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Des ONG continuent à demander justice pour des journalistes assassinés en Russie

Des manifestants portent des panneaux avec l’image de l'activiste assassinée, Natalia Estemirova, à Moscou, 16 juillet 2009.
Des manifestants portent des panneaux avec l’image de l'activiste assassinée, Natalia Estemirova, à Moscou, 16 juillet 2009.

Associated Press/Sergey Ponomarev

Lors d'un rassemblement organisé le 15 juillet 2013 à Paris, Reporters sans frontières a rendu hommage à la journaliste et défenseur des droits de l'homme Natalia Estemirova, assassinée quatre ans plus tôt jour par jour dans le Caucase du Nord. Les ONG qui se sont jointes à l'appel ont décidé de se réunir chaque année jusqu'à ce que ce meurtre et ceux d'autres journalistes soient enfin élucidés. Les participants à ce rassemblement ont allumé des bougies, déposé des roses et affiché six portraits de journalistes assassinés : Akhmednabi Akhmednabiev (Ахмеднаби Ахмеднабиев), abattu la semaine dernière à Daghestan, et cinq journalistes de Novaïa Gazeta : Igor Domnikov (Игорь Домников) (2000), Iouri Chtchekotchikhine (Юрий Щекочихин) (2003), Anna Politkovskaïa (Анна Политковская) (2006), Anastassia Babourova (Анастасия Бабурова) (2009) et Natalia Estemirova (Наталья Эстемирова) (2009).

“La mort de Natalia Estemirova a eu des conséquences dramatiques dans le Caucase russe. La plupart des ONG ont quitté la région et les rares journalistes qui osent parler risquent leur vie. Plusieurs dizaines ont dû immigrer. La population dans cette région vit dans la peur de rapporter les violences et abus dont elle est victime et ceux dont c'est le métier ne parviennent plus à briser ce silence. Les journalistes et défenseurs des droits de l'homme peuvent à peine travailler dans cette région où la situation devient alarmante”, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières.

“La justice traite ces affaires de journalistes assassinés avec une lenteur excessive. Les deux seuls dossiers qui ont abouti à des condamnations sont ceux d'Anastasia Babourova et d'Igor Domnikov. Le doute persiste concernant la mort de Iouri Chtchekotchikhine, la justice ayant retenu la thèse de l'allergie contre celle, avancée par son journal, de l'empoisonnement. Il semble aujourd'hui impossible de rouvrir le dossier : dix ans après les faits, les expertises nécessaires ne peuvent plus êtreeffectuées. Les investigations sur l'assassinat de Natalia Estemirova, symbole de la lutte contre les violations des droits de l'homme, se trouvent dans l'impasse. Le porte-parole de la commission d'enquête affirme continuer à travailler sur ce cas mais les résultats se font attendre”, ajoute Christophe Deloire.

Natalia Estemirova : l'impasse

L'enquête indépendante concernant l'assassinat de Natalia Estemirova, menée par son ONG Memorial et Novaïa Gazeta a montré que le suspect principal, le “terroriste” Alkhazur Bachaev, n'a rien à avoir avec les assassins de la journaliste. Les collègues de la défenseure des droits de l'homme ont obtenu des analyses d'ADN du frère du suspect, installé en France. Ces relevés ont été comparés à ceux des assassins. Les résultats ont été transmis aux enquêteurs mais on ne sait toujours pas quelles conclusions en ont été tirées. Le représentant de la commission d'enquête a affirmé le 15 juillet que les investigations n'étaient pas terminées et que la Russie attendait toujours une réponse de la France suite à une demande de cooopération judiciaire envoyée en 2010. D'après Novaïa Gazeta, la France avait déjà rejeté cette demande en 2011.

Affaire Politkovskaïa : relance du procès ?

Le tribunal d'État de Moscou pourrait entériner le 23 juillet la constitution d'un nouveau jury afin de poursuivre le procès des assassins présumés d'Anna Politkovskaïa. La précédente tentative de constitution d'un jury, le 20 juin dernier, avait échoué. Sur le banc des accusés doivent comparaître le tireur présumé, Roustam Makhmuodov, deux de ses frères, son oncle et un ancien policier. En 2009, au cours d'un précédent procès, la Cour d'assises avait acquitté trois des cinq accusés. La Cour suprême avait annulé cette décision et renvoyé l'affaire. En décembre 2012, un lieutenant-colonel de la police de Moscou aujourd'hui à la retraite, Dmitry Pavlioutchenkov, avait été condamné à onze ans de prison ferme pour sa participation à l'assassinat de la journaliste. Il est depuis incarcéré.

Un parfait bouc-émissaire dans l'affaire Domnikov

Le 16 juillet 2013, Novaïa Gazeta a commémoré la mort de son collègue Igor Domnikov, assassiné treize ans plus tôt ans par une bande criminelle bien organisée et très dangereuse. Seize membres de cette mafia ont été condamnés à la perpétuité ou à de longues peines de prison, dont cinq pour le meurtre du journaliste. En mai dernier, l'enquête a mené à l'interpellation et à la détention provisoire de l'homme d'affaires Pavel Sopot. Selon Novaïa Gazeta, il n'aurait joué qu'un rôle d'intermédiaire. Le journal dit avoir identifié le véritable commanditaire du crime, une personnalité haut placée, mais la justice n'a jamais pris en compte cet élément crucial.

“Nous espérons que l'instruction ne va pas s'éterniser encore une fois. Le contexte criminel mis à part, il y a aussi le contexte politique. Nous espérons que les autorités russes auront assez de courage et de compréhension afin d'élucider ce crime et de mettre en prison le commanditaire”, a déclaré à Reporters sans frontières Nadezhda Prousenkova, l'attachée de presse de Novaïa Gazeta.

L'affaire Markelov-Babourova toujours en souffrance

Le 19 janvier 2009, l'avocat et défenseur des droits de l'homme Stanislav Markelov, et la jeune journaliste de Novaïa Gazeta, Anastassia Babourova, étaient assassinés en pleine rue à Moscou. Deux exécutants, les militants ultranationalistes Nikita Tikhonov et Evguenia Khasis, ont été respectivement condamnés à la perpétuité et à dix-huit ans de prison. En mai dernier, les enquêteurs a annoncé l'arrestation, en Serbie et en Ukraine, de deux autres militants ultranationalistes, Ilya Goryatchev et Mikhaïl Volkov, soupçonnés d'être impliqués la même affaire. Une cour de Belgrade a ordonné, un mois plus tard, l'extradition d'Ilya Goryatchev. Son avocat attend les résultats de l'appel.

Reporters sans frontières a recensé 30 journalistes assassinés pour leurs activités professionnelles depuis 2000 en Russie. Des dizaines d'autres, ainsi que des blogueurs et d'autres acteurs de l'information sont menacés, persécutés, poursuivis et surveillés. L'usage d'Internet est étroitement contrôlé et les nouvelles législations liberticides en restreignent aujourd'hui l'accès. Reporters sans frontières a récemment lancé la campagne Sotchi-2014, afin d'alerter sur la situation des libertés publiques en Russie. Les Jeux Olympiques ne sauraient être un décore Potemkine pour occulter cette triste réalité.

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