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Un auteur britannique arrêté pour un livre sur la peine de mort; interdiction d'un film sur les prisonniers politiques

Le journaliste britannique Alan Shadrake risque deux ans de prison pour son livre sur la peine de mort à Singapour.
Le journaliste britannique Alan Shadrake risque deux ans de prison pour son livre sur la peine de mort à Singapour.

Alan Shadrake

Le gouvernement de Singapour continue d'appliquer son modèle de répression de la libre expression avec l'arrestation récemment d'un journaliste britannique pour avoir écrit un livre critique à l'égard de la peine de mort appliquée dans la cité-État, et avec l'interdiction d'un film sur d'ex-prisonniers politiques, film réalisé par un cinéaste singapourien, selon ce que rapportent l'Alliance de la presse de l'Asie du Sud-Est (Southeast Asian Press Alliance, SEAPA), Reporters sans frontières (RSF) et Amnistie Internationale.

Alan Shadrake, qui est âgé de 75 ans, est le dernier en date d'une longue liste de journalistes et de journaux internationaux inculpés après avoir publié des opinions critiques sur les dirigeants de Singapour. Il a été arrêté le 18 juillet tandis qu'il se trouvait à Singapour pour faire la promotion de son livre, « Once a Jolly Hangman: Singapore Justice in the Dock » (Il était un fois un joyeux bourreau : La justice de Singapour au banc des accusés). Il risque d'être accusé de diffamation et d'outrage à magistrat. Libéré sous caution le 19 juillet, Shadrake doit comparaître devant la Haute cour de Singapour le 30 juillet. S'il est reconnu coupable de diffamation criminelle, il est passible de deux ans de prison et d'une forte amende. Nous sommes en présence d'un abus de l'autorité judiciaire, dit RSF.

L'ouvrage contient des entrevues avec un ancien bourreau, des militants des droits de la personne, des juristes et d'anciens officiers de la police qui ont travaillé à Singapour sur des affaires dans lesquelles la peine de mort constituait un enjeu. Le gouvernement n'aime pas rendre publiques des statistiques sur la peine de mort, de sorte que l'affirmation des éditeurs, selon laquelle le livre « enfonce la façade de silence officiel et révèle des vérités troublantes au sujet du recours à la peine de mort à Singapour », a « de toute évidence écrasé des orteils sensibles », écrit le journaliste britannique Ben Bland pour Index on Censorship. Bland s'est vu refuser un visa et a été forcé de quitter Singapour en octobre dernier après y avoir travaillé pendant un an comme journaliste pigiste.

Selon le journal « The Guardian », après avoir été relâché, Shadrake a déclaré à des reporters : « Je me sens passablement secoué en ce moment... J'ai été assis à un bureau et j'ai été interrogé toute la journée, à expliquer tous les chapitres du livre : faire l'historique du livre, de ma recherche, pourquoi j'ai écrit le livre. »

L'approche implacable du gouvernement envoie clairement le message que toute personne qui pense à « de la recherche et à des débats sur des sujets délicats comme la peine de mort risque de graves conséquences », dit Bland.

Mais le livre n'est pas interdit. Bien qu'il ait été retiré de l'une des librairies les plus importantes de Singapour, l'ouvrage semble rester disponible à la Bibliothèque nationale de Singapour pour lecture de référence, quoiqu'on ne puisse l'emprunter.

Dans un autre épisode de censure, un film du cinéaste singapourien Martyn See est interdit - depuis le 14 juillet - parce qu'il est considéré comme « contraire à l'intérêt public ». L'Autorité responsable de l'aménagement des médias (Media Development Authority, MDA), qui est également à l'origine de la plainte à la police qui a mené à l'arrestation de Shadrake, a ordonné à See de retirer toutes les copies numériques du film téléchargées sur YouTube et sur son propre blogue. Le film, « Un ex-prisonnier politique parle à Singapour » ou « Dr. Lim Hock Siew », avait reçu au 12 juillet 49 903 visites.

Le gouvernement de Singapour a déclaré que le film de See « donne une vision déformée et trompeuse des arrestations et de la détention du Dr. Lim en 1963 aux termes de la Loi sur la sécurité intérieure (ISA) ». Il s'agit du deuxième film de See à être retiré de la projection publique à Singapour.

Amnistie Internationale rapporte en outre que le dirigeant du Parti Démocratique de Singapour, le Dr. Chee Soon Juan - arrêté et mis à l'amende de manière répétée - a été reconnu coupable encore une fois d'un autre délit. Il a été inculpé d'avoir donné illégalement en 2006 « une allocution publique », et condamné à verser une amende de 5 000 $ S ou à passer cinq semaines en prison, parce qu'il demandait aux gens d'acheter le journal de son parti lorsqu'ils passaient près de lui.

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