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Geo TV, victime des services de renseignement pakistanais

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 24 décembre 2014.

Reporters sans frontières tire la sonnette d'alarme face à la recrudescence des violences à l'encontre des médias du groupe Jang-Geo au Pakistan. Des attaques qui cachent une campagne de dénigrement et de harcèlement minutieusement orchestrée par les services de renseignement (Inter-Service Intelligence, ISI) à travers ses alliés politiques.

Si les violences commises par des groupes non étatiques sont relativement constantes en 2014, les atteintes à l'encontre de la liberté de la presse émanant d'une partie du gouvernement en place ou des différentes factions politiques sont en nette augmentation. Depuis la montée en puissance du Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), le parti politique d'opposition mené par l'ancien joueur de cricket Imran Khan, érigé en troisième force du pays lors de sa victoire aux législatives de 2013, les médias se retrouvent de plus en plus victimes des « affrontements » que se mènent les différentes forces politiques en présence.

La faute est en partie imputable aux propriétaires de ces médias, des hommes d'affaires qui privilégient leurs alliances politiques au détriment de l'éthique journalistique, comme l'a récemment décrit une ancienne journaliste de l'Express Tribune, Neha Ansari, dans la revue Foreign Policy. Selon la journaliste, depuis le début des manifestations, en août dernier, organisées par l'opposition contre le parti au pouvoir accusé d'avoir truqué les élections de 2013, "les propriétaires des grandes entreprises de médias - telles que ARY News, Express Media Group et Dunya News, ont reçu des instructions de l'establishment militaire afin de soutenir les leaders 'dissidents' et leurs manifestations". Cette ingérence éditoriale a provoqué de nombreux épisodes de couverture biaisée et d'autocensure dans la presse. Mais cette pratique a surtout entraîné une recrudescence de l'animosité de partisans politiques de tous bords envers les médias,et ce quel que soit leur position. Qu'ils soient pro-gouvernement, dans l'opposition ou encore alignés derrières les militaires, les médias ont régulièrement payé leur couverture, parfois orientée par leur propriétaire, des troubles politiques qui agitent le pays. Ainsi en témoignent les récentes attaques dont des journalistes ont fait l'objet dans la capitale Islamabad. Le 30 novembre 2014, des journalistes et techniciens de deux chaînes de télévision ont été attaqués et leurs camions satellites endommagés. Le caméraman deDawnNews a été blessé par des pétards lancés par des partisans du Pakistan Tehreek-e-Insaf, tandis que deux techniciens de Dunya News ont été blessés par une grenade et hospitalisés d'urgence. Le 12 décembre à Karachi, le journaliste et ancien secrétaire général de l'Union fédérale des journalistes du Pakistan Mazhar Abbas et une équipe de la chaîne de télévision Geo News ont été brutalisés par des militants du PTI. Une reporter de Geo News a été contrainte de se réfugier dans le camion satellite de la chaîne pour échapper à ses agresseurs.

Depuis que le parti d'Imran Khan a lancé son mouvement de protestation, le 14 août dernier, plus d'une douzaine d'incidents visant les journalistes et le personnel technique et collaborateurs des médias appartenant à Geo News et aux quotidiens Jang et The News ont été délibérément pris pour cible par des militants du PTI. La plupart de ces incidents ont été filmés et photographiés.

Geo News dans la tourmente

Si de nombreux médias sont victimes d'intimidations et de violences commises par des supporters de partis politiques, le cas de Geo TV est aggravé par le harcèlement constant des services de renseignement.

Parce que son présentateur et journaliste vedette Hamid Mir a ouvertement accusé l'Inter-Service Intelligence (ISI) d'être à l'origine de la tentative d'assassinat sur sa personne, en avril dernier, Geo TV subit depuis les foudres de l'agence et de tous ses alliés. Il en va ainsi de la suspension par l'autorité pakistanaise de régulation des médias (Pemra) en juin dernier, ou de la condamnation, le 25 novembre dernier, de Mir Shakeel-ur-Rehman, propriétaire de la chaîne Geo TV, et de la présentatrice Shaista Lodhi de divertissement "Utho Jago Pakistan", à 26 ans de prison par un tribunal du territoire autonome de Gilgit-Baltistan (Nord) pour avoir diffusé un programme soi-disant "blasphématoire". Ces atteintes portent la marque de l'Inter-Service Intelligence, la plainte initialement déposée le 26 mai 2014, émanant du leader du groupe religieux radical Ahl-e-Sunnat Jamaat (ASWJ) Himayatullah Khan, connu pour bénéficier du soutien des militaires et des services de renseignement.

De même, les attaques du leader du PTI, Imran Khan à l'encontre de Geo TV, qui peuvent s'expliquer simplement par le ton critique employé par la chaîne à l'encontre du parti, revêtent une signification particulière à la lumière de l'alliance de plus en plus étroite du parti avec l'Inter-Service Intelligence. Depuis plusieurs mois, les liens entre le PTI et les services de renseignement constituent un sujet d'inquiétude pour le parti au pouvoir, et pour certains journalistes qui craignent une alliance politico-militaire qui pourrait rendre encore plus ardue leurs conditions de travail et la couverture de la vie politique de manière indépendante et en toute sécurité. Le leader du PTI a récemment cherché à donner davantage de pouvoir aux militaires en leur conférant une place au sein de la commission chargée d'enquêter sur les allégations de fraudes électorales en 2013. Cette alliance de plus en plus affirmée avec une organisation qualifiée de "Prédateur de la liberté de la presse" par Reporters sans frontières, constitue une pression supplémentaire pour les professionnels des médias qui s'intéresseraient d'un peu trop près au PTI ou à l'ISI, ou adopteraient un ton trop critique à leur encontre. Le 26 avril dernier, suite à l'attaque sur Hamid Mir, Imran Khan avait publié un communiqué officiel dans lequel il exigeait des excuses de la chaîne Geo News pour "ses allégations sans fondement et ses calomnies à l'encontre de l'armée pakistanaise et de l'ISI". Imran Khan avait également accusé le média d'avoir "encouragé la fraude dans les élections générales en annonçant prématurément leurs résultats" et "de mener une campagne afin de dénigrer les militaires et de démoraliser les troupes".

Violences physiques et menaces, les deux fléaux de la presse


Le pays, en proie à tous types d'ennemis de l'information libre et indépendante, constitue l'un des Etats les plus meurtriers pour les professionnels des médias. Mais alors que les médias ont toutes les peines pour lutter contre la menace physique des groupes armés qui les prennent pour cible, les attaques en tout genre d'opposants politiques, d'une frange du gouvernement, de groupes religieux et des militaires pourraient finir de museler une presse qui pâtit déjà d'un niveau inédit d'autocensure.

Le Pakistan est classé 158ème sur 180 dans le Classement mondial pour la liberté de la presse 2014établi par Reporters sans frontières. De 2009 à 2011, le pays a été le plus meurtrier pour la presse et ces trois dernières années, au moins 18 journalistes ont été assassinés dans le pays.

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