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Un journaliste britannique est reconnu coupable d'avoir dénoncé la peine de mort

L’auteur britannique Alan Shadrake à l’extérieur de la Cour suprême de Singapour. Photo non datée.
L’auteur britannique Alan Shadrake à l’extérieur de la Cour suprême de Singapour. Photo non datée.

La peine de mort est toujours légitime à Singapour - mais il semble bien qu'en parler ne l'est pas. Le journaliste britannique Alan Shadrake, qui dénonce dans son nouveau livre le recours à la peine capitale par Singapour, vient d'être reconnu coupable d'outrage, selon ce que rapportent Reporters sans frontières (RSF) et les dépêches. Il connaîtra sa sentence le 9 novembre, qui devrait se traduire par une peine de prison. Signez la pétition qui demande au gouvernement d'abandonner les accusations et de permettre à Shadrake de quitter le pays.

À son procès qui s'est ouvert le 18 octobre, Shadrake a été inculpé d'avoir tenu des propos « contraires à l'indépendance et à l'intégrité du système judiciaire de Singapour » dans son livre intitulé « Once a Jolly Hangman: Singapore Justice in the Dock » (Il était une fois un joyeux bourreau : La justice de Singapour au banc des accusés).

L'ouvrage remet en question le recours à la peine capitale par Singapour et allègue que des défendeurs qui ont des contacts, dans les affaires de drogue notamment, s'en tirent souvent avec des peines relativement légères, tandis que les pauvres et ceux qui manquent de contacts sont condamnés à mort. Ainsi, un riche trafiquant de drogue tunisien est libéré tandis que de jeunes passeurs de divers pays encourent la peine de mort.

L'ouvrage se penche aussi sur l'indépendance du système judiciaire et met en lumière les critiques adressées au système judiciaire de Singapour par Amnistie Internationale et l'Association internationale du Barreau.

L'outrage au tribunal à Singapour est passible d'une amende, d'emprisonnement ou des deux peines. Shadrake pourrait maintenant faire face à des accusations distinctes de diffamation criminelle - ce qui pourrait lui valoir une peine de deux ans d'emprisonnement.

Selon la « Press Gazette » du Royaume-Uni, le juge a déclaré dans sa décision que Shadrake avait présenté dans son livre un « contexte choisi de vérités et de demi-vérités, et parfois de faussetés totales ».

Le tribunal n'avait pas intérêt à étouffer le débat sur la peine de mort et se trouvait constitutionnellement tenu de protéger le droit de chaque citoyen de s'engager dans un tel débat, a dit le juge. Mais la loi s'interpose lorsqu'« un tel débat dépasse les limites de la critique équitable », a-t-il poursuivi.

Un avocat du bureau du Procureur général, Hema Subramanian, a déclaré la semaine dernière que le livre de Shadrake contenait « des attaques gratuites, sans fondement... qui s'en prennent directement à l'appareil judiciaire de Singapour ».

L'avocat de Shadrake, M Ravi, défenseur bien connu des droits de la personne, a fait valoir que le livre était un « examen sérieux et compatissant de la peine de mort à Singapour ».

RSF presse l'appareil judiciaire de Singapour de reconnaître l'innocence de Shadrake et de lui permettre de quitter le pays. « L'ouvrage ne contient aucune remarque diffamatoire, aucune attaque personnelle ni agression verbale visant à miner le fonctionnement du système judiciaire.

« Ce travail n'étant simplement qu'une analyse critique de l'institution et de ses méthodes à la suite d'une enquête rigoureuse et bien documentée, il ne peut constituer un outrage au tribunal », dit RSF.

Singapour a donné une alternative à Shadrake : présenter des excuses en échange du retrait de l'accusation. Mais Shadrake refuse d'être réduit au silence. Dans une lettre ouverte largement diffusée en ligne, il s'explique : « Je suis poursuivi et je risque la prison pour avoir mis au jour des scandales de la poursuite à Singapour - des scandales au sujet desquels la dictature du PAP [le parti au pouvoir] ne veut pas que les citoyens honnêtes de Singapour sachent quoi que ce soit ».

En plus des préoccupations judiciaires, Shadrake, qui est âgé de 75 ans, éprouve de graves problèmes de santé en même temps que les difficultés financières associées à son séjour prolongé et forcé à Singapour, dit RSF.

RSF a lancé une pétition internationale adressée au Premier ministre Lee Hsien Loong, l'invitant à abandonner les accusations qui pèsent contre Shadrake.

Signez la pétition ici

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