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L'impunité et la corruption se profilent derrière les meurtres de journalistes

Le massacre de 32 journalistes aux Philippines l'an dernier est le résultat d'une culture bien établie d'impunité et d'un système politique déficient qui mise sur les seigneurs de la guerre, peut-on lire dans un nouveau rapport d'une mission d'exploration dirigée par la Fédération internationale des journalistes (FIJ). Le rapport décrit une histoire des luttes de pouvoir et de favoritisme qui menace l'environnement médiatique.

Intitulé « Massacre in the Philippines: International Solidarity Mission Rapid Assessment » (Massacre aux Philippines : Évaluation rapide de la Mission de solidarité internationale), le rapport explique que la violence systématique contre les médias peut être imputée au régime actuel et à son incapacité à réprimer une culture de vengeance à l'égard des journalistes qui rapportent les affaires de corruption et les questions politiques. Le rapport contient une relation détaillée des événements survenus le jour du massacre.

La mission dirigée par la FIJ s'est déroulée en décembre 2009 et comprenait deux membres supplémentaires de l'IFEX, l'Alliance de la presse de l'Asie du Sud Est (Southeast Asian Press Alliance, SEAPA) et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), ainsi que sept autres organisations de défense des médias. Cette mission s'appuyait sur les constatations initiales de quatre groupes locaux qui ont mené une opération critique d'exploration immédiatement après le massacre.

Les délégués ont rencontré des proches des victimes, des médias locaux, des responsables du gouvernement, un spécialiste médico-légal, des diplomates étrangers et beaucoup d'autres personnes. La présidente Gloria Macapagal-Arroyo n'a pas rencontré les membres de la mission.

Le massacre a eu lieu en novembre 2009, tandis qu'un convoi de proches parents d'Ismael Mangudadatu, candidat à la mairie, accompagné de journalistes et de juristes, se rendait déposer les documents de candidature à Maguindano, dans la province de Mindanao. Une haineuse rivalité de clans opposant les Mangudadatus et les Ampatuans, au pouvoir dans le secteur, a attiré une importante couverture médiatique, indique le rapport. Les Ampatuans étaient à ce moment des partisans de la présidente Arroyo.

Le régime Arroyo appuie tous les clans et promeut la création de groupes paramilitaires afin d'aider les forces gouvernementales à combattre l'insurrection islamiste dans la province. À ce titre, les clans se sont constitué des caches d'armes et des milices privées, précise le rapport. Les seigneurs de la guerre, qui ont l'approbation du gouvernement, appartiennent à des clans, dirigent leurs propres armées et gouvernent essentiellement la région : un grand nombre d'entre eux occupent des postes publics, comme maires ou gouverneurs. Le gouvernement est contraint de traiter avec eux, dit le rapport.

Les journalistes philippins seront particulièrement menacés durant la période précédant les élections de mai 2010 et pendant l'enquête et les poursuites qui seront entamées contre les auteurs du massacre d'Ampatuan, explique le rapport. Andal Ampatuan Jr., qui était à la tête du massacre, est détenu et risque de multiples accusations de meurtre. Beaucoup d'autres résidents d'Ampatuan ont aussi été arrêtés. « Les suspects sont derrière les barreaux, mais la façon dont nous couvririons ordinairement le développement de cette histoire doit être élevée au rang de stratégie », a fait valoir un journaliste auprès de la mission. Aucun des 100 hommes de main impliqués dans l'enlèvement et le meurtre des 57 personnes du convoi n'a été arrêté, apprend-on dans le rapport.
La mission a appris que les tueurs surveillaient les journalistes deux jours avant le massacre et que des charniers avaient été préparés. Avant le départ du convoi, les journalistes qui l'accompagnaient ont demandé une escorte militaire et se sont fait dire par le major général Alfredo Cayton que la route était sûre, indique le rapport. Le général Cayton a depuis été promu au rang de vice-commandant de l'armée.

Le rapport souligne de nombreuses recommandations. Les familles des victimes devraient recevoir de l'aide psychologique, ainsi qu'un soutien financier et juridique pour poursuivre les auteurs du massacre. La mission demande la tenue d'une enquête en profondeur sur la participation de la police au massacre et sur les gestes du général Cayton. Le gouvernement doit en outre protéger les témoins, les enquêteurs, les procureurs, les avocats et les juges pendant toute la durée de l'enquête, de même que les journalistes qui couvrent la campagne électorale. Elle demande également qu'on donne une formation en sécurité et un soutien aux journalistes et aux travailleurs des médias.

Dans un incident distinct de violence électorale, le radiojournaliste Ismael Pasigna a été abattu le 24 décembre à Labason, tandis qu'il se rendait au travail, rapporte le Centre pour la liberté et la responsabilité des médias (Center for Media Freedom and Responsibility, CMFR). Pasigna avait couvert une controverse concernant le dépôt d'un certificat de candidature par un parti politique à Zamboanga del Norte, dit le CMFR.

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