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Six ans après le massacre d'Ampatuan de 2009, la justice reste au point mort

REUTERS/Erik De Castro

(Note aux lecteurs : tous les liens de cet article renvoient à des articles rédigés en anglais seulement).

Le 23 novembre marquera le sixième anniversaire du massacre d'Ampatuan de 2009, qui a entraîné la mort de 57 personnes, dont 32 journalistes et travailleurs des médias. Selon le Centre basé à Manille pour la liberté et la responsabilité des médias (CMFR), il reste l'incident le plus meurtrier dans l'histoire des médias philippins .

Cette attaque choquante, qui est aussi appelée le massacre de Maguindanao, a eu lieu avant les élections provinciales dans la ville d'Ampatuan, située dans la province méridionale de Maguindanao sur l'île de Mindanao. Les journalistes voyageaient avec un convoi de parents et de partisans du maire adjoint de la localité, M. Esmael Mangudadatu, en route pour déposer sa candidature au poste de gouverneur. Le convoi a été intercepté par plus de cent hommes armés à un barrage de police, et plus de 50 personnes, dont l'épouse et la sœur du candidat, ainsi qu'un certain nombre de journalistes, ont été prises en otage. Ils ont été abattus et enterrés à la hâte dans des fosses communes. Les meurtres auraient eu pour objectif d'empêcher M. Mangudadatu de s'opposer à l'emprise de la famille au pouvoir sur la province.

L'ampleur et l'horreur de l'incident ont choqué la communauté internationale. Une semaine après l'incident, 52 membres de l'IFEX se sont réunis pour demander au gouvernement philippin de s'opposer à la culture de l'impunité qui gangrénait le pays depuis la présidence d'Arroyo. « Un environnement dans lequel la violence et la criminalité restent impunies, où l'impunité “se répands”, ne peut qu'engendrer de telles tragédies », a déclaré, en décembre 2009, l'action conjointe menée par le CMFR et l'Alliance de la presse indépendante de l'Asie du Sud-Est (SEAPA) basée à Bangkok.

Quelques jours plus tard, une coalition de groupes de presse a demandé une réponse rapide de la justice et souligné plusieurs éléments nécessaires pour que ce crime ne reste pas impuni. Parmi ces prérequis, la coalition demandait la création d'une commission d'enquête indépendante; la formation d'un tribunal spécial pour juger l'affaire; et un service de protection des témoins efficace.

En février 2010 près de 200 personnes ont été inculpées dans le cadre de cette affaire. Un signal fort fut l'acte d'accusation portant sur le puissant politicien local et chef de clan, Andal Ampatuan Sr, et d'autres personnes, les inculpant de complot pour embuscade et assassinat des membres de la famille et des partisans de Mangudadatu.

Malgré cette première lueur d'espoir, divers reports et requêtes déposées par les avocats de la défense ont entravé le déroulement de la justice. Des soupçons d'ingérence politique ont été formulés lorsque plusieurs accusations ont été abandonnées contre certains des accusés et que plusieurs suspects étaient toujours en liberté plusieurs mois après les actes d'accusation. La question de savoir si des informations vitales avaient été cachées du public a également été abordée lorsque les journalistes ont commencé à rencontrer des difficultés pour couvrir le procès. Au fil des ans, les témoins du massacre et leurs familles ont été attaqués ou se sont vues offertes d'importantes sommes d'argent pour changer leur déposition. Sept personnes - quatre témoins et trois parents de victimes du massacre - ont été assassinées. Le lieu du procès a été changé et les procureurs reçoivent régulièrement des menaces. Une section spéciale du site Web du CMFR, Observation du procès Ampatuan, fournit des mises à jour sur le procès en cours.

Cette question doit rester d'actualité

Malgré les revers et le rythme « frigide » de la procédure, les membres de l'IFEX continuent à plaider en faveur de la justice, soutiennent les efforts de leurs collègues philippins, mènent des enquêtes et rencontrent des représentants du gouvernement de Benigno Aquino III, qui a pris le pouvoir en 2010 après avoir juré de rendre justice aux victimes lors de sa campagne présidentielle. La culture de l'impunité est non seulement un déni de justice pour les victimes de cette affaire, ont déclaré les membres de l'IFEX, mais, en semant la peur dans la société philippine, elle muselle également les médias et encourage l'autocensure.

Des événements spéciaux comme le 15e mois ou 1 000e jour après le massacre ont également été marqués par des hommages aux victimes. Une campagne spéciale, intitulée Un million de bougies, s'est déroulée en 2014 pour marquer le cinquième anniversaire de ce massacre. Cette même année, la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) a rejoint le Syndicat national des journalistes des Philippines dans une mission de solidarité internationale aux Philippines. Un rapport spécial intitulé « Le massacre d'Ampatuan : Cinq ans après » a présenté les conclusions de la mission accompagnée d'un certain nombre de recommandations clés au gouvernement Aquino.

Le 23 novembre occupe une place particulière dans le calendrier de l'IFEX. C'est une journée pour honorer la mémoire de ceux qui ont été tués, pour demander justice et affirmer courageusement « Plus jamais ça ».
Les commémorations de ce triste anniversaire ont donné naissance à la campagne du réseau de l'IFEX contre l'impunité, en mettant l'accent, non seulement sur les Philippines, mais sur toutes les autres régions du monde où les auteurs de crimes contre les journalistes restent impunis.


Six ans après - justice différée est justice refusée

Six ans après ce massacre, la justice continue à se dérober, car aucun suspect n'a été reconnu coupable. Comme le Comité de protection des journalistes (CPJ) l'a remarqué, le président Aquino n'a que très brièvement mentionné le massacre lors de sa dernière déclaration sur l'état de la nation du 27 juillet 2015. Il n'a pas détaillé son plan d'action, en dépit de sa promesse de rendre la justice avant la fin de son mandat en 2016. Et malgré diverses missions dans le pays et des recommandations présentées au gouvernement Aquino, la FIJ n'a reçu aucune communication en provenance du bureau présidentiel.

Toutefois, cette affaire connaît quelques avancées. Par exemple, il y a quelques jours, le 17 novembre, les autorités ont appréhendé un suspect. Cependant, le patriarche du clan Ampatuan, l'un des principaux accusés, ne sera jamais traduit en justice. Andal Ampatuan Sr aurait prétendument planifié et orchestré l'exécution du massacre. Il est mort d'une insuffisance hépatique dans un hôpital de Quezon City, le 17 juillet.

Pour veiller à ce que la justice soit rendue rapidement lorsque des attaques comme celle-ci se produisent, le CMFR continue à demander la création d'une équipe d'intervention rapide composée de représentants de la société civile et des médias qui peuvent effectuer des missions d'enquête et des rapports pour assurer un suivi rapide sur les affaires de meurtres. Il exerce également des pressions constantes sur le gouvernement Aquino pour que ce dernier tienne ses promesses en rendant justice aux victimes avant la fin de son mandat.

La FIJ a également un certain nombre de recommandations concrètes qu'elles continuent de mettre en avant dans le cadre de sa campagne contre l'impunité et qui font suite à la mission de solidarité internationale menée en 2014. Ce 23 novembre, la FIJ Global présentera ces conclusions et recommandations à l'ambassade des Philippines de Bruxelles qui insisteront sur la protection des témoins, la fin de la corruption du système judiciaire ainsi que plusieurs autres mesures visant à s'assurer que la justice ne reste pas au point mort indéfiniment.

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