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Malgré les descentes et la répression de la liberté d'assemblée, des milliers de personnes demandent la démission de Poutine

Des officiels de la sécurité masqués transportent des boîtes à l’extérieur du domicile du militant d’opposition Alexeï Navalny le 11 juin 2012
Des officiels de la sécurité masqués transportent des boîtes à l’extérieur du domicile du militant d’opposition Alexeï Navalny le 11 juin 2012

REUTERS/Mikhail Voskresenskiy

Des milliers de manifestants russes opposés au gouvernement ont couru le risque de fortes amendes et ont participé hier (12 juin 2012) à un important rassemblement à Moscou lors duquel ils ont exigé la démission du Président Vladimir Poutine et la tenue de nouvelles élections.

La manifestation s'est tenue après que la police eut effectué une descente aux domiciles de plusieurs éminents activistes et après que Poutine eut approuvé une législation qui prévoit l'augmentation des amendes pour ceux qui violent les lois sur les manifestations, rapportent les membres de l'IFEX.

Poutine a remporté en mars un troisième mandat présidentiel au milieu de protestations entourant des allégations de fraude lors du vote parlementaire survenu en décembre. La « Marche des millions » cette semaine était le premier grand rassemblement anti-gouvernemental organisé en Russie depuis la réélection de Poutine.

Les amendes imposées en vertu de la nouvelle loi sont substantielles : 300 000 roubles (env. 9 000 $US) - elles étaient auparavant de 1 000 roubles (60 $US) pour toute personne participant à un rassemblement non autorisé, et un million de roubles pour les institutions.

Le problème, disent ARTICLE 19 et Human Rights Watch, c'est que de nombreux chefs d'accusation sont vagues. On ne sait pas, par exemple, si le fait de marcher sur la pelouse ou de laisser des déchets derrière soi pourrait entraîner des amendes excessives en vertu de la nouvelle loi, qui fait un délit des rassemblements de personnes en un même endroit qui provoquent des dommages à la propriété municipale.

Selon Human Rights Watch, la nouvelle loi « mine gravement la liberté d'assemblée en Russie. »

De plus, les changements ont été adoptés à toute vitesse, en dépit de la condamnation presque unanime de tous les secteurs de la société civile.

« Le Président Poutine n'a pas suivi les recommandations de son propre Conseil sur les Droits de la personne et a ratifié cette loi à la hâte, serrant ainsi la vis à ceux qui veulent exprimer paisiblement leur mécontentement ou leur opposition », dit ARTICLE 19.

Freedom House craint pour sa part que la loi « n'ait un effet dissuasif sur la participation citoyenne aux importants débats publics sur les questions de politique et sur le processus démocratique en Russie. »

Peu avant le rassemblement, des sites web de médias indépendants, comme Radio Ekho Moskvy, sont tombés en panne, rapporte l'Institut international de la presse (IIP). Des agences de nouvelles ont rapporté avoir éprouvé des difficultés à joindre les sites web de « Rain TV » et du journal « Novaïa Gazeta ».

Mais les sites web des journaux alliés au Kremlin et les stations de télévision contrôlées par l'État sont demeurées accessibles toute la journée, rapporte l'IIP, qui fait remarquer que les attaques sur la Toile « semblent constituer une violation directe du droit du peuple russe d'être informé ».

Parmi les personnes visées par les raids de la police lundi, on compte le blogueur Alexeï Navalny et d'autres activistes éminents de l'opposition, Ilïa Yachine et Sergeï Udaltsov, selon ce que rapportent ARTICLE 19 et Human Rights Watch.

La police a déclaré rechercher des preuves reliant les dirigeants de l'opposition aux émeutes qui se sont produites à Moscou en mai, à la veille de la cérémonie d'investiture de Poutine, indique ARTICLE 19. Des centaines de personnes ont alors été arrêtées. Le Comité d'enquête de Russie a déclaré que la police « entendait effectuer 10 fouilles en tout » le 11 juin, selon les dépêches.

Dans un message sur Twitter, Navalny a qualifié le raid de la police de « terrifiant », ajoutant qu'« elle avait presque découpé la porte (ce qui est vrai) ».

D'après la BBC, Navalny a indiqué que la police avait retiré des disques durs contenant des photos de ses enfants, en même temps que des vêtements, dont un chandail léger portant en imprimé un slogan d'opposition.

La police a également fouillé le domicile de Kseniya Sobchak - présentatrice bien connue de la télévision et fille d'Anatoly Sobchak, mentor de Poutine aujourd'hui décédé et ancien maire de Saint-Pétersbourg, selon ce que rapporte ARTICLE 19. Sobchak s'est jointe au mouvement de protestation après les élections parlementaires de décembre 2011, qui auraient été truquées.

« Les gens ont fait irruption à 8 heures du matin, ne m'ont donné aucune chance de me vêtir, ont dévalisé l'appartement, m'ont humiliée », a déclaré Sobchak dans un message sur Twitter. « Jamais je n'avais pensé que nous reviendrions à une telle répression dans le pays. »

Les fouilles ont également soulevé une vague de protestation chez les blogueurs russes, qui ont comparé ces gestes à ceux de la police secrète de Staline des années 1930. Selon la BBC, « Hello 1937 » a été la principale tendance de Twitter en langue russe pendant toute la journée du 11 juin.

Des enquêteurs fédéraux ont convoqué les dirigeants de l'opposition pour être interrogés à peine une heure avant le début prévu du rassemblement.

Les dirigeants de l'opposition croient que les fouilles et la nouvelle loi, conçue pour les empêcher personnellement de participer à la manifestation, vont avoir en fait l'effet contraire - elles vont galvaniser les partisans, qui vont se joindre à la cause anti-Poutine.

« Il est évident qu'ils ont aussi peur de nous qu'ils ont peur du feu », a déclaré devant la foule le dirigeant d'opposition Boris Nemtsov, rapporte la BBC. « Ils ont peur de la protestation du peuple. »

Selon Reporters sans frontières (RSF), le régime de Poutine contribue aussi à la censure et à la répression sur la scène internationale. RAS, qui a protesté lors de la visite récente du Président de la Russie en France, a déclaré que « sous prétexte de combattre le terrorisme ou de promouvoir “les valeurs traditionnelles”, la Russie joue un rôle de premier plan dans les efforts pour supprimer les libertés d'expression et d'information au sein de nombreux organismes internationaux. C'est avec la complicité de Moscou que les massacres se poursuivent en Syrie depuis plus de 14 mois et c'est avec le soutien de Moscou que la répression se poursuit en Iran. »

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