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Brutal assassinat d'une défenderesse des droits de la personne

Natalia Estemirova
Natalia Estemirova

Beowulf Sheehan/PEN American Center

Une militante primée et journaliste dévouée qui se consacrait à dénoncer les violations des droits de la personne par les autorités russes et les forces de sécurité en Tchétchénie, Natalia Estemirova, a été impudemment enlevée et abattue la semaine dernière. L'assassinat a été rapporté par le Centre pour le journalisme en situations extrêmes (Center for Journalism in Extreme Situations, CJES) Human Rights Watch (HRW), la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et plusieurs autres groupes membres de l'IFEX.

Le 15 juillet, quatre hommes ont fait monter Estemirova de force dans une voiture située à l'extérieur de son appartement dans un quartier fortement peuplé de Groznyï, la capitale tchétchène. Selon des témoins, elle s'est écriée « C'est un enlèvement ! » Huit heures plus tard, son cadavre était retrouvé, avec des blessures par balles à la tête et à la poitrine, dans une zone boisée située dans la région voisine d'Ingouchie.

Estemirova, qui était âgée de 50 ans, travaillait comme recherchiste au bureau de Groznyï de « Memorial », la principale ONG de défense des droits de la personne en Russie. Elle collaborait fréquemment aussi au site « Kavkazsky Uzel », un site web de nouvelles sur le Caucase, et au journal indépendant « Novaïa Gazeta ».

« Elle croyait que la détermination et le courage, la persistance et l'intrépidité de ceux qui ne sont pas prêts à se résigner à l'anarchie allaient prévaloir », écrit le CJES. « Son dernier article a été publié après sa mort. Elle a donné sa vie pour cela. »

Estemirova avait aidé plusieurs organisations internationales dans leurs recherches dans la région. Au moment de sa mort, elle collaborait avec Human Rights Watch à un rapport d'enquête sur la recrudescence récente de la pratique des exécutions extrajudiciaires, des incendies de domiciles et des détentions arbitraires en Tchétchénie. Elle était aussi une source fiable pour les journalistes, connue pour sa diligence. Elle collaborait fréquemment avec son amie la journaliste Anna Politkovskaïa, elle-même assassinée en 2006 après avoir rapporté les violations grossières des droits de la personne par les forces de sécurité en Tchétchénie. Le 25 juin, la Cour suprême de Russie a cassé l'acquittement de quatre suspects dans le meurtre de Politkovskaïa et ordonné la tenue d'un nouveau procès.

Le jour de sa mort, Estemirova devait être interviewée par France 24 à propos de ses enquêtes sur les homicides, les disparitions et la torture des séparatistes tchétchènes et de leurs proches - crimes qu'elle attribuait aux employés du président tchétchène Ramzan Kadyrov, selon l'agence de nouvelles.

En dépit des condamnations verbales mordantes des gouvernements, des ONG et des journalistes à travers le monde, c'est à peine si la mort d'Estemirova a été rapportée dans les nouvelles des médias grand public en Russie, dit RSF, qui ajoute que, depuis une décennie, les journaux et les chaînes de télévision de Russie passent de plus en plus dans le giron de l'État et subissent de plus en plus son influence.

Estemirova, qui était chef de famille, laisse dans le deuil une fille de 15 ans. Elle a remporté en 2007 le « Human Rights Watch Defender Award » (Prix du Défenseur, décerné par Human Rights Watch), le prix Anna-Politkovskaïa (2007), la Médaille Robert-Schuman décernée par le Parlement européen (2005), et le prix du Parlement de Suède pour le « Droit à la survie » (2004).

Human Rights Watch rapporte que le meurtre d'Estemirova survient après trois autres exécutions récentes, en plein jour, de critiques du gouvernement et des actions militaires en Tchétchénie. « Il semble que la saison soit ouverte pour tuer quiconque tente de faire la lumière sur les violations effroyables des droits de la personne en Tchétchénie », a déclaré Kenneth Roth, de Human Rights Watch.

Le mois dernier, la FIJ a rendu public un rapport de suivi sur les assassinats des journalistes en Russie depuis 1993. Le rapport, intitulé « Justice partiale », indique qu'un grand nombre des 124 décès de journalistes survenus pendant cette période pourrait avoir été le résultat direct de leur travail. Des dix affaires d'assassinat de journalistes qui ont débouché sur des procès depuis 1997, deux seulement ont entraîné l'incarcération des personnes responsables, constate la recherche.

« Memorial » a fermé son bureau en Tchétchénie pour des raisons de sécurité et en signe de protestation, indique Reuters.

Une déclaration la semaine dernière d'un groupe affilié à la FIJ, le Syndicat des journalistes de Russie, a bien résumé le sentiment des organisations de défense de la libre expression à travers le monde. « Le meurtre de Natalia Estemirova laisse en nous un sentiment de colère et d'impuissance », a-t-il dit.

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