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Les précédentes disparitions de journalistes en Arabie saoudite avant Jamal Khashoggi

Manifestation
Manifestation "Libérez Jamal Khashoggi" devant le consulat saoudien à Istanbul, Turquie, le 8 octobre 2018

OZAN KOSE/AFP/Getty Images

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 9 octobre 2018.

Cela fait une semaine que le journaliste Jamal Khashoggi a disparu après s'être rendu au consulat saoudien à Istanbul. Cette disparition s'inscrit dans une vague de répression sévère et souvent opaque qui vise les journalistes saoudiens. Reporters sans frontières (RSF) demande une enquête internationale indépendante pour déterminer ce qui lui est arrivé.

Le journaliste Jamal Khashoggi était connu pour ses critiques contre le régime saoudien. Autrefois proche du pouvoir, le célèbre éditorialiste s'était volontairement exilé aux Etats-Unis l'année dernière, de peur d'être arrêté, après avoir été interdit d'écrire et même de s'exprimer sur les réseaux sociaux en Arabie saoudite. Sa disparition la semaine dernière, alors qu'il s'était rendu au consulat saoudien d'Istanbul, s'est produite dans un contexte de répression intensifiée des journalistes et blogueurs dans son pays d'origine. Depuis septembre 2017, plus d'une quinzaine d'entre eux ont été arrêtés en Arabie saoudite dans la plus grande opacité : dans la plupart des cas, leur arrestation n'a jamais été officiellement confirmée, et leur lieu de détention ou les charges retenues contre eux n'ont pas été non plus rendus publics.

C'est ainsi que l'arrestation du journaliste saoudien Saleh el Shihi n'a été confirmée qu’en février 2018, au moment où ses proches apprenaient qu'il était condamné à cinq ans de prison. Porté disparu en décembre 2017, son arrestation n'avait jamais été officialisée jusqu'à l'annonce de sa condamnation.

Économiste reconnu et journaliste-citoyen, Esam al Zamel est un autre "prisonnier du silence". Son procès a visiblement débuté au début du mois d'octobre, un an après son arrestation qui n'avait jamais été officiellement reconnue. Ce sont ses tweets, informations et analyses sur la stratégie économique du royaume qui lui auraient valus d'être ainsi poursuivi.

Un autre journaliste et commentateur saoudien, Turad Al Amri, a pour sa part disparu depuis novembre 2016. Dans l'un de ses derniers tweets il déplorait l'étouffement des médias, et notamment le blocage d'un journal en ligne où il avait écrit un article sensible.

Quant à Fayez ben Damakh, un célèbre journaliste et poète saoudien, sa trace se perd en septembre 2017, date à laquelle il était sur le point de lancer une chaîne d'information au Koweït. Selon la presse locale, le journaliste aurait été tout simplement été enlevé et extradé vers l'Arabie Saoudite, sans que cela ne soit jamais officiellement confirmé.

"Les méthodes traditionnellement utilisées par l'Arabie saoudite pour réprimer les journalistes critiques, qui s'avèrent particulièrement opaques, font craindre le pire dans le cas de la disparition de Jamal Khashoggi, reconnaît Sophie Anmuth, en charge du bureau Moyen-Orient à RSF. Dans tous les cas, RSF demande une enquête internationale indépendante pour déterminer le plus vite possible ce qui est arrivé à Jamal Khashoggi."

Aucune preuve n'a encore été produite pour étayer l'une des différentes hypothèses soulevées depuis la disparition de Jamal Khashoggi: un assassinat, une extradition vers une prison d'Arabie saoudite, ou une disparition volontaire, comme l'affirment les Saoudiens, selon qui le journaliste est sorti du consulat avant de se volatiliser. Les médias pro-gouvernement saoudiens crient d'ailleurs au complot médiatique destiné à salir l'image de l'Arabie saoudite.

Entre 25 et 30 journalistes professionnels ou non sont actuellement emprisonnés en Arabie saoudite qui occupe la 169e place sur 180 au Classement mondial 2018 de la liberté de la presse établi par RSF.

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