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Vers la justice et la paix - profil de la Colombie

 
Un partisan de l’accord de paix, signé entre le gouvernement colombien et les rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), fait flotter un drapeau lors d’un rassemblement devant le Congrès à Bogota en Colombie, le lundi 3 octobre 2016.
Un partisan de l’accord de paix, signé entre le gouvernement colombien et les rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), fait flotter un drapeau lors d’un rassemblement devant le Congrès à Bogota en Colombie, le lundi 3 octobre 2016.

(AP Photo/Fernando Vergara)

Une nouvelle ère de réconciliation et de construction de la paix nous permet de renaître. Préparons-nous à désarmer les esprits et les cœurs
Rodrigo Londoño Echeverri, chef des FARC, lors de la signature de l’Accord de paix du 26 septembre 2016
BBC


Présentation

Après des décennies d'un conflit armé interne qui a forcé des millions de personnes à quitter leur foyer et fait plus de 220 000 victimes, la mise en œuvre des pourparlers de paix entre le gouvernement et les rebelles devraient être une source d'espoir. Toutefois, le nombre outrageusement élevé de meurtres et de disparitions et l'impossibilité d'obtenir justice pour les crimes passés indiquent que la culture de la violence et de l'impunité reste profondément enracinée. Le rejet de l'accord de paix par une très petite majorité lors du référendum témoigne également de la profondeur de la fracture qui divise la population sur la meilleure façon d'obtenir une véritable réconciliation et une réparation pour les injustices du passé.

Capitale:

Bogotá

Population:

48,23 mi

PIB:

292,1 G $USi


Gouvernement:

République de Colombie. Président : Juan Manuel Santos Calderón, élu pour la première fois en juin 2010. Réélu en juin 2014 avec 50,95 % des voix.


Membre de:

Organisation des États américains (OEA), Organisation des Nations Unies, l'Unión de Naciones Suramericanas (UNASUR)


Membres actifs de l’IFEX dans ce pays:

Foundation pour la liberté de la presse | flip.org
Fundación Karisma | karisma.org.co


Indice mondial de la liberté de la presse:

Indice mondial de la liberté de la presse 2016 de Reporters sans frontières 134 sur 179 pays


Des décennies de terreur et d’espoirs de paix

Les Colombiens vivent depuis plus de cinquante ans dans la terreur semée autant par les combats entre les groupes rebelles marxistes et les forces gouvernementales, que les paramilitaires d'extrême droite qui ont envahi de vastes zones du pays souvent en collaboration avec l'armée, ou que les abus fréquents commis par les forces gouvernementales ou encore la narco-criminalité qui s'est répandue dans le pays récemment. Motivées par la peur de ces différentes forces, 6,8 millions de personnes ont fui leur foyer pour se réfugier dans d'autres régions. Un chiffre qui place la Colombie juste derrière la Syrie. Les civils représentent la majorité des 220 000 meurtres recensés. Des milliers d'autres sont portés disparus. Les meurtriers, les forces gouvernementales, les groupes paramilitaires et les guérilleros, jouissent d'une impunité quasi totale, ce qui vaut à la Colombie la réputation d'être l'un des pays les plus dangereux au monde.

Toutefois, le nombre de meurtres est en déclin depuis 2004, coïncidant avec l'essoufflement du conflit politique et la démobilisation des groupes paramilitaires, et plus récemment avec le début des pourparlers de paix entre le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en 2012. En 2014, le nombre de décès s'est stabilisé dans les 3 000 meurtres par an, et le nombre de disparitions a également fortement chuté. Les déplacements forcés se poursuivent à rythme plus modéré, même si encore près de 200 000 personnes sont concernées chaque année selon les observateurs indépendants.

Les pourparlers de paix avec les FARC ont abouti à la signature d'un accord de paix le 26 septembre 2016, qui permettrait aux FARC de rendre les armes aux observateurs des Nations Unies et de se réinsérer dans la vie civile sous la supervision d'un groupe de suivi tripartite composé du gouvernement, des FARC et de l'ONU. L'accord de paix a été largement salué à l'échelle internationale tout comme en Colombie, et certains l'ont même comparé à l'Accord du Vendredi saint de 1998 qui a mis fin à quarante ans de « troubles » en Irlande du Nord. L'accord a été soumis à un référendum public le 3 octobre 2016 avec bon espoir qu'il serait approuvé. Mais l'Histoire en a voulu autrement et ce vote, qui a surpris les partisans du « Oui », a rejeté le traité avec une majorité de 50,02 %.

L'opposition à l'accord de paix trouve son origine dans l'incertitude qui entoure la capacité des ex-rebelles à s'intégrer à la vie civile après des décennies de domination par la violence ainsi que le rôle toujours actif de réseaux criminels. En laissant la possibilité aux guérilleros et aux membres des forces armées qui ont commis des crimes de guerre d'éviter la prison et même de se présenter aux élections, l'accord de paix a soulevé de nombreuses inquiétudes. Le président Juan Manuel Santos s'est investi immédiatement afin de maintenir le dialogue entre les FARC, les partisans du « non » et le gouvernement pour « guider ce processus de paix vers un dénouement heureux ». Les deux parties ont convenu que le cessez-le-feu serait maintenu pour le moment.

El 30 de noviembre de 2016, el Congreso de Colombia aprobó una nueva versión revisada del acuerdo de paz que abordó varios reclamos del acuerdo original. Bajo el nuevo acuerdo, comenzará el desarme de los rebeldes de las FARC.



Les défenseurs des droits de l’homme toujours en ligne de mire

Pendant ce temps, les défenseurs des droits de l'homme, les syndicalistes, les militants des droits autochtones et communautaires, et tous les journalistes restent vulnérables. Avec 69 meurtres recensés au cours des huit premiers mois de 2015, contre 35 pour la même période en 2014, Front Line Defenders fait état d'une « détérioration alarmante » de la sécurité pour les défenseurs des droits de l'homme en 2015. L'observateur de presse colombienne, la Fundación para la Libertad de prensa (FLIP), rapporte, pour 2015, 147 cas d'agression contre des journalistes, dont deux furent fatales. Ces derniers homicides sont imputables principalement aux paramilitaires, qui sont souvent tolérés ou qui parfois agissent de concert avec les organismes gouvernementaux.

L'histoire du Movimiento de victimas de Crímenes de Estado (MOVICE), une organisation qui a longtemps fait campagne pour que les victimes du conflit armé obtiennent justice, est une illustration des dangers, passés et présents, menaçant les défenseurs des droits de l'homme. Le 1er février 2016, Nelly Amaya, une membre de MOVICE et militante pour les droits des communautés autochtones et de leurs droits fonciers, a été mortellement blessée par des hommes armés alors qu'elle travaillait dans sa boutique. Deux mois plus tôt, le 13 novembre 2015, un autre activiste MOVICE, Daniel Abril, a été abattu. Le même jour, Luis Francisco Hernandez Gonzalez, qui travaillait pour les droits des afro-colombiens, a également été assassiné. Tous avaient été la cible de menaces de mort. Aucun d'entre eux n'avait reçu de protection. Les menaces persistent. Le 14 septembre 2016, des hommes armés sur une moto ont tenté de tuer une autre activiste MOVICE Rocío Campos. Elle a pu s'échapper et se réfugier dans un commissariat de police à proximité.

 Les femmes défilent dans Bogota, Colombie pour exiger la fin de la violence contre les femmes
Les femmes défilent dans Bogota, Colombie pour exiger la fin de la violence contre les femmes

UN Women via Flickr


La justice se fait attendre pour les journalistes

Les journalistes sont en première ligne de ces attaques, et comme beaucoup d'autres défenseurs des droits de l'homme, ils réalisent que la justice peut prendre beaucoup de temps.

Nelson Carvajal Carvajal, un journaliste assassiné en 1998. Après 17 ans de frustrations et l'absence de progrès dans les enquêtes menées par le gouvernement sur son décès, sa famille s'est réjouie de la décision de la Cour interaméricaine des droits de l'homme de s'occuper de l'affaire en 2015. L'affaire Carvajal et celles d'autres journalistes assassinés ont fait l'objet d'une campagne intense menée par la Société interaméricaine de presse (SIP), qui a envoyé 11 missions en Colombie au cours de cette période.
• La journaliste Jineth Bedoya, militante pour les droits des femmes victimes de violence, a attendu 16 ans pour obtenir justice après un processus qui a été décrit comme « glacial » et dominé par l'incompétence de la justice. En mars 2016, un combattant des groupes paramilitaires a été condamné à 11 ans de prison pour enlèvement, viol et torture. Madame Bedoya a été enlevée à l'extérieur d'une prison de Bogotá en mai 2000 alors qu'elle enquêtait sur des allégations de ventes d'armes entre des groupes paramilitaires et des fonctionnaires de l'État. Elle continue de faire pression pour obtenir la condamnation d'autres auteurs, et la reconnaissance de la complicité du gouvernement dans son attaque.

Un programme gouvernemental créé en 2000, et censé assurer la protection des journalistes, a été vivement critiqué pour ne pas avoir su prévenir des meurtres et pour son incapacité à mener des enquêtes et à poursuivre les auteurs.

Les journalistes continuent d'être menacés, enlevés et agressés. Par exemple, en mai 2016, le journaliste Salud Hernández-Mora a été enlevé par les rebelles de l'ELN, tout comme l'ont été un autre journaliste et un caméraman qui enquêtaient sur sa disparition. Tous ont été libérés quelques jours plus tard.

Les journalistes doivent faire face à d'autres menaces comme la surveillance et l'espionnage illégal. La situation était devenue suffisamment grave pour que la dissolution de l'agence nationale de renseignement soit ordonnée en 2011, et que de nouvelles lois venant encadrer les activités de renseignement soient votées en 2013. La loi prévoit désormais des sanctions sévères pour les officiers qui franchiraient les limites de la légalité. Cependant les observateurs de la presse, comme la Fundación Karisma, rapportent toujours des activités d'espionnage et de mise sur écoute illégales concernant les membres des médias. Les enquêtes menées sur les violations de la vie privée ont été insuffisantes, et souffrent d'un manque de transparence.


Quel espoir pour mettre fin à l’impunité ?

Le déclin des conflits en Colombie au cours des dernières années a eu un impact significatif sur le nombre d'agressions et de meurtres. Bien que l'accord de paix connaît quelques obstacles, il a le mérite d'ouvrir le dialogue, d'identifier des solutions et de montrer qu'il existe une volonté partagée de mettre fin aux conflits. Toutefois, les défenseurs des droits de l'homme, les activistes et les journalistes restent vulnérables, et le danger auquel ils font face ne pourra être dissipé que par des enquêtes judiciaires rigoureuses et la poursuite de ceux qui se livrent à ces crimes; c'est à dire en mettant fin à l'impunité dont ont joui tant de criminels par le passé.

Plus de ressources et de renseignements

Jineth Bedoya : Chronique d’une justice à deux vitesses

Amériques 19 January 2016

Notre profile, dans le cadre de la campagne Non à l’impunité de l’IFEX, détaille le combat que mène Jineth Bedoya, et ceux qui l’accompagne dans son périple, pour obtenir justice.

Examen de la liberté d’expression en Colombie

Amériques 16 October 2016

Cette communication conjointe envoyée à la Commission des droits de l’homme fournit un aperçu du respect par la Colombie de ses obligations en matière de liberté d’expression en date du mois d’octobre 2016.



 
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