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Un état naissant paralyse sa propre presse, et son avenir

Drapeau du Kosovo.
Drapeau du Kosovo.

Plus de deux ans après avoir déclaré son indépendance, le Kosovo a d'urgence besoin d'une presse libre pour mettre à nu « les maux qui minent » le pays, apprend-on dans un nouveau rapport de Reporters sans frontières (RSF). Intitulé « Kosovo : Pour la liberté de la presse, il n'est peut-être pas encore trop tard... », le rapport indique que les journalistes du nouveau pays vivent sous la menace des militants nationalistes et des pressions financières, et qu'on les empêche d'accéder à l'information, chaque sphère du gouvernement s'efforçant de contrôler les décisions de la rédaction. RSF a rencontré des journalistes et de nouveaux blogueurs qui tentent de travailler dans un cadre éthique, en dépit des nombreux éléments politiques et criminels qui s'activent contre eux.

L'accession du Kosovo à la souveraineté a reçu jusqu'à maintenant l'appui de 69 pays, dont celui des États-Unis et de la plupart des pays de l'Union européenne (UE), disent les dépêches. Et le 22 juillet 2010, la Cour internationale de Justice a statué que l'indépendance du pays vis-à-vis de la Serbie en 2008 ne contreviet pas au droit international. Le Premier ministre Hashim Thaçi a déclaré qu'il aimerait voir le Kosovo joindre les rangs de l'Union européenne. « Il lui faudra pour cela donner rapidement des gages plus sérieux sur le respect de la liberté de la presse », dit RSF.

La télévision publique constitue la source de médias la plus importante et la plus influente auprès de la population. Mais elle est de plus en plus contrôlée par Thaçi et son parti. Le tout nouveau secteur de l'Internet offre des possibilités d'indépendance, mais il est vulnérable sur le plan financier.

Tout journaliste qui critique les décisions du gouvernement ou qui dévoile une affaire de corruption est attaqué par la classe politique, accusé d'être un traître, de manquer de patriotisme ou d'être un espion à la solde de la Serbie. Les accusations visent à anéantir la crédibilité des journalistes aux yeux du public, et à les isoler pour en faire des cibles des militants nationalistes.

Les journalistes qui sortent du rang sont avisés de « se discipliner », sinon ils risquent de voir un membre de leur famille perdre son emploi, de ne pas voir un contrat être renouvelé, ou encore de voir leurs enfants recevoir des menaces. L'État est l'employeur le plus important de ce pays naissant. Les journaux considérés comme « trop indépendants » subissent de fréquentes vérifications fiscales ou sont empêchés d'accéder à des données ou à des fonds publics. Les journalistes apprennent donc à s'autocensurer.

L'accès à l'information est virtuellement inexistant, l'information étant indisponible sur les sujets suivants : données financières, gestion de l'eau, électricité, aménagement du territoire, permis de construire et nouveaux locaux commerciaux.

Les journalistes eux-mêmes sont vulnérables à l'exploitation parce qu'ils n'ont aucun droit, qu'ils sont très mal payés, ou pas du tout, et qu'ils travaillent sans contrat d'emploi ni assurance de quelque nature que ce soit. Certains d'entre eux gagnent bien leur vie en fournissant une couverture négative des ennemis de politiciens et de chefs d'entreprises locaux, dit RSF. Les exceptions sont les journaux indépendants « Koha Ditore » et « Zëri », qui tentent d'offrir des conditions de travail équitables. Ce sont également les deux seuls journaux crédibles du pays, qui résistent aux pressions et à l'ingérence du gouvernement.

L'absence d'une industrie de la publicité forte et indépendante constitue un autre enjeu important, parce que celle-ci peut apporter du financement et favoriser la diversité des médias. Le « Koha Ditore » peut sauvegarder son indépendance parce qu'il contrôle chaque étape de sa production et qu'il possède sa propre imprimerie, de sorte qu'il n'est pas à la merci d'un marché de la publicité sous la botte du gouvernement. Il jouit aussi d'une grande souplesse rédactionnelle et prend le temps de vérifier l'exactitude de ses articles. De nouveaux journaux font à l'occasion leur apparition, avec beaucoup d'argent, mais sans aucun soutien publicitaire, et tentent d'attirer les journalistes les plus professionnels. Mais RSF rapporte que peu d'entre eux succombent à ces offres parce que les quotidiens sont financés par des éléments criminels qui ont une position politique particulière.

Dans le secteur de la radiodiffusion, la radiotélévision publique « Radio Televizioni i Kosovës » (RTK) domine les écrans de télévision et est contrôlée étroitement par le gouvernement. RTK ne produit à peu près aucune émission politique ni débat entre points de vue politiques différents. Les journalistes de RTK sont conscients que lorsqu'ils interviewent un ministre, ils traitent avec leur employeur. « Nous nous efforçons d'inclure d'autres bandes filmées lors de nos “voyages organisés”, mais nous savons fort bien que nous perdons notre temps. Nous réalisons ces autres entrevues pour ne pas perdre la main, dans l'espoir qu'un jour nous aurons de vraies réunions de la rédaction », dit un journaliste de RTK.

Bien que la violence contre les journalistes soit rare, un engin a tout de même explosé le 20 juillet dans la cour du domicile d'un rédacteur, rapporte l'Institut international de la presse (IIP). Caslav Milisavljevic, rédacteur en chef de Radio Kosovska Mitrovica, était la cible de cette explosion. Personne n'a été blessé, mais trois voitures ont été endommagées.

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