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LA MISSION DE LA SEAPA CONFIRME L'EXISTENCE D'UNE ENVAHISSANTE CULTURE D'IMPUNITÉ

Le 24 mars 2005, Marlene Garcia-Esperat, une lanceuse d'alerte devenue journaliste qui avait mis au jour la corruption au sein du Ministère de l'Agriculture, était abattue devant ses enfants chez elle à Tacurong City, dans le sud des Philippines. Son cas a déjà été présenté par les membres de l'IFEX comme étant celui où, pour la première fois depuis 1986, les gens responsables en dernière analyse du meurtre d'un journaliste étaient identifiés. Il est devenu aujourd'hui le symbole de la lutte contre l'impunité : les têtes dirigeantes continuent d'échapper à la justice.

Quatre ans jour pour jour après le meurtre d'Esperat, les défenseurs des médias de l'Alliance de la presse de l'Asie du Sud-Est (Southeast Asian Press Alliance, SEAPA) convergent vers Manille avec la mission de contester le gouvernement de la présidente Gloria Macapagal Arroyo au sujet des assassinats de journalistes.

Selon la mission, l'impunité dont jouissent les tueurs de journalistes a atteint un degré alarmant aux Philippines, et le gouvernement actuel ne fait pas grand-chose à cet égard.

Depuis 2001 aux Philippines, ce sont en moyenne cinq journalistes qui ont été assassinés chaque année dans l'exercice de leurs fonctions, soit depuis l'arrivée au pouvoir de la présidente Arroyo, dit la mission.

Le Centre pour la liberté et la responsabilité des médias (Center for Media Freedom and Responsibility, CMFR), le groupe des Philippines membre de l'IFEX et aussi de la SEAPA, indique dans son rapport annuel de 2008 que six journalistes ont été tués à cause de leur travail l'an dernier seulement. À part les homicides et les agressions physiques, la presse des Philippines doit aussi faire face à des poursuites judiciaires et à d'autres formes de harcèlement de la part des fonctionnaires du gouvernement et d'individus puissants.

Et en dépit d'efforts redoublés de la part de la société civile et des groupes de médias pour convaincre les autorités que la non-résolution des meurtres constitue un problème, ceux-ci continuent avec la même intensité, surtout dans les zones rurales. Selon la mission, il s'est instauré une tendance destructrice dans la région.

La mission de la SEAPA a constaté en 2008 un accroissement de la violence contre les journalistes et les travailleurs des médias en Malaisie, au Cambodge, en Indonésie et en Thaïlande, notamment des homicides, du harcèlement et des agressions commises par la foule contre des journalistes; des raids dans les bureaux des médias et des mesures judiciaires utilisées pour faire taire les médias et réprimer la libre expression en ligne.

D'après la mission, « la culture d'impunité profondément enracinée aux Philippines pourrait se reproduire dans d'autres pays de la région, à moins d'un effort commun pour la démanteler aux Philippines ».

La mission accueille favorablement une nouvelle initiative du gouvernement, la création d'équipes de traceurs au sein du groupe d'intervention Usig de la Police nationale philippine afin de mener à l'arrestation des tueurs et cerveaux présumés dans les affaires de journalistes assassinés. Elle souligne toutefois que « seule une manifestation de l'efficacité du système judiciaire dans la résolution de crimes comme le meurtre d'Esperat peut aider à mettre fin aux meurtres de journalistes ».

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), qui vient de publier son index annuel de l'impunité à Manille pour marquer le quatrième anniversaire du meurtre d'Esperat, recommande que le gouvernement prenne « des mesures décisives pour obtenir des condamnations : assigner suffisamment de procureurs et d'enquêteurs à ces affaires, déplacer les procès en des lieux sûrs et impartiaux, protéger les témoins, et assurer en haut lieu un appui politique à tous ces efforts ». Les Philippines se classent au sixième rang des pires pays du monde selon l'index du CPJ sur les pays où les journalistes sont tués régulièrement et où les gouvernements négligent de résoudre les crimes.

Les homicides politiques ne se limitent pas aux journalistes. D'après l'éminent groupe de défense des droits de la personne Karapatan ( http://www.karapatan.org ), on a recensé près de 1 000 exécutions extra-judiciaires depuis l'arrivée au pouvoir d'Arroyo.

La mission espère que l'élection présidentielle de 2010 amènera Arroyo à faire cesser les meurtres de journalistes et de dissidents politiques ainsi que l'impunité qui les accompagne, ce qui pourrait être « l'un des legs durables (qu'elle) pourrait laisser au peuple philippin à la fin de son mandat ».

Composée de défenseurs des médias de l'Alliance des journalistes indépendants d'Indonésie, de l'Association cambodgienne pour la protection des journalistes, de l'Association des journalistes thaïlandais, du Centre pour le journalisme indépendant de Malaisie et de la SEAPA, la mission s'est rendue aux Philippines du 21 au 24 mars 2009.

Consulter les sites suivants :
- Mission de la SEAPA, « Southeast Asian media advocates challenge Philippine President Gloria Arroyo on killing of journalists » (Les défenseurs des médias du sud-est asiatique contestent la Présidente Gloria Arroyo au sujet des meurtres de journalistes) : http://tinyurl.com/dgnone
- Dans sa Campagne mondiale contre l'impunité, le CPJ s'est penché plus particulièrement sur les homicides non résolus aux Philippines : http://www.cpj.org/campaigns/impunity/
- Index de l'Impunité, du CPJ : http://tinyurl.com/cfpgjf
- CMFR, « Philippine Press Freedom Report 2008 » : http://tinyurl.com/ddqh2q
- Vérifier également la carte interactive du CMFR sur les meurtres de journalistes, qui indique les 130 meurtres, et plus, de journalistes depuis 1986, par administration, par sexe, région, média et motif : http://www.cmfr-phil.org/map/index_inline.html
(Photo de Marlene Garcia-Esperat, courtoisie de sa famille)

(1 avril 2009)

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