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Les lois proposées sur les médias rappellent aux protestataires les jours sombres de l'apartheid

Trente-trois ans après le « Mercredi noir », quand le régime de l'apartheid a interdit deux journaux et réprimé les militants et les associations hostiles à l'apartheid, les défenseurs de la liberté de la presse en Afrique du Sud sont descendus de nouveau dans les rues de Johannesburg pour protester contre des propositions de lois visant à réglementer les médias que « l'on n'a pas vues depuis la fin de l'apartheid », rapportent le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et l'Institut international de la presse (IIP).

Vêtus d'un T-shirt sur lequel il était écrit « J'exige le droit de savoir », et agitant des affiches et des placards sur lesquels on pouvait lire « Stoppez le projet de loi sur le secret », des dizaines de manifestants ont défilé le 19 octobre pour protester contre le projet de loi sur la protection de l'information et la proposition formulée par le Congrès National Africain (ANC), au pouvoir, d'instaurer un tribunal des médias, selon ce que rapporte le CPJ.

D'après le Freedom of Expression Institute (FXI) et d'autres groupes membres de l'IFEX, en vertu de la loi proposée de Protection de l'information, n'importe quel ministère du gouvernement aurait pleine et entière autorité pour classifier des renseignements publics comme secrets s'il y va de « l'intérêt national » - le tout sans avoir à fournir la moindre justification.

Pour le CPJ, cela inclurait des précisions sur les enquêtes criminelles, ce qui pourrait signifier moins de couverture de la police ou des affaires judiciaires. Les personnes coupables de dévoiler des informations pourraient être passibles de 25 ans de prison.

Le Tribunal d'appel sur les médias de l'ANC remplacerait le Conseil de presse d'Afrique du Sud, lequel est indépendant et bénévole, et aurait le pouvoir de décerner des peines pour les plaintes contre la presse.

La marche était organisée par la campagne Right2Know, une coalition composée de plus de 350 organisations de la société civile et de 10 000 individus. Right2Know prépare une pétition à présenter cette semaine au Parlement, dit l'IIP.

Ce mois-ci, le Forum des éditeurs d'Afrique du Sud (South African National Editors Forum, SANEF) et le groupe Print Media South Africa ont désigné une nouvelle menace : le projet de loi sur la Protection contre le harcèlement. Ce projet de loi, qui vise à lutter contre le harcèlement et à protéger la vie privée, pourrait aussi limiter sérieusement le travail des journalistes en rendant illégaux certains aspects traditionnels et légitimes du travail du reporter, dit le CPJ.

Selon le CPJ, les pressions exercées par les médias et la société civile ont déjà donné quelques résultats. Les législateurs ont révisé le projet de loi sur la Protection de l'information pour en retirer le terme vaguement défini de l'« intérêt national », qui était considéré comme une justification générale de la classification des renseignements officiels. Après la rencontre avec le SANEF, le vice-président Kgalema Motlanthe a laissé entendre publiquement que l'ANC pourrait laisser tomber sa proposition de tribunal si les médias réformaient leurs mécanismes d'autorégulation.

Pour un journaliste chevronné qui a été victime de la répression du Mercredi Noir, la position récente du gouvernement semble familière. Dans un discours prononcé récemment, Joe Latakgomo racontait les violations commises par le régime de l'apartheid, dont un grand nombre étaient commises au nom de l'« intérêt national ». Il a demandé « comment pouvons-nous oublier aussi rapidement ce qui pourrait résulter du musèlement des médias ? »

De plus, dit l'IIP, en tant que dirigeant régional, « le gouvernement sud-africain devrait reconnaître les répercussions potentiellement préjudiciables que les restrictions aux médias en Afrique du Sud peuvent avoir dans toute la région ». L'IIP attire l'attention sur la Zambie, qui envisage elle aussi de créer par la voie législative un organisme chargé de s'« auto-réglementer ».

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