RÉGIONS:

SUBSCRIBE:

Sign up for weekly updates

Les médias d'État qualifient les journalistes de « traîtres »

Un environnement tendu pour les journalistes ? Des milliers de personnes dans les villes et les villages du Sri Lanka sont descendues dans les rues en février pour protester contre la résolution proposée par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à propos des violations alléguées des droits de la personne commises pendant la guerre civile qui a déchiré le pays
Un environnement tendu pour les journalistes ? Des milliers de personnes dans les villes et les villages du Sri Lanka sont descendues dans les rues en février pour protester contre la résolution proposée par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à propos des violations alléguées des droits de la personne commises pendant la guerre civile qui a déchiré le pays

Rohan Karunarathne/DEMOTIX

Les autorités sri-lankaises ont menacé ouvertement les journalistes qui appuient une résolution des Nations Unies demandant la tenue d'une enquête sur les violations du droit international commises pendant la guerre contre les séparatistes tamouls, selon ce que rapportent le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), Human Rights Watch, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et Reporters sans frontières (RSF). Certains officiels qualifient ces journalistes de « traîtres », et l'un d'eux a même menacé de leur casser les jambes.

La résolution du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, adoptée le 22 mars, demande la tenue d'une enquête sur les violations des droits de la personne commises par l'armée pendant la dernière phase de la longue guerre civile qu'a connue le pays.

« Dans ses vains efforts pour bloquer la résolution du Conseil, le gouvernement sri-lankais a jugé bon de mettre ses propres citoyens en danger par de vicieuses attaques personnelles contre les défenseurs des droits », déclare Human Rights Watch. « Il est à l'honneur des membres du Conseil des droits de l'homme qu'ils n'aient pas été dupes des tactiques d'intimidation du gouvernement pour éviter d'avoir à rendre des comptes. »

Les défenseurs des droits de la personne et les journalistes qui assistaient à la séance de l'ONU à Genève ont été qualifiés de traîtres et leurs photos ont été publiées dans les médias nationaux et sur des blogues, indique Human Rights Watch. La BBC rapporte que, bien que les activistes et les journalistes n'aient pas été désignés nommément, la télévision d'État sri-lankaise s'est concentrée de manière répétée sur des photographies à peine maquillées, promettant de dévoiler bientôt leurs noms et de « dénoncer d'autres traîtres ».

« La situation est très tendue ici. Nous avons eu ces derniers jours des manifestations anti-américaines et hostiles à la résolution, et maintenant nous attendons de voir qui ils vont dénoncer », a dit au CPJ une journaliste du pays.

Peut-être s'agissait-il de Sandhya Eknelygoda, épouse du journaliste et caricaturiste disparu Prageeth. Devant le juge au tribunal où elle tentait d'obtenir des renseignements sur les allées et venues de son mari, disparu le 24 janvier 2010, Sandhya a dû répondre à un violent interrogatoire de la part des avocats du gouvernement quant à sa présence à la séance du Conseil de l'ONU, selon ce que rapporte le CPJ. Avant de rentrer de Genève, elle aussi avait été dénoncée dans les médias contrôlés par le gouvernement.

Dans une autre affaire, « le ministre des Relations publiques Mervyn Silva a prévenu qu'il casserait les jambes de quelques journalistes partis à l'étranger qui ont fait diverses déclarations contre le pays, s'ils osaient remettre les pieds dans le pays », indique le journal pro-gouvernemental « Daily Mirror ». Selon le CPJ, étant donné les antécédents de violence de Silva contre les médias, les menaces doivent être prises au sérieux.

Les membres de l'IFEX ont documenté de nombreux exemples de médias d'État qui critiquent les défenseurs des droits et les journalistes qui ont appuyé la résolution ou qui ont participé à la campagne an faveur des droits de la personne.

Le « Ceylon Daily News » a par exemple attaqué trois importants défenseurs des droits et un journaliste qui militent en faveur de la résolution, alléguant qu'ils étaient des partisans des sécessionnistes du Front de libération des Tigres de l'Élam Tamoul (LTTE) et qu'ils agissaient de façon à « trahir le Sri Lanka », dit Human Rights Watch.

D'après la FIJ, les attaques ont pris une tournure particulièrement dure depuis que les principales associations de médias du pays et les syndicats de journalistes ont commémoré cette année le « janvier noir » pour protester contre l'impunité qui continue d'entourer les attaques contre la libre expression qui dans l'histoire se sont produites au mois de janvier.

Le gouvernement du Président Mahinda Rajapaksa traîne un lourd et sinistre bilan lorsqu'il s'agit de dénoncer ceux qui le critiquent, disent les membres de l'IFEX. Plus tôt ce mois-ci, les autorités militaires du Sri Lanka ont informé toutes les entreprises de presse et les médias qu'ils devraient obtenir une approbation préalable avant de publier des textes ou des SMS d'alertes contenant quelque information que ce soit sur l'armée ou la police - une restriction qui aurait été levée en août dernier.

Ceux qui écrivent sans autorisation sur l'armée ou la police « doivent s'attendre à être enlevés par une camionnette blanche », a indiqué une source au CPJ - en référence aux camionnettes blanches de marque Toyota Hi Ace, aux fenêtres fortement teintées, qui ont servi à enlever les critiques dans le passé - et qui semblent avoir effectué un retour.

Dernier Tweet :

Russia: Unknown individuals attacked Dmitry Polyanin, editor of the regional newspaper Oblastnaya Gazeta. The paper… https://t.co/q7GvROe5ES