambiennes contre l’autorisation d’ajouter d’autres éléments à charge au dossier. Cette décision signifie que la cour examinera les vêtements que portait M. Saidykhan durant sa torture, ainsi que son dossier médical, qu’il avait déjà présenté au cours d’un témoignage précédent.

 
Décembre
Musa Saidykhan
La Cour conclut à la culpabilité de la Gambie dans l’affaire Saidykhan

Le 16 décembre 2010, le tribunal régional confirme que les agents de sécurité du Président Yahya Jammeh ont torturé M. Saidykhan en 2006 alors qu’il était détenu par la NIA. Il statue également que l’arrestation et la détention de M. Saidykhan étaient illégales et violaient ses libertés fondamentales et son droit à un procès équitable tel que garanti par les articles 6 et 7 de la Charte africaine des droits de l’homme. La Cour de justice communautaire de la CEDEAO accorde le droit à M. Saidykhan de recevoir 200 000 $ US en dommages et intérêts.

 
Mars 2011
Ebrima Manneh
La Gambie fait appel auprès de la Cour de justice communautaire de la CEDEAO au jugement rendu sur les affaires Musa Saidykhan et Chief Ebrima Manneh

Le 31 mars, le gouvernement gambien fait appel du jugement de la Cour Communautaire de la CEDEAO sur les affaires de Musa Saidykhan et de Chief Ebrima Manneh. Les autorités gambiennes déclarent être "insatisfaites" avec les deux jugements rendus. D’après leur demande, les autorités gambiennes ont indiqué "une erreur judiciaire puisque la cour n’a pas correctement évalué les preuves à charge," dans l’affaire de Musa Saidykhan. Ils ont indiqué que l’attribution de "200 000 $ US pour le demandeur (Saidykhan) était scandaleuse puisqu’il n’y avait pas de barème indiquant sur quelle base ce montant avait été calculé." La question de la devise a également été soulevée puisque les dommages et intérêts ont été fixés en dollars américains et non en dalasis gambiens "étant donné que le demandeur est un citoyen et un résident de la Gambie."

 
Septembre
Musa Saidykhan
La Cour de la CEDEAO ajourne l’audience du gouvernement gambien demandant la révision du jugement

Le 26 septembre, la Cour de justice communautaire de la CEDEAO ajourne indéfiniment la demande en appel des jugements concernant Chief Ebrima Manneh et Musa Saidykhan. Dans sa réponse à la demande de la Gambie, l’avocat de Saidykhan attire l’attention de la Cour sur le fait que la Gambie a enfreint l’article 92, qui prévoit une période de trois mois pendant laquelle les arrêts de la cour peuvent être contestés, notant que les autorités gambiennes avaient déposé leur demande le 31 mars 2011, soit 15 jours après l’échéance. Sur la question de la devise, l’avocat de Saidykhan affirme qu’ "une fois que la preuve de la violation des droits fondamentaux est apportée, le demandeur n’a pas besoin de prouver les dommages subis et que par conséquent la cour n’a pas besoin de fournir la manière et les méthodes employées pour déterminer le montant des indemnités s’élevant à 200 000 $ US... De plus, il n’y avait aucune disposition dans le jugement de la cour précisant la devise dans laquelle le différend devait être réglé".

 
Février 2012
Ebrima MannehMusa Saidykhan
La Cour de justice communautaire de la CEDEAO ordonne à la Gambie de se conformer à sa décision

Le 6 février, la Cour de justice communautaire de la CEDEAO ordonne au gouvernement gambien de se conformer à sa décision sur l’affaire Musa Saidykahn, rejetant la demande en appel des autorités gambiennes au motif qu’il n’y a pas de nouveaux éléments de preuve pour justifier leur objection. Après avoir examiné le cas du journaliste disparu, Ebrima Manneh, la Cour a donné raison à la Gambie après que le gouvernement ait indiqué que selon sa constitution, la disparition d’une personne peut officiellement être reconnue après 7 ans. Toutefois, la Cour a maintenu que la Gambie devrait verser les dommages et intérêts et produire M. Manneh lorsque les sept ans se seront écoulés.


Ce que font les membres de l’IFEX

Fondation des Médias pour l'Afrique de l'Ouest n'a cessé d'exercer des pressions sur le gouvernement gambien pour que ce dernier se conforme au jugement rendu par la Cour de justice communautaire de la CEDEAO à l'aide de procédure de recours et en organisant des campagnes avec d'autres organisations de la société civile et groupes de défense de la libre expression en Afrique de l'Ouest. En ce moment, la MFWA porte un litige stratégique auprès de la Cour de justice communautaire de la CEDEAO afin d'assurer la conformité de la Gambie et travaille avec les responsables de la CEDEAO afin de développer des stratégies qui permettront de résoudre le problème de l'impunité dans la région.

Article 19 exige la justice pour Musa Saidykhan et Ebrima Manneh et a porté l'affaire devant le Conseil des droits de l'homme de l'Organisation des Nations Unies, exhortant le gouvernement à honorer les décisions de la CEDEAO et appelant à la création d'un Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de la personne en Gambie, entre autres mesures pour améliorer la liberté d'expression dans le pays.

Reporters sans frontières rapporte régulièrement sur l'affaire Manneh, et en 2015, a soumis une demande au Groupe de travail des Nations Unies sur les disparitions forcées ou involontaires et au groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire, les invitant à ouvrir des enquêtes sur l'affaire Ebrima Manneh. Les procédures spéciales de l'ONU se sont déjà vues refuser l'accès aux établissements de détention durant leur visite.

Plus de ressources et de renseignements

Human Rights Violations in The Gambia under President Jammeh

Afrique Fondation pour les Médias en Afrique de l’Ouest 13 November 2014

Compilation des violations des droits de l’homme enregistrées en Gambie entre 2010-2013. Ce rapport répertorie les violations des droits de l’homme comme les exécutions extrajudiciaires, les cas de torture ou les peines et les traitements cruels, inhumains ou dégradants, ainsi que les arrestations et détentions arbitraires. Les rapports offrent un résumé succinct de chaque incident et identifient les victimes des violations.

State of Fear: Arbitrary Arrests, Torture, and Killings

Afrique Human Rights Watch 15 September 2015

Ce rapport donne un aperçu de la situation des droits de l’homme dans le pays depuis que le Président Jammeh a accédé au pouvoir en 1994. Il documente les violations des droits de l’homme par les forces de sécurité de l’État et les paramilitaires pro-gouvernementaux, y compris les arrestations et les détentions arbitraires, les tortures et autres mauvais traitements, les disparitions forcées, les exécutions illégales, et le rôle central joué par le Président Jammeh.



 
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