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UN REPORTER INCISIF AVAIT PRÉDIT SON ASSASSINAT

Un reporter sri lankais très critique à l'égard de la guerre menée par le gouvernement contre la guérilla tamoule et qui traitait souvent de la corruption gouvernementale a été tué la semaine dernière - quelques jours à peine après avoir prédit son assassinat, selon ce que rapportent le Free Media Movement (FMM) et d'autres groupes membres de l'IFEX.

Lasantha Wickrematunge, rédacteur en chef du journal « Sunday Leader », a été abattu à bout portant le 8 janvier par deux individus pendant l'heure de pointe du matin dans une banlieue de Colombo. Selon les dépêches, il a subi une chirurgie d'urgence de près de trois heures mais a succombé à ses blessures à la tête.

Trois jours après avoir été abattu, le journal de Wickrematunge a publié une notice nécrologique évocatrice, qu'il avait lui-même écrite, « Puis ils sont venus me chercher », dans laquelle il dit que son travail le met en danger. Il avait écrit, « Lorsque finalement je serai tué, ce sera l'oeuvre du gouvernement ».

Wickrematunge accusait les autorités d'attaquer les journalistes pour restreindre la dissidence et limiter les protestations dans ce pays déchiré par la guerre. « L'assassinat est devenu l'outil essentiel de l'État qui cherche à contrôler les organes de la liberté. Aujourd'hui, ce sont les journalistes, demain, ce seront les juges », écrivait-il.

Wickrematunge, qui était l'un des meilleurs journalistes du pays, était une éminente voix critique du gouvernement de Mahinda Rajapaksa. Il accusait souvent le gouvernement de se servir de la guerre contre les Tigres tamouls pour rester au pouvoir, et il soutenait que la corruption était devenue une maladie au ministère de la Défense.

Dans son éditorial, il avait aussi critiqué les dirigeants de l'opposition, à qui il reprochait de garder le silence sur le conflit qui déchire le pays, laissant entendre que les journalistes étaient par conséquent forcés de prendre position. « Voilà pourquoi, avait-il écrit, davantage de journalistes que de politiciens d'opposition ont été attaqués ces dernières années ».

Wickrematunge avait souvent été la cible de menaces, d'agressions et de poursuites en diffamation à cause de son travail. En 2007, des assaillants avaient mis le feu à l'imprimerie de son journal. Le Secrétaire à la Défense, Gotabhaya Rajapaksa, le puissant frère du président, poursuit d'ailleurs le journal pour diffamation.

Wickrematunge était en outre un défenseur de la liberté de la presse. Il avait souvent rencontré des membres de l'IFEX lors de leurs missions internationales. « Lasantha était un constant adversaire de toutes les menaces à la liberté de la presse », a déclaré la FIJ. « Même lorsque les autres médias restaient silencieux, il se prononçait, et sa voix était souvent solitaire. Son courage et sa conviction étaient une inspiration pour tous. »

Des milliers de personnes ont assisté aux obsèques de Wickrematunge, le 12 janvier, et les ont transformées en une manifestation de protestation contre le gouvernement.

Même lorsqu'il se vante de ses victoires récentes sur les rebelles des Tigres tamouls, le gouvernement se heurte à de vivres critiques sur le plan intérieur et à l'étranger en raison de ses attaques contre les médias indépendants. Deux jours avant la mort de Wickrematunge, des individus armés ont fait irruption à la station de télévision privée MBC/MTV, accusée par les médias d'État de manquer de « patriotisme » dans sa couverture de la guerre, et ont détruit la majeure partie de son équipement.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), Human Rights Watch, la FIJ, le Comité des écrivains en prison du PEN International (WiPC), l'Institut international de la presse (IIP) et Reporters sans frontières (RSF), qui sont membres de l'IFEX, ont tous condamné la violence et l'impunité qui accompagne les agressions.

« Cette dernière attaque contre l'un des journalistes les mieux connus et les plus chevronnés du Sri Lanka confirme la crainte que l'on assiste à une campagne de terreur planifiée contre les voix critiques, menée dans la plus complète impunité », dit le FMM.

Les autorités nient les accusations et promettent une enquête en profondeur.

Le Sri Lanka se classait au 165e rang sur 173 pays dans l'index de 2008 de la liberté de la presse tenu par RSF - le rang le plus bas occupé par un pays démocratique. Deux journalistes ont été tués en 2008 au Sri Lanka et deux autres, J. S. Tissanayagam et Vettivel Jasikaran, sont actuellement en prison, accusés de sympathiser avec les rebelles et les ennemis de l'État.

Habituellement, le gouvernement reste silencieux sur les attaques contre la presse, mais le bureau du président a émis une déclaration formelle condamnant le meurtre, affirmant qu'il était « attristé et secoué » par les événements. « M. Wickrematunge était un ami très proche que je connaissais depuis de nombreuses années comme journaliste courageux », pouvait-on lire dans la déclaration. Le gouvernement a imputé sa mort aux rebelles des Tigres tamouls.

Dans sa chronique publiée après sa mort, Wickrematunge se moquait du président et prédisait que ses assassins ne seraient jamais châtiés. « Dans le sillage de ma mort, je sais que vous allez débiter toutes les affirmations moralisatrices habituelles », écrivait-il. « Mais, comme pour toutes les enquêtes que vous avez commandées dans le passé, il n'en sortira rien. »

Le WiPC demande de faire parvenir des messages d'appui au « Sunday Leader », dont les journalistes continuent de vivre sous les menaces. Envoyez vos messages à : editor (@) thesundayleader.lk
Consulter les sites suivants :
- Dernier éditorial de Wickrematunge : http://tinyurl.com/8lg2eb

- FMM : http://www.freemediasrilanka.org/English/

- CPJ : http://tinyurl.com/9dy9mz

- Human Rights Watch : http://tinyurl.com/9eeb7h

- FIJ : http://tinyurl.com/7cvmfh

- IIP : http://tinyurl.com/8tcxcb

- RSF : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=29914

- WiPC : http://tinyurl.com/7k429u

(Photo de Lasantha Wickrematunge, courtoisie du « Sunday Leader »)

(14 janvier 2009)

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"No salir del país, no brindar declaraciones y no participar en ninguna protesta", fueron las condiciones que un ju… https://t.co/0QEMyFJUrt