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Russie : Les sponsors des Jeux olympiques gardent le silence face aux exactions commises à Sotchi

Les gens marchent dans la neige dans le centre de Moscou, novembre 2011.
Les gens marchent dans la neige dans le centre de Moscou, novembre 2011.

REUTERS/Anton Golubev

Les principales entreprises qui sponsorisent les Jeux olympiques ne se sont toujours pas exprimées vigoureusement contre les atteintes aux droits liées aux préparatifs des Jeux d'hiver de Sotchi qui se tiendront en Russie en février 2014.

«Les entreprises sponsors ont tout intérêt à faire des Jeux de Sotchi un événement célébrant le fair-play et la dignité humaine, comme tous les JO se doivent de l'être», a affirmé Minky Worden, directrice des Initiatives mondiales à Human Rights Watch. «Les sponsors devraient dénoncer les abus dans le domaine du travail, la discrimination et les atteintes à la liberté de la presse.»

Tous les sponsors des Jeux de Sotchi devraient adopter une position plus robuste à l'égard des atteintes aux droits qui entachent les préparatifs des JO, et appuyer l'appel lancé par la société civile concernant la mise en œuvre d'une réforme institutionnelle du Comité international olympique (CIO) pour empêcher que des situations similaires ne se reproduisent dans les futurs pays d'accueil, a précisé Human Rights Watch.

Les principaux sponsors des Jeux de Sotchi – connus sous le nom de TOP Sponsors en tant que participants au programme «The Olympic Partner» (TOP) – sont dix grandes entreprises internationales: Atos, Coca-Cola, Dow Chemical, General Electric, McDonald's, Omega, Panasonic, Procter & Gamble, Samsung et Visa. Aux États-Unis, la diffusion des Jeux sera assurée par NBC.

Cette année, Human Rights Watch a adressé à chacune de ces entreprises trois courriers détaillés attirant leur attention sur les graves atteintes aux droits humains qui sont actuellement perpétrées à Sotchi.

Parmi ces atteintes figurent les suivantes:

  • L’exploitation d’ouvriers du bâtiment, y compris de travailleurs immigrés, engagés sur différents sites et infrastructures olympiques à Sotchi, ainsi que, dans certains cas, des détentions et des déportations illégales.
  • L’expulsion de certains propriétaires immobiliers et de leurs familles de leurs logements sans offrir d’indemnités adéquates, et parfois sans indemnité du tout, et le refus des autorités d’indemniser ou d’offrir un logement de rechange adéquat aux personnes dont le logement a été endommagé ou mis à mal par le projet de construction olympique;
  • Le harcèlement de journalistes et de militants de la société civile qui ont fait part ouvertement de préoccupations concernant, entre autres, les préparatifs olympiques;
  • Les impacts négatifs sur l’environnement qui affectent le droit à la santé, notamment dans le cas d’un village dont les résidents ne peuvent pas compter sur un approvisionnement en eau potable pour la cinquième année consécutive à cause des travaux de construction liés aux JO; et
  • L’adoption par le parlement russe au mois de juin d’une loi de «propagande» anti-gay qui porte atteinte aux principes de non-discrimination de la Charte olympique et qui a d’ores et déjà entraîné une dégradation du climat pour les membres de la communauté russe LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres).

La liberté de la presse est un principe central de la Charte olympique, qui consacre toute une partie à la «Couverture médiatique des Jeux Olympiques». La couverture médiatique est essentielle pour la réussite des JO, qui devraient rapporter des millions de dollars, a précisé Human Rights Watch. Pourtant, la rude épreuve – interrogatoires de police, actes d'intimidation et mises en détention – subie pendant trois jours, du 31 octobre au 2novembre, par des reporters de la chaîne de télévision norvégienne TV2 alors qu'ils enquêtaient sur les droits humains et d'autres préoccupations touchant aux Jeux olympiques constitue pour Human Rights Watch un signe inquiétant.

«Un pays qui ne peut pas garantir une liberté totale des médias ne devrait être autorisé à accueillir les Jeux olympiques», a commenté Minky Worden. «Ce qui est arrivé aux journalistes de TV2 devrait inciter les sponsors et les médias à rompre leur silence.»

Ces abus peuvent être comparés à certaines des atteintes aux droits commises lors des préparatifs des JO de Pékin de 2008, dont Human Rights Watch avait rendu compte et que l'organisation avait abordées à plusieurs reprises avec les sponsors de ces Jeux.

Human Rights Watch a adressé au mois de juin 2013 un premier courrier aux «Top Sponsors» des JO de Sotchi ainsi qu'à NBCUniversal, en résumant les atteintes aux droits liées aux préparatifs des JO et en demandant qu'une réunion soit organisée pour débattre des mesures que les sponsors pourraient prendre afin de mettre un terme aux abus. Human Rights Watch leur a ensuite envoyé un nouveau courrier en août, suivi d'une troisième courrier en octobre.

Huit des dix «Top Sponsors» – à savoir Coca-Cola, Dow Chemical, General Electric, McDonald's, Omega, Panasonic, Procter & Gamble et Samsung – y ont répondu par écrit, ainsi que NBCUniversal. Quatre de ces entreprises – Coca-Cola, Dow Chemical, General Electric et NBCUniversal – ont accepté de rencontrer Human Rights Watch. Atos et Visa n'ont pas répondu à ce jour.

D'après Human Rights Watch, les sponsors devraient prendre plusieurs mesures spécifiques, notamment:

  • Demander instamment au CIO d’exhorter la Russie à abroger la loi de «propagande» anti-gay. Cette loi est contraire au sixième Principe fondamental de la Charte olympique, qui stipule: «Toute forme de discrimination […] est incompatible avec l’appartenance au Mouvement olympique» ;
  • Diffuser une déclaration publique, individuellement ou conjointement avec d’autres sponsors, dénonçant la discrimination anti-LGBT et les autres atteintes aux droits perpétrées à Sotchi;
  • Exhorter le CIO à demander à la Russie de remédier de toute urgence aux atteintes commises, notamment aux abus visant la main-d’œuvre immigrée, aux expulsions forcées et aux mesures répressives contre les journalistes et les militants ;
  • Enjoindre l’équipe dirigeante du CIO de mettre en œuvre une réforme institutionnelle pour éviter que de telles crises des droits ne se reproduisent, par exemple en établissant un mécanisme permanent dédié aux droits humains qui inclue des normes relatives aux droits humains, en surveillant le respect de ces normes par les pays d’accueil et en veillant à ce que les contrats de ville hôte soient rendus publics et deviennent ainsi plus transparents ; et
  • Recommander au président du CIO Thomas Bach d’accepter la demande de Human Rights Watch et d’autres mouvements de défense des droits humains– en particulier des groupes de défense des droits LGBT– relative à l’organisation d’une réunion d’ici la fin 2013.

La plupart des entreprises sponsors qui ont répondu à Human Rights Watch déclarent avoir fait part au CIO des préoccupations de l'organisation. Certains sponsors ont émis des déclarations publiques générales contre la discrimination, vraisemblablement en réponse au tollé provoqué par la loi de «propagande» anti-gay. Cependant, aucun des sponsors contactés par Human Rights Watch n'a convenu d'exhorter le CIO à demander à la Russie d'abroger la loi de «propagande». En outre, aucun sponsor n'a émis de déclaration publique faisant savoir sans équivoque aux autorités russes qu'elles se doivent d'observer la Charte olympique. Certains sponsors ont noté dans leur réponse écrite que le CIO se satisfaisait de ce que les autorités russes «assurent» qu'aucun athlète ni visiteur ne subira de discrimination à Sotchi.

«Les promesses du gouvernement russe sont vagues et fallacieuses », a conclu Minky Worden. «La loi de 'propagande' anti-gay est fondamentalement discriminatoire. Les entreprises sponsors devraient reconnaître que le mépris par la Russie des règles olympiques justifie la mise en place de mesures appropriées.»

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