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Médias d'État, relais de la propagande présidentielle

(RSF/IFEX) - En violation flagrante du jugement du 15 janvier 2010 de la Cour suprême, les deux chaînes d'Etat Rupavahini et ITN continuent de favoriser de manière éhontée le président sortant Mahinda Rajapaksa dans sa course à la réélection. L'élection présidentielle prévue le 26 janvier prochain doit départager 21 candidats. Selon un monitoring précis de Reporters sans frontières, ces deux chaînes ont accordé les 18 et 19 janvier 2010, en moyenne 98,5 % de temps d'antenne au chef de l'Etat et à ses partisans. Ces pratiques violent la Constitution, notamment le septième amendement et l'article 104B qui donnent ses pouvoirs à la Commission électorale.

"Le camp présidentiel, bousculé par la candidature d'opposition du général Sarath Fonseka, use et abuse de toutes les ressources de l'Etat pour faire réélire Mahinda Rajapaksa. La propagande télévisuelle est assourdissante et les chiffres que nous publions aujourd'hui sont dignes d'un régime birman ou nord-coréen. Nous demandons à la Cour suprême et à la Commission électorale d'user de tous leurs pouvoirs pour contraindre les chaînes Rupavahini et ITN à revenir à la raison. Dans tous les cas, ce déséquilibre criant démontre que le président sortant jouit d'un avantage médiatique indigne d'une élection démocratique", a affirmé Reporters sans frontières.

Selon le monitoring réalisé les 18 et 19 janvier par Reporters sans frontières, sur 472 minutes et 15 secondes cumulées de programmes d'informations de Rupavahini et ITN, l'opposition, notamment le principal candidat Sarath Fonseka, ne se voit accorder que 7 minutes et 50 secondes, ce qui équivaut à 1,6 % du temps contrôlé. Tandis que le président, son gouvernement et son parti bénéficient de 465 minutes et 25 secondes, soit près de huit heures d'informations favorables en seulement deux jours.

Le 19 janvier, sur ITN, Mahinda Rajapaksa a obtenu 3 minutes au bulletin de 9h00, 2 minutes à celui de 10h00, 4 minutes 45 à celui de midi et 4 minutes 20 à celui en tamoul de 18h00, en revanche, il faut attendre le bulletin d'informations en cingalais de 19h00 pour avoir une couverture des activités de l'opposition (Sarath Fonseka pendant 30 secondes, l'UNP pendant 40 secondes et le JVP pendant 45 secondes). Rupavahini accorde une place écrasante au gouvernement. Ainsi, le 18 janvier, lors du bulletin d'informations en cingalais de 20h00, le gouvernement obtient 8 minutes 30 et le président 7 minutes 10, tandis que Sarath Fonseka, l'UNP et le JVP obtiennent une minute en cumulé. Il est déplorable que la vingtaine d'autres candidats soient totalement ignorés par les médias d'Etat.

Ce travail de propagande en faveur du président sortant n'est pas nouveau. A titre d'exemple, le 11 janvier, Rupavahini a diffusé en direct, pendant une heure 15 minutes, le lancement du programme présidentiel de Mahinda Rajapaksa.

Même si certains médias privés font ouvertement campagne pour l'opposition ou accordent une place plus importante aux activités de tous les candidats, la couverture extrêmement biaisée des principales chaînes de télévision a une influence indéniable sur la campagne. La chaîne privée Sirasa TV n'a pas retrouvé son ton indépendant depuis la violente attaque menée par des hommes armés en janvier 2009, à Colombo.

Cette inégalité de traitement s'accompagne d'une campagne de calomnie dans certains médias pro gouvernementaux. Sarath Fonseka a ainsi adressé des lettres à huit journaux pour obtenir des excuses suite à des articles jugés "diffamatoires" par le candidat d'opposition. Et le site du ministère de la Défense, dirigé par le frère du président, fait ouvertement campagne contre Sarath Fonseka, ancien général en chef des armées.

Le contrôle des chaînes d'Etat est devenu un enjeu crucial de la campagne électorale. Le Commissaire électoral a rappelé à plusieurs reprises les règles établies en termes d'équité, puis il a tenté d'imposer une Autorité compétente pour contrôler les chaînes, mais la présidence a résisté. Le jugement de la Cour suprême du 15 janvier ordonnant aux deux chaînes de respecter les règles établies par le Commissaire, n'a pas non plus été écouté.

Le camp présidentiel abuse également des ressources et des pouvoirs de l'Etat pour faire campagne. Ainsi, la Commission de régulation des télécommunications a contraint tous les opérateurs de téléphone à envoyer à tous leurs clients des SMS signés du président Mahinda Rajapaksa. Et des soldats ont été vus en train de coller des affiches électorales du chef de l'Etat.

Par ailleurs, les violences et intimidations contre la presse se sont multipliées. Ainsi, la journaliste du service cingalais de la BBC, Thakshila Dilrukshi, a été hospitalisée après avoir été frappée par des partisans du ministre Maithreepala Sirisena. L'agression s'est déroulée le 13 janvier à Polonnaruwa (Centre). La journaliste venait de couvrir un incident où des sympathisants du président Rajapaksa se sont battus avec ceux du candidat de l'opposition Fonseka. Son équipement ainsi que des effets personnels ont été dérobés.

Le même jour, le bureau de l'hebdomadaire proche de l'opposition "Sunday Leader", à Colombo, a été fouillé par des policiers qui possédaient un mandat. Ils ont prétendu avoir des informations concernant l'impression d'affiches "diffamatoires". Les membres du personnel ont affirmé qu'ils n'ont pas fouillé la rédaction mais ont filmé la salle d'imprimerie.

Le 16 janvier, le journaliste indépendant Jude Samantha a été agressé alors qu'il couvrait des heurts entre candidats de la majorité et de l'opposition à Madurankuliya, dans le district de Puttalam (Ouest).

Début décembre, Reporters sans frontières avait lancé un appel au calme à la suite de premiers incidents: http://www.rsf.org/Tensions-preelectorales-Reporters.html

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De quoi discutent les autres membres de l'IFEX
Le cas en détail


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