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Un blogueur slovène condamné à six mois de prison pour diffamation

Reporters sans frontières dénonce vigoureusement la condamnation du célèbre blogueur Mitja Kunstelj à six mois de prison ferme pour “diffamation” et “insulte”, le 13 mai 2013.

“Quel que soit le contenu incriminé - et il ne s'agit nullement ici de défendre les publications de Mitja Kunstelj - le simple fait que des abus de la liberté d'expression soient passibles d'emprisonnement est inacceptable. Une telle possibilité contrevient aux conventions internationales ratifiées par la Slovénie, à commencer par la Convention européenne des droits de l'homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Tout au long de sa jurisprudence, la Cour européenne des droits de l'homme affirme avec constance que la diffamation et l'insulte doivent être sanctionnées par des peines strictement limitées et proportionnées. En tout état de cause, l'emprisonnement est proscrit du fait de son caractère intimidant pour l'ensemble des acteurs de l'information”, a déclaré l'organisation.

“Cette condamnation à une peine privative de liberté doit impérativement être annulée en appel. Nous appelons instamment les autorités slovènes à dépénaliser la diffamation, et l'Union européenne à encourager de telles mesures dans chacun des Etats membres. Il en va de la crédibilité de Bruxelles dans ses relations avec son voisinage, et particulièrement avec les pays candidats à l'adhésion, incités à respecter scrupuleusement la liberté de l'information.”

Mitja Kunstelj, personnalité controversée au passé trouble dans les forces spéciales slovènes, tient aujourd'hui l'un des blogs les plus lus du pays. Dans les articles incriminés, il dévoilait de manière crue les détails de la vie privée de deux journalistes, dont il était proche autrefois. Le tribunal a justifié sa décision en se référant aux déclarations du blogueur, qui avait annoncé qu'il ne paierait aucune amende et ne cesserait pas d'écrire de tels articles. Mitja Kunstelj a également été condamné, au civil, à verser 10 000 euros de dommages et intérêts à chacun des deux plaignants. Il est encore poursuivi dans deux autres affaires.

Ce verdict intervient après plusieurs signaux inquiétants pour la liberté de l'information en Slovénie. Dans la nuit du 10 au 11 avril, des inconnus ont mis le feu au véhicule de Miran Šubic, reporter pour le quotidien Dnevnik, devant son domicile de Kranj (Nord). L'incendie s'est étendu à un garage, causant des dommages estimés à environ 50 000 euros. Le journaliste est convaincu qu'il s'agissait d'une manoeuvre d'intimidation en lien direct avec ses activités professionnelles. Miran Šubic est notamment connu pour ses investigations sur des cas de corruption au sein de la municipalité de Kranj, et de récentes enquêtes sur le trafic d'armes et de drogues dans la région.

Reporters sans frontières appelle les autorités à tout mettre en oeuvre pour identifier les auteurs et les commanditaires de cette attaque. Interrogée par l'organisation fin avril, la police a indiqué qu'elle enquêtait sur l'incident, considéré comme un “dommage porté à la propriété d'autrui” sur la base du code pénal, et qu'elle ne pouvait révéler d'autres détails du fait du secret de l'investigation.

La Slovénie, membre de l'Union européenne depuis 2004, figure à la 35e position sur 179 pays dans le classement mondial 2013 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.