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Manœuvres d'intimidation en série contre les médias polonais

Reporters sans frontières exprime sa grande inquiétude face aux pressions exercées dernièrement contre plusieurs médias au cours de ces derniers jours.

L'organisation dénonce le montant exhorbitant et totalement disproportionné des réparations exigées à l'hebdomadaire Wprost par le ministre des Transports, Sławomir Nowak, suite à l'enquête que le magazine avait publié en avril 2013 sur les relations amicales que le ministre entretiendrait avec plusieurs hommes d'affaires qui remportent régulièrement de nombreux appels d'offres publics. Le magazine revenait également sur la participation du ministre à des soirées privées, qui auraient été payées par de riches dirigeants d'entreprises privées. L'avocat de Sławomir Nowak, Me Roman Giertych (lui-même Premier ministre entre 2005 et 2007), a fait savoir que le ministre réclamait 30 millions de zlotys (environ 7 millions d'euros) de dommages et intérêts, ainsi que des excuses publiques et la correction de l'article. Il exige par ailleurs que la cour prononce l'interdiction de la vente de Wprost à un autre éditeur durant toute la durée du procès, pour s'assurer de la solvabilité du magazine. « Nous souhaiterions nous assurer que le défendant soit en situation de pouvoir exécuter le jugement si nous obtenons gain de cause, et qu'il ne puisse pas s'en exonérer en invoquant un manque de moyens financiers », a déclaré Me Giertych. Le tribunal saisi n'a pas encore fixé la date du début de la procédure judiciaire.

« Nous sommes particulièrement inquiets du montant des dommages et intérêts réclamés par le ministre Nowak. Réclamer une telle somme constitue une manœuvre d'intimidation manifeste, qui instrumentalise la loi pour imposer la censure par l'asphyxie économique du titre. Aucun éditeur polonais, voire européen, ne pourrait faire face à une demande aussi disproportionnée. Il est très préoccupant de voir un ministre européen en fonction exercer de telles pressions sur un organe de presse, pour une enquête concernant un sujet d'intérêt public. S'il s'estime diffamé, le ministre dispose d'un droit de réponse légitime. Il est bien sûr libre d'engager des poursuites, mais en s'assurant que les réparations réclamées sont proportionnelles au préjudice causé et aux moyens du titre qu'il attaque. A défaut, il court le risque d'encourager l'autocensure, qui s'est déjà considérablement accrue chez les journalistes sur certains sujets sensibles », a déclaré Reporters sans frontières.

« Nous dénonçons par ailleurs l'ingérence du ministre dans la gestion des affaires financières de l'éditeur de Wprost. Nous rappelons à Sławomir Nowak que les entreprises sont totalement libres de fusionner et de commercer au sein de l'Union européenne, qui s'est constituée sur ce principe. Réclamer des dommages est une chose. S'ingérer dans la gestion d'une société en est une autre, qui pourrait inquiéter certains organes de la Commission européenne. »

Ce contexte d'intimidation a été renforcé par les déclarations préoccupantes du vice-Premier ministre et ministre de l'Economie, Janusz Piechocinski, le 17 mai. A une journaliste de la chaîne de télévision TV24 qui l'interrogeait sur un possible remaniement ministériel, il a répondu devant les caméras : « Votre comportement est outrageant, idiot et inacceptable. Je vais demander une réunion cette semaine avec les représentants de votre direction. » Des propos qu'il a par ailleurs confirmés sur son compte Facebook : « En effet, je vais voir la direction de TVN et de TVN 24 la semaine prochaine pour leur demander de réfléchir à un changement d'attitude. »

« Nous sommes abasourdis par les déclarations du vice-Premier ministre. Si s'inquiéter de la composition du prochain Conseil des ministres constitue un comportement outrageant, à quoi faut-il s'attendre quand il s'agira de commenter la nomination des futurs nouveaux ministres ? Nous demandons au ministre Piechocinski de revenir sur ses déclarations. Ni les membres du gouvernement, ni les représentants de quelque parti politique que ce soit, ne devraient s'autoriser à requérir des rendez-vous avec la direction de chaînes de télévision pour leur 'expliquer' les bonnes attitudes. Cette ingérence dans la ligne éditoriale des médias est totalement incompatible avec les standards européens en matière de liberté de l'information. Qu'elle soit déclarée aussi publiquement la rend d'autant plus grave ».

La Pologne figure à la 22e place sur 179 pays dans le Classement mondial 2013 de la liberté de la presse, établi par Reporters sans frontières.

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