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Turquie : Appeler l'ONU à ouvrir une enquête au sujet de Khashoggi

Jamal Khashoggi dans un forum du PROMED, à Washington, DC, le 21 mars 2018
Jamal Khashoggi dans un forum du PROMED, à Washington, DC, le 21 mars 2018

By POMED (Mohammed bin Salman's Saudi Arabia: A Deeper Look) [CC BY 2.0 (https://creativecommons.org/licenses/by/2.0)], via Wikimedia Commons

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 18 octobre 2018.

La Turquie devrait demander d'urgence au Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, de diligenter une enquête des Nations Unies sur la possible exécution extrajudiciaire de l'éminent journaliste saoudien Jamal Khashoggi, ont déclaré conjointement aujourd'hui le Comité pour la protection des journalistes, Human Rights Watch, Amnesty International et Reporters sans frontières.

Cette enquête devrait viser à déterminer les circonstances concernant le rôle joué par l'Arabie saoudite dans la disparition forcée et l'éventuel meurtre de Khashoggi. L'enquête devrait viser à identifier toutes les personnes responsables d'avoir commandité, planifié et exécuté toute opération liée à cette affaire.

« La Turquie devrait faire appel à l'ONU pour ouvrir une enquête crédible, transparente et menée en temps opportun », a déclaré Robert Mahoney, directeur exécutif adjoint du Comité pour la protection des journalistes. « L'implication des Nations Unies est la meilleure garantie contre des manœuvres de dissimulation par l'Arabie saoudite, ou contre des tentatives d'autres gouvernements de balayer ce problème sous le tapis afin de préserver leurs relations commerciales lucratives avec Riyad. »

Les preuves rassemblées par l'équipe d'enquête de l'ONU devraient être conservées en vue de leur utilisation dans le cadre de futures poursuites judiciaires. L'équipe d'enquête devrait pouvoir se déplacer en disposant d'un accès complet aux lieux où elle doit se rendre, et mener des entretiens avec des témoins ou des suspects potentiels sans ingérence. L'équipe devrait également recommander des moyens de traduire en justice tout individu au sujet duquel des preuves crédible et admissibles de participation auront été recueillies.

Khashoggi est entré dans le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul le 2 octobre 2018, et depuis ce moment, n'a pas été revu et n'a donné aucun signe de vie. L'Arabie saoudite a nié toute implication dans la disparition de Khashoggi, affirmant qu'il avait quitté le consulat peu de temps après son arrivée, mais sans toutefois fournir la moindre preuve à l’appui de cette affirmation.

Les autorités saoudiennes ont intensifié leur répression contre les voix dissidentes dans le pays depuis que Mohammad ben Salmane est devenu prince héritier en juin 2017. Cette répression a systématiquement visé toute forme de dissidence, y compris l'expression pacifique de points de vue visant à promouvoir et à protéger les droits humains. Pratiquement tous les défenseurs des droits humains et autres individus exprimant des opinions critiques - y compris des dignitaires religieux, des journalistes et des universitaires - ont été ciblés lors des récentes arrestations.

La disparition de Khashoggi est survenue après une vague d'arrestations ayant débuté il y a plus d'un an et visant des journalistes qui couvraient la corruption, les droits des femmes et d'autres sujets sensibles. Plusieurs journalistes sont toujours détenus dans des lieux tenus secrets, sans inculpation, selon les recherches menées par le Comité pour la protection des journalistes.

De nombreuses personnes, y compris les militantes des droits humains Loujain al-Hathloul, Iman al-Nafjan et Aziza al-Yousef, sont détenues de manière arbitraire depuis des mois. Ces activistes et de nombreuses autres personnes risquent d'être condamnées à de longues peines de prison, voire à la peine de mort, à l’issue de procès manifestement inéquitables devant le tribunal chargé d'affaires antiterroristes, simplement pour avoir exercé pacifiquement leurs droits à la liberté d'expression, d'association ou de réunion.

Les autorités turques ont annoncé l'ouverture d'une enquête pénale le jour même de la disparition de Khashoggi, le 2 octobre. Dans le cadre de cette enquête, des experts médico-légaux ont procédé à une fouille du consulat d'Arabie saoudite le 15 octobre. Des informations issues de l'enquête ont été divulguées aux médias par le biais d'une série de fuites, y compris des affirmations au sujet d'enregistrements audio et vidéo prouvant que Khashoggi a été assassiné au consulat.

Le 15 octobre, le roi d'Arabie saoudite a ordonné au ministère public d'ouvrir une enquête sur la disparition de Khashoggi. Compte tenu de la possible implication des autorités saoudiennes dans la disparition forcée de Khashoggi et de son possible assassinat, ainsi que du manque d'indépendance du système de justice pénale saoudien, l'impartialité de toute enquête menée par les autorités saoudiennes serait toutefois remise en question.

La fiancée turque de Jamal Khashoggi, Hatice Cengiz, a déclaré aux médias que juste avant d'entrer dans le consulat d'Arabie saoudite pour obtenir des documents requis pour leur mariage, il lui avait confié son téléphone portable en lui demandant d'alerter les autorités turques s'il n'était toujours pas ressorti deux heures plus tard. C'est la dernière fois que Hatic Cengiz a vu son fiancé. Les autorités turques soupçonnent que Khashoggi a été tué et démembré par des agents saoudiens à l'intérieur du consulat.

« Ceci montre d'autant plus clairement à quel point une enquête impartiale et indépendante est indispensable pour établir la vérité au sujet de Jamal Khashoggi et s'assurer que justice soit rendue », a déclaré Christophe Deloire, Secrétaire général de Reporters sans frontières. « Si l'ONU est véritablement mobilisée dans la lutte contre l'impunité pour les crimes commis envers les journalistes, cette organisation devrait faire preuve d'un plein engagement à l'égard de l'une des affaires les plus choquantes et extrêmes de ces dernières années en ouvrant cette enquête. »

Il y a un précédent pour une telle enquête de l'ONU. En 2008, le Pakistan avait demandé au Secrétaire général de l'époque, Ban Ki-moon, d'ouvrir une enquête sur l'assassinat de l'ancienne Première ministre Benazir Bhutto. Cette enquête avait révélé, selon les enquêteurs, une tentative des autorités pakistanaises de dissimuler les circonstances du meurtre de Benazir Bhutto.

Une enquête sur la disparition forcée de Khashoggi et son possible assassinat devrait être ouverte rapidement et être menée de manière approfondie, impartiale et indépendante. Le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, devrait nommer un enquêteur principal doté d'une vaste expérience en matière d'enquêtes internationales. Une fois l'enquête terminée, le Secrétaire général devrait rendre public un rapport sur l'ensemble des conclusions, ainsi que ses recommandations pour y donner suite.

« La famille de Jamal Khashoggi et d'autres personnes partout dans le monde méritent de connaitre toute la vérité sur ce qui lui est arrivé », a déclaré Louis Charbonneau, directeur de plaidoyer auprès de l'ONU à Human Rights Watch. « Les explications partielles et les enquêtes partiales de l'Arabie saoudite, soupçonnée d'être impliquée, ne peuvent pas suffire. Seules les Nations Unies ont la crédibilité et l'indépendance nécessaires pour exposer les commanditaires de la disparition forcée de Khashoggi et les obliger à rendre des comptes. »

La Turquie, l'Arabie saoudite et les autres pays membres de l'ONU devraient coopérer pleinement avec l’enquête des Nations Unies afin que les enquêteurs disposent de tous les accès et du soutien nécessaires pour déterminer ce qui est arrivé à Khashoggi. Pour faciliter l'enquête, l'Arabie saoudite devrait renoncer immédiatement aux protections diplomatiques telles que l'inviolabilité de locaux ou l'immunité de fonctionnaires, conférées par des traités tels que la Convention de Vienne sur les relations consulaires, adoptée en 1963. Michelle Bachelet, Haute-commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, a appelé à la renonciation aux protections diplomatiques dans cette affaire.

La Turquie devrait fournir toutes les preuves, y compris les enregistrements audio et visuels évoqués par des responsables turcs dans leurs déclarations aux médias, révélatrices du meurtre de Khashoggi au consulat d'Arabie saoudite. Le groupe de travail turco-saoudien récemment mis en place pour enquêter sur le meurtre ne pourra pas avancer face aux démentis répétés de l'Arabie saoudite et à son refus d'admettre une implication dans la disparition forcée de Khashoggi.

« Si le gouvernement saoudien n'est pas impliqué dans ce qui est advenu à Jamal Khashoggi, il a tout à gagner d'une enquête impartiale des Nations Unies qui permettrait de déterminer ce qui s'est passé », a déclaré Sherine Tadros, directrice du bureau d'Amnesty International à New York. « Sans enquête crédible de l'ONU, des soupçons continueront de peser sur l'Arabie saoudite, quelles que soient les explications fournies par ses dirigeants au sujet de la disparition de Khashoggi. »

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Jamal Khashoggi, un journaliste saoudien de premier plan, a travaillé pour plusieurs journaux arabophones et anglophones en Arabie saoudite, y compris Okaz et Saudi Gazette. Il a également été rédacteur-en-chef du quotidien saoudien Al-Watan. En décembre 2016, les autorités saoudiennes ont publiquement dénoncé Khashoggi après qu'il ait critiqué le président élu américain Donald Trump lors d'un colloque à Washington. En juin 2017, Khashoggi a quitté l'Arabie saoudite et s'est installé aux États-Unis, où il a régulièrement rédigé des tribunes publiées par le Washington Post.

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