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Le Président Kagamé fait taire les critiques entourant sa réélection

Le Président Kagamé se maintient impitoyablement au pouvoir en détruisant ses critiques.
Le Président Kagamé se maintient impitoyablement au pouvoir en détruisant ses critiques.

via AP

Le Président du Rwanda Paul Kagamé a remporté un autre mandat de sept ans lors de l'élection du 9 août, alors qu'il est déjà au pouvoir depuis 15 ans. Il a récolté 93 pour 100 des voix en interdisant les partis d'opposition et en éliminant toute couverture critique des nouvelles nationales, selon ce que rapportent Human Rights Watch, Reporters sans frontières (RSF), le Comité pour la protection des journalistes et d'autres membres de l'IFEX. Dans les mois précédant le scrutin, le gouvernement a fermé systématiquement les médias d'informations et terrorisé les journalistes critiques pour les inciter à fuir le pays.

Index on Censorship rapporte que le gouvernement justifie son assaut contre les médias en disant qu'il lui faut empêcher la récurrence du génocide de 1994, et en invoquant constamment le rôle joué par les médias de la haine dans l'incitation au meurtre. Le résultat, c'est que les médias indépendants se débattent pour survivre; des journalistes ont été assassinés, arrêtés, intimidés, contraints à l'exil et mis à l'amende.

En avril, deux hebdomadaires critiques ont été suspendus par le Conseil supérieur des médias, une organisation placée sous l'influence du gouvernement. Le rédacteur en chef Jean Bosco Gasasira, du journal « Umuvugizi », a quitté le pays après avoir reçu des appels de menaces au téléphone et subi la surveillance des services de renseignement militaire. Le mois suivant, un rédacteur du « Umuvugizi », Didas Gasana, a fui le Rwanda par crainte d'être arrêté.

Dans un geste de défi, Gasasira a maintenu son journal en vie au Rwanda avec l'aide de son adjoint, Jean-Léonard Rugambage. Mais Rugambage a été abattu le 24 juin. Pour leur part, les journalistes en exil du « Umuseso » ont lancé un nouvel hebdomadaire, « Newsline », et ont tenté de le faire entrer au Rwanda par autocar, mais la police a confisqué le journal à la frontière de l'Ouganda. Et couvrir à distance s'avère difficile : « Nos sources sont tellement intimidées qu'il est ardu de contre-vérifier les informations, surtout après l'assassinat de Rugambage. Cela a vraiment terrifié autant les reporters que les sources », dit Gasasira.

Pendant ce temps au Rwanda, la rédactrice Agnès Uwimana Nkusi et le journaliste Saidat Mukakibibi ont été arrêtés en juillet. L'hebdomadaire en langue kinyarwanda de Nkusi, « Umurabyo » a jeté un peu de lumière sur le meurtre de Rugambage, la brouille entre le Président Kagamé et deux dirigeants militaires, aujourd'hui en exil, et les reportages font état de dépenses gouvernementales princières pour l'achat d'avions à réaction de luxe. Les deux journalistes ont été inculpés d'incitation à la désobéissance civile, d'insulte au Président, de diffusion de fausses rumeurs et de négation du génocide tutsi. Au moment de l'arrestation de Nkusi, RSF a pressé l'Union européenne et les donateurs internationaux de cesser de financer l'élection.

Par la suite, une semaine avant l'élection, le Conseil supérieur des médias a suspendu 30 médias. Le Conseil a émis un communiqué le 26 juillet donnant la liste de 19 stations de radio et de 22 journaux qui satisfont aux critères de la loi du pays sur les médias et les invitant à présenter une demande d'exploitation. Les autres médias ont en fait été bannis en étant exclus de la liste.

Cette tactique a réduit au silence les journaux les plus éminents du Rwanda et plusieurs stations de radio, notamment la Voix de l'Afrique Rwanda et la Voix de l'Amérique. Le 28 juillet, le Conseil a ordonné aux forces de sécurité de fermer les journaux et les stations de radio en exploitation illégale.

De plus, Kagamé a réduit de manière draconienne l'espace politique avant les élections, selon ce que rapporte Human Rights Watch. Les trois autres partis en lice étaient dans l'ensemble favorables au parti de Kagamé, le Front patriotique rwandais. À l'inverse, les trois partis qui critiquaient ouvertement le parti au pouvoir n'ont pas même été autorisés à participer au scrutin. Au cours des huit derniers mois, les membres des partis d'opposition ont été tabassés et arrêtés. Et le 13 juillet, le vice-président du Parti Vert Démocratique a disparu; le lendemain, son cadavre mutilé a été trouvé a proximité de la ville de Butare.

En avril, une recherchiste de Human Rights Watch s'est vu annuler son visa de travail et a dû quitter le pays.

Dans un récent conseil de voyage à l'intention des journalistes, l'International News Safety Institute (INSI) prévient que les lignes téléphoniques sont sur écoute et que l'Internet peut être surveillé au Rwanda. L'INSI ajoute qu'aux termes de la Loi sur le génocide, toute personne qui conteste la version officielle du génocide de 1994 est passible de dix à vingt-cinq ans de prison.

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