RÉGIONS:

SUBSCRIBE:

Sign up for weekly updates

Des membres de l'IFEX collaborent pour plaider en faveur de la fin des actes violents envers les journalistes somaliens

Pour les journalistes somaliens, l'année 2007 fut particulièrement brutale : neuf journalistes tués, cinquante-trois professionnels des médias arrêtés et cinq médias fermés, rapporte l'Union nationale des journalistes somaliens (NUSOJ). Les atteintes à la liberté de la presse ont connu une hausse vertigineuse de quatre-vingt cinq pour cent par rapport à l'année précédente, pendant que l'instabilité politique et la guerre civile s'étendaient dans le pays.

« Cette terrible feuille de route a mérité à la Somalie le titre peu enviable de « pays le plus dangereux d'Afrique pour les journalistes » et celui de « deuxième endroit le plus dangereux du monde pour les journalistes, après l'Irak » déclare Omar Faruk Osman, secrétaire général de la NUSOJ.

Afin d'attirer l'attention sur les dangers qui menacent les journalistes dans ce pays ravagé par la guerre, Journalistes canadiens pour la liberté d'expression (CJFE) a rendu un hommage posthume en novembre 2007 au journaliste canadien d'origine somalienne Ali Iman Sharmarke en lui accordant le Prix Tara Singh Hayer, qui souligne le courage de journalistes canadiens.

En 1999, Sharmarke était retourné en Somalie après un exil au Canada, dans le but de lancer Horn Afrik – la première station de radio et de télévision indépendante du pays. Il fut tué en août dernier lorsque l'automobile dans laquelle il prenait place a roulé sur une mine télécommandée alors qu'il venait d'assister à l'enterrement d'un autre journaliste, Mahad Ahmed Elmi, qui avait été assassiné.

Efforts consentis en faveur des journalistes en exil

« En tant que journaliste, vous êtes l'ennemi de tous les groupes en Somalie, ce qui vous rend extrêmement vulnérable », affirme Falastin Ahmed Iman, une journaliste de Horn Afrik.

Iman a survécu à l'explosion qui a tué Sharmarke et elle a fui vers le Kenya peu de temps après l'incident. Elle y a rejoint plus de cinquante-cinq autres journalistes qui, l'année dernière, avaient été obligés de quitter les régions du centre-sud de la Somalie pour trouver refuge au Kenya, en Uganda, en Éthiopie et en Europe. Plusieurs de ces professionnels des médias ne possèdent ni carte d'identité, ni documents d'immigration et ils courent donc le risque d'être déportés. Ils trouvent qu'il est très difficile de subvenir à leurs propres besoins et à ceux de leur famille. Iman indique que les journalistes craignent également de perdre certaines de leurs aptitudes professionnelles et de devoir mettre fin à leur carrière, puisqu'il peut s'avérer difficile de pratiquer le métier de journaliste en exil.

Plusieurs membres de l'IFEX ont travaillé ensemble aux côtés d'autres organisations des droits de la personne afin d'appuyer, grâce à des fonds d'urgence et une aide au développement professionnel, les journalistes somaliens qui, comme Iman, vivent l'exil.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) travaille avec le Réseau des défenseurs des droits de l'homme de l'Afrique de l'Est et de la Corne d'Afrique (EHAHRD-Net) et recherche d'autres partenaires afin de bâtir un foyer d'hébergement pour les journalistes exilés de la région. En réaction à la crise en Somalie, le NUSOJ a ouvert un foyer d'hébergement à Djibouti après que les autorités eurent fermé un foyer existant qui avait été ouvert à Hargeisha (Somaliland). L'organisation a également rendu visite à des journalistes exilés en Afrique et en Europe, en adressant des lettres d'appui aux autorités responsables de l'immigration dans le but d'aider les journalistes dans leurs demandes d'asile.

« Presque tous les journalistes en exil profitent d'une protection et d'une aide financière grâce à la Fédération internationale des journalistes (FIJ), le CPJ, EHAHRD-Net, le National Endowment for Democracy (NED), Reporters sans frontières (RSF), Freedom House, le Rory Peck Trust, Journalists Help Journalists, ARTICLE 19, International News Safety Institute (INSI), l'Association mondiale des journaux (AMJ) et Amnistie internationale » indique Faruk Osman. « Ces groupes travaillent en coopération de manière à coordonner leur aide. »

Pour souligner la Journée des droits de l'homme le 10 décembre, ARTICLE 19 et la NUSOJ, avec EHAHRD-Net, Amnistie internationale et le Conseiller de l'ONU pour les droits de l'homme en Somalie, ont coordonné un événement conjoint de revendication visant à mieux faire connaître la situation des journalistes somaliens. L'initiative fut combinée au lancement d'un programme de formation de deux semaines destiné aux journalistes en exil à Nairobi au Kenya, qui comprenait notamment des ateliers sur les médias et le reportage en zone de conflit, l'autoréglementation, l'éthique des médias, les médias et les sexes, les médias et les élections et la bonne gestion des affaires publiques. L'événement fut commandité par l'Ambassade de France à Nairobi.

« Les journalistes somaliens, dont le nombre et la volonté de participer ont dépassé toutes nos attentes, ont fait preuve d'un immense enthousiasme face à la formation. Depuis le regain de violence en Somalie, il semble y avoir un besoin de plus en plus criant d'appuyer les journalistes somaliens en exil », affirme Roxanne Abdulali, responsable de programme d'ARTICLE 19 en Afrique.

Lancer un appel en faveur de la sécurité des journalistes par le biais de l'action conjointe

La situation en Somalie demeure extrêmement dangereuse pour les nombreux journalistes qui y travaillent et qui sont régulièrement victimes d'attaques verbales, de harcèlement et d'intimidation de la part des autorités gouvernementales et des chefs de guerre. De nombreuses violations de la liberté d'expression ne sont jamais rapportées, en grande partie à cause de la peur de représailles.

Les membres de l'IFEX et diverses autres organisations veillent à ce que la question de la sécurité des journalistes fasse les manchettes en Somalie et demeure à l'ordre du jour des politiciens, en poursuivant leur travail d'observation et de sensibilisation de l'opinion publique aux violations de la liberté d'expression et en continuant de mener des actions conjointes et coordonnées.

« Les discussions sur la sécurité des journalistes devraient représenter l'enjeu le plus important », affirme Thomas Hughes, directeur adjoint d'International Media Support (IMS).

Par conséquent, l'IMS organisera une rencontre informelle ce printemps entre les acteurs de soutien des médias nationaux et internationaux à l'oeuvre en Somalie, en portant une attention particulière aux environnements de la sécurité des médias et de la liberté de la presse. L'IMS a également travaillé avec ARTICLE 19 et avec d'autres membres de l'IFEX pour appuyer le développement et l'application de la loi somalienne sur les médias. Comme le souligne l'IMS, alors que le projet de loi a été approuvé par le Parlement fédéral de transition à sa première lecture en décembre 2007, il est nécessaire de le réviser en profondeur pour faire en sorte qu'il réponde aux normes internationales.

La NUSOJ va envoyer une délégation devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU en mars 2008 pour témoigner de la situation de la liberté d'expression et de la presse en Somalie, et de la situation générale des droits de la personne.
Également en mars, le CPJ prévoit une mission au Somaliland/Somalie, à l'occasion de laquelle auront lieu des rencontres avec divers représentants du gouvernement au Somaliland (Hargeisa) et en Somalie (Baidoa) pour plaider en faveur d'une protection gouvernementale des journalistes de Mogadishu et l'amendement des lois sur les médias de la Somalie/du Somaliland. Le CPJ souhaite que cette mission soit le résultat d'une collaboration. Les groupes intéressés peuvent contacter Tom Rhodes, coordonnateur de programmes du CPJ en Afrique, à l'adresse : [email protected]


Par Katie Meyer, coordinatrice des alertes et du Programme d'extension de l'IFEX

Dernier Tweet :

In #Bahrain, you can face upto 15 yrs for condemning war in #Yemen on #Twitter. This is what human rights defender… https://t.co/krMG0uZtPy