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Coincé entre l'État et les groupes extrémistes: profil du Pakistan

 
Les journalistes pakistanais protestent pour condamner l’assassinat de journalistes, le mercredi 9 septembre 2015 à Peshawar, au Pakistan. L’affiche sur la droite indique : “Arrêtez les attaques contre les médias
Les journalistes pakistanais protestent pour condamner l’assassinat de journalistes, le mercredi 9 septembre 2015 à Peshawar, au Pakistan. L’affiche sur la droite indique : “Arrêtez les attaques contre les médias"

AP Photo/Mohammad Sajjad

« On ne sait jamais si ce sont les talibans qui vous tirent dessus ou si ce sont les membres des agences... et parfois on est encore plus confus, car l’un peut agir à la demande de l’autre. »
Najam Sethi, journaliste pakistanais.
Cité dans Les racines de l’impunité, rapport du CPJ


Aperçu

Attaqués par les agents de l'État et les militaires d'un côté, et les militants et groupes extrémistes de l'autre, la situation des défenseurs des droits de la personne au Pakistan est l'une des plus dangereuses au monde. Un gouvernement civil faible a remis beaucoup de pouvoir à l'armée, qui est dispensée de tout contrôle. Les enquêtes sur les meurtres et les disparitions n'ont mené nulle part. Dans ce climat, l'impunité règne.

Capitale:

Islamabad

Population:

188,9 mi

PIB:

270,0 M$USi


Gouvernement:

Le président Mamnoon Hussain, qui a pris le pouvoir en 2013, détient un rôle essentiellement protocolaire. Le premier ministre Nawaz Sharif en est à son troisième mandat , dernièrement élu en mai 2013, lorsque son parti, la Ligue musulmane, a remporté les élections parlementaires avec 32,7 % du suffrage populaire. L'élection fut en grande partie légitime, mais non sans incidents violents attribués aux extrémistes.


Membre:

Le Commonwealth, l'Organisation de la Conférence islamique, l'Association sud-asiatique de coopération régionale, l'Organisation des Nations Unies


Membres actifs de l’IFEX dans ce pays:

Pakistan Press Foundation | pakistanpressfoundation.org
Bytes for All | bytesforall.pk
Digital Rights Foundation | digitalrightsfoundation.pk


Indice mondial de la liberté de la presse:

Reporters sans frontières 2016 147 sur 179 pays


La panoplie parfaite de toute bonne tyrannie - meurtres, enlèvements, surveillance en ligne et les lois sur le blasphème

Le Pakistan fait face à d'importants défis en matière de sécurité, accompagnés de conflits persistants sur ses zones frontalières, et de fréquentes attaques violentes contre des civils par des groupes extrémistes. L'attaque contre une école à Peshawar, en décembre 2014, au cours de laquelle 149 personnes ont été tuées, pour la plupart des enfants, ont conduit le gouvernement à céder des pouvoirs constitutionnels et décisionnels à l'armée, en particulier dans les domaines de la sécurité nationale et les droits de l'homme, dans le cadre d'un plan d'action national pour mettre fin au terrorisme. En 2015, plus de 9 400 personnes, dont des journalistes, ont été arrêtées pour suspicion d'activités terroristes. Les attentats suicides et de nombreuses attaques meurtrières menés par les talibans, Al-Qaïda et des groupes affiliés ont touché presque la totalité du territoire pakistanais.

La panoplie des abus subis par les médias au Pakistan est détaillée par la Pakistan Press Foundation dans son rapport de 2015 sur la liberté de la presse. Au cours de l'année, deux journalistes ont été tués dans des circonstances différentes, et les talibans ont revendiqué l'un des assassinats. Des lancées de grenades, des attentats à l'explosif et de tirs, attribués à des groupes extrémistes, ont blessé six professionnels des médias au cours d'une série d'attaques ciblant la presse papier et télévisée en novembre et décembre de la même année. Les enlèvements, dont le nombre est sous-estimé en raison des craintes éprouvées par les familles que la publicité puisse aggraver leur situation, représentent un danger particulier auquel sont confrontés les journalistes dans les zones de conflit et les zones tribales. D'autres injustices contre les médias au cours de cette année 2015 comprenaient, par exemple, des accusations douteuses en vertu de lois antiterroristes contre 11 journalistes, vraisemblablement en représailles de leurs reportages sur des figures de l'opposition controversées, ou encore, les mauvais traitements par la police de journalistes couvrant les manifestations et réunions politiques.

Selon Front Line Defenders, le Pakistan est aussi un environnement très dangereux pour les défenseurs des droits de la personne et les militants œuvrant pour la protection des droits de la personne, sans distinction d'activités. Dans une période de neuf mois, entre janvier et septembre 2016, deux personnes ont été assassinées : un militant des droits de la personne et un journaliste militant pour les minorités religieuses. Les attaques, les disparitions, les menaces et le harcèlement ont été signalés à l'encontre d'autres militants transgenres, de personnes travaillant le droit du travail, les droits religieux, le droit des minorités ainsi que des intervenants contre la violence envers les femmes. Il existe peu de secteurs, voire aucun, où les défenseurs des droits de l'homme peuvent exercer sans crainte.

Pour ajouter à la pression, la loi controversée sur les crimes électroniques a été promulguée en août 2016 et criminalise un large spectre de libertés d'expression en instaurant de lourdes peines de prison et une surveillance poussée des échanges numériques. Un article troublant prévoit jusqu'à trois ans de prison pour la publication d'informations « susceptibles de nuire ou d'intimider la réputation ou la vie privée » d'autrui, venant sévèrement nuire à toute enquête portant sur les accusations de violence commises par des agents du gouvernement. L'organisation des droits numériques pakistanaise, Bytes For All, indique que cette loi est une invitation à l'abus de pouvoir pour des raisons idéologiques et politiques', donnant aux autorités « le contrôle absolu de la diffusion de l'information ». L'adoption de la loi a été effectuée sans aucune transparence et très peu, pour ne pas dire aucun examen public ou de consultations avec la société civile ou le secteur privé.

Le Pakistan possède également des lois sur le blasphème qui peuvent conduire à la peine de mort. En 2013, 34 nouvelles accusations de blasphème ont été enregistrées; 17 personnes sont en attente d'exécution, et 20 autres purgent une peine de prison à vie. Un rapport de décembre 2015 du Digital Rights Network Pakistan souligne que la loi s'applique aux écrits comme « aux représentations visibles, aux imputations, aux sous-entendus ou insinuations », et s'applique également aux web, « donnant beaucoup de liberté aux auditeurs ou à des tierces parties de porter des accusations pour blasphème ». Ce rapport précise que la loi sur le blasphème, instauré en 1987, a entraîné une hausse des actes de violence en particulier à l'encontre des minorités religieuses, pour lesquelles le gouvernement n'a montré que peu d'intérêt.

L’affiche d’un film de langue pachto est illustrée alors que des policiers gardent l’entrée d’un cinéma à Peshawar, théâtre d’une attaque à la grenade le 11 février 2014.
L’affiche d’un film de langue pachto est illustrée alors que des policiers gardent l’entrée d’un cinéma à Peshawar, théâtre d’une attaque à la grenade le 11 février 2014.

REUTERS/Khuram Parvez


L’impunité - un catalogue d’obscurantismes et d’inactions

En 2013, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a publié son rapport, les racines de l'impunité, qui cite le Pakistan comme la quatrième nation la plus meurtrière dans le monde envers la presse, avec au moins 23 assassinats ciblés de journalistes depuis 2003. Beaucoup d'autres ont été victimes d'attentats suicide et de violences liées au conflit. Depuis que le rapport a été publié, le CPJ a enregistré sept autres meurtres, cinq d'entre eux clairement ciblées.

Les condamnations pour les meurtres de professionnels des médias et de défenseurs des droits de la personne sont rares. Les familles et les partisans des personnes décédées et disparues vivent sous le voile de l'impunité, en essayant de trouver justice. Un petit échantillon des cas qui languissent dans l'impunité comprend:

• L'avocat et coordonnateur régional de la Commission des droits de l'homme du Pakistan, Rashid Rehman a été abattu dans son bureau en mai 2014. Il représentait un professeur d'université accusé de blasphème.

Shan Dahar, chef de bureau de l'Abb Takk Television, qui est mort après avoir été blessé par balle en janvier 2014. Ayant fui le pays, ses assassins présumés sont jugés par contumace. Ils sont accusés de fusillade accidentelle ayant donné la mort en dépit des preuves attestant de leur préméditation.

• En août 2015, la journaliste Zeenat Shahzadi a été enlevée à Lahore. Elle enquêtait sur l'enlèvement d'une autre personne. Première femme journaliste victime d'un enlèvement, elle compte parmi les 86 disparitions enregistrées auprès de la Commission non gouvernementale pakistanaise des droits de la personne (à ne pas confondre avec la Commission nationale pour les droits de l'homme). Un an après son enlèvement, aucune enquête officielle n'a été ouverte.


Les mécanismes « édentés » des droits de l’homme

La création d'une Commission nationale pour les droits de l'homme en 2015 a été accueillie favorablement par les groupes locaux de défense des droits, mais sa mission est très limitée, ce qui conduit la Commission internationale de juristes à la décrire comme « une naissance sans dents ». La Commission ne peut pas enquêter sur « les agissements ou les pratiques des agences de renseignement », et dans le cas d'exactions des forces armées, elle ne peut que demander un rapport de la part du gouvernement et faire des recommandations. La création de ce mécanisme a été accompagnée d'une réduction de la liberté d'action de la société civile. En octobre 2015, de nouvelles règles pour les ONG internationales opérant au Pakistan ont été mises en place, exigeant qu'ils s'inscrivent et obtiennent une autorisation préalable à toute activité dans le pays. L'inscription peut être révoquée pour la « participation à une activité incompatible avec l'intérêt national du Pakistan, ou contraire à la politique du gouvernement ».

Le Pakistan est l'un des pays prioritaires du Plan d'action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l'impunité. Alors que le plan a permis de créer le dialogue entre les intervenants des médias et le gouvernement et de faire avancer une nouvelle législation pour la protection des journalistes, la faiblesse institutionnelle et des problèmes de capacité ont ralenti sa mise en œuvre et empêché une amélioration significative du niveau de la sécurité et des poursuites.

Le Pakistan a signé ou ratifié la plupart des conventions des Nations Unies portant sur la protection des droits de l'homme, mais curieusement pas la Convention sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Bien que signataire de la Convention contre la torture, il n'a pas signé son protocole facultatif qui permettrait à l'ONU de visiter les centres de détention. Frontline Defenders rapporte également que le Rapporteur spécial sur les défenseurs des droits de l'Homme a demandé à visiter le pays en 2003, 2007, 2008 et 2010, sans avoir reçu de réponse.

Il y a un urgent besoin de mécanismes efficaces pour permettre des enquêtes complètes et transparentes sur les violations des droits de l'homme par les militaires et les organismes gouvernementaux, et de procédures judiciaires robustes pour assurer l'arrestation et la condamnation de ceux qui assassinent leurs adversaires. Sans ces mesures, les agents de l'État, les milices et les groupes extrémistes continueront de menacer, d'attaquer et même de tuer en toute impunité.

Plus de ressources et de renseignements

Shan Dahar : Le combat d'une famille pour obtenir justice

Asie et Pacifique Pakistan Press Foundation 18 June 2016

Le 1er janvier 2014, le journaliste pakistanais Shan Dahar a été abattu par des hommes armés et, une fois à l’hôpital, n’a reçu aucun soin jusqu’à ce qu’il a succombé à ses blessures. Plus de deux ans après les faits, aucun des auteurs n’a été traduit en justice.



 
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