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RSF condamne le limogeage du rédacteur en chef du journal "Al-Watan"

(RSF/IFEX) - Le 27 mai 2003, le rédacteur en chef du quotidien "Al-Watan", Jamal Khashoggi, a été informé, par les hautes autorités saoudiennes, de la cessation de ses services. Ce limogeage est intervenu après la publication de plusieurs éditoriaux et articles critiquant ouvertement l'establishment religieux, notamment les "moutawa" (police religieuse).

"Le licenciement de Jamal Khashoggi est un acte arbitraire et politique. Ce journaliste, l'un des plus connus du royaume, a fait les frais des âpres tensions qui opposent courants réformistes et ultra-conservateurs au sein du pouvoir saoudien. Comme c'est la coutume au royaume de la censure, les rédacteurs en chef des journaux qui prennent trop de liberté avec les lignes rouges imposées par le gouvernement sont immédiatement limogés. Le message adressé à tous les autres journalistes du pays est clair : vous devez continuer de pratiquer l'auto-censure," a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de RSF.

"Si la famille royale entend respecter ses promesses de réformes, notamment en matière de libéralisation politique, les vielles méthodes n'ont plus droit de cité. Le gouvernement ne doit pas céder à la pression des religieux ultra-conservateurs", a-t-il ajouté.

Le 27 mai 2003, Abdullah bin Abdel Rahman al-Jabrein, leader religieux ultra-conservateur, avait accusé "Al-Watan" de "se moquer dans ses articles et ses caricatures des gens vertueux". "Depuis que le journal paraît, il a propagé le mal et la corruption," a-t-il ajouté, en demandant "aux lecteurs pieux" de le boycotter.

La désignation de Khashoggi au poste de rédacteur en chef d'"Al-Watan" avait été approuvée par le ministère de l'Information deux mois auparavant, en avril. Sous sa direction, et notamment après les attentats-suicides du 12 mai à Riyad, attribués au réseau Al-Qaïda et qui ont fait 34 morts, le journal a servi de tribune pour les écrivains et intellectuels saoudiens qui soutiennent des réformes dans le royaume.

Bien que financés par des capitaux privés, les journaux saoudiens sont très étroitement contrôlés, les nominations des rédacteurs en chef étant approuvées par le gouvernement. La semaine du 26 mai, le Prince Nayef, ministre de l'Intérieur, a de nouveau rencontré les rédacteurs en chef de plusieurs journaux saoudiens pour leur rappeler les consignes éditoriales à suivre et les encourager à ne pas publier d'informations susceptibles d'être "dommageables et mal interprétées".

Khashoggi est le second rédacteur en chef d'"Al-Watan" limogé en un an. Le 7 mai 2002, Qinan Al-Ghamdi, connu pour ses éditoriaux incisifs, avait été forcé de démissionner du même poste. Il avait également appelé dans ses écrits à des réformes politiques et religieuses.

Deux mois plus tôt, c'était le rédacteur en chef du quotidien privé "Al-Madina", Mohamed Al-Mokhtar Al Fal, qui avait été licencié sur ordre du ministre de l'Intérieur, après la publication, le 10 mars 2002, d'un poème d'Abdel Mohsen Mossalam critiquant la corruption de la justice religieuse (consulter l'alerte de l'IFEX du 25 mars 2002).

RSF rappelle qu'un journaliste est emprisonné depuis trois ans pour avoir informé sur la répression des ismaéliens (communauté chiite) dans le royaume. De confession chiite, Saleh Al-Harith, 34 ans, a été arrêté en avril 2000 à Najran, sud-ouest du pays. Il a été condamné en 2000 à sept ans de prison et se trouve aujourd'hui détenu à la prison de Dammam (consulter l'alerte du 5 février 2003). Le journaliste, qui travaillait pour le journal saoudien "Al-Yaum", avait contacté la chaîne qatarie Al-Jazira par téléphone, pour témoigner de l'attaque de la mosquée Al-Mansoorah, à Najran, par les forces de l'ordre le 23 avril 2000.

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