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Après la scission, les gouvernements font taire les voix qui s'élèvent

Un jeune présentateur de la radio diffuse en direct à une station de radio locale à Turalei, au Sud-Soudan. Quelques journalistes affirment que le paysage médiatique présente un visage « familier et inquiétant »
Un jeune présentateur de la radio diffuse en direct à une station de radio locale à Turalei, au Sud-Soudan. Quelques journalistes affirment que le paysage médiatique présente un visage « familier et inquiétant »

Siegfried Modola/IRIN

Quelques heures à peine avant l'indépendance du Sud-Soudan, le quotidien populaire en langue arabe « Ajras Al-Hurriya » et cinq journaux en langue anglaise ont été suspendus - début troublant de la relation entre le nord et le sud, selon ce que rapportent le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arabic Network of Human Rights Information, ANHRI) et le groupe Index on Censorship.

Le Conseil national de la presse et des publications du Soudan (National Press and Publication Council) rapporte que les journaux ont été fermés parce que leurs propriétaires et leurs éditeurs sont originaires du Sud-Soudan et que, aux termes de la Loi sur la presse, ils doivent détenir la nationalité soudanaise, rapporte l'ANHRI.

Les autres journaux suspendus sont le « Khartoum Monitor », le « Juba Post », la « Sudan Tribune », « The Advocate » et « The Democrat ».

D'après le correspondant de Index, Abdelgadir Mohammed Abdelgadir, la plupart des journaux du Sud-Soudan appartiennent à des étrangers et sont administrés par des étrangers, certains en partenariat avec des Sud-Soudanais. Mais, fait-il remarquer, peu importe la propriété, « tous les journaux interdits critiquaient le gouvernement et avaient rapporté des affaires de corruption et des violations des droits de la personne ».

Le journal « Ajras Al-Hurriya » en particulier a couvert des affaires de violations et de crimes de guerre commis le mois dernier par les Forces armées soudanaises (SAF) et les Services de renseignement et de sécurité nationale (NISS) au Sud-Kordofan et dans les Monts Nouba, dit-il. Le journal a été retiré cinq fois de la circulation en juin, neuf fois au total depuis le début de l'année.

« Avec cette nouvelle stratégie de répression, le gouvernement du Soudan s'emploie à faire taire les voix critiques et à instaurer dans les médias une seule ligne, celle du gouvernement », dit Abdelgadir.

Pendant la période qui a mené à la scission, Reporters sans frontières (RSF) a accusé Khartoum de harceler et de poursuivre les journalistes dans le but de les empêcher de couvrir les violations les droits de la personne commises par les forces de sécurité.

« Tandis que la communauté internationale et les médias tournent leur attention sur l'indépendance future du Sud-Soudan et les combats à Abyei et dans le Sud-Kordofan, la situation des droits de la personne et de la liberté des médias reste très troublante dans le nord », disait RSF à l'époque.

Certains journalistes craignent des restrictions beaucoup plus serrées de la liberté de la presse sous la nouvelle constitution dans le nord, où le gouvernement a également menacé de renforcer la charia, la loi islamique, dit RSF.

La semaine dernière, une journaliste soudanaise a été jetée en prison pour un mois et son éditeur a été mis à l'amende pour avoir publié des reportages sur le viol présumé d'une militante de l'opposition par des éléments des forces de sécurité, rapportent RSF, Index et l'ANHRI.

Fatima Ghazali est la première de plusieurs journalistes à subir un procès pour des articles qu'elle a écrits sur Safiya Ishaq, une jeune activiste qui a affirmé dans des vidéos affichés en ligne avoir été violée à répétition par trois officiers de la sécurité après son arrestation à Khartoum en février.

Ghazali a été reconnue coupable d'avoir publié des mensonges et a été condamnée à verser une amende de 2 000 livres soudanaises (620 $US) ou à passer un mois en prison, a déclaré son procureur aux journalistes. Elle a choisi la prison.

Son rédacteur en chef au quotidien soudanais « Al-Jarida », Saad al-Din Ibrahim, s'est vu intimer l'ordre de payer une amende de 5 000 livres soudanaises.

Six autres journalistes et rédacteurs qui ont été inculpés du même délit attendent l'audition de leur affaire.

Par ailleurs, ce qui se passe dans le paysage médiatique du Sud-Soudan semble « familier de façon troublante », ont déclaré des journalistes à « Al Jazira ». Six mois après que la population eut voté à une écrasante majorité en faveur de l'indépendance, les journalistes locaux disent qu'ils doivent affronter les mêmes difficultés auxquelles ils se heurtaient sous le régime de Khartoum - descentes dans les entreprises de presse, arrestations, intimidation et autres restrictions à la liberté des médias.

Les journalistes sud-soudanais disent qu'ils continuent d'œuvrer à sauvegarder dans la nouvelle constitution l'espace pour les médias indépendants et des lois sur les médias du pays le plus récent du monde.

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