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Soudan : Absence de justice pour les massacres de manifestants

De gens portent des photos des présumées victimes des attaques gouvernementales à Khartoum, le 4 octobre 2013
De gens portent des photos des présumées victimes des attaques gouvernementales à Khartoum, le 4 octobre 2013

REUTERS/Stringer

Les autorités soudanaises n'ont toujours pas rendu justice pour la répression meurtrière de manifestations anti-gouvernementales en septembre 2013, au cours de laquelle plusieurs dizaines de civils ont été tués, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Les autorités devraient libérer toutes les personnes encore détenues pour des motifs politiques, et enquêter sur les allégations de mauvais traitements et de torture à l'encontre de détenus.

« Le Soudan devrait prendre des mesures suite aux preuves indiquant que ses forces ont tué plusieurs dizaines de personnes lors des manifestations, procédé à des arrestations arbitraires et torturé des détenus », a déclaré Daniel Bekele, directeur de la division Afrique de Human Rights Watch. « Or, au lieu d'enquêter sur ces crimes, le gouvernement soudanais continue de recourir à la violence pour réduire au silence les opposants présumés. »

Le rapport de 32 pages, intitulé « 'We Stood, They Opened Fire': Killings and Arrests by Sudan's Security Forces during the September Protests » (« 'Nous étions là, et ils ont ouvert le feu' : Meurtres et arrestations aux mains des forces de sécurité soudanaises au cours des manifestations de septembre »), décrit les homicides illégaux, les détentions arbitraires, les mauvais traitements et la torture de détenus, et d'autres graves exactions commises par les forces de sécurité gouvernementales.

Les manifestations ont été déclenchées le 23 septembre à Wad Madani, en réaction à de nouvelles mesures d'austérité économique et à la hausse des prix, et se sont ensuite propagées à Khartoum, la capitale, ainsi qu'à d'autres villes. Le gouvernement soudanais a réagi en déployant des forces de police et de sécurité, qui ont utilisé des balles réelles, des gaz lacrymogènes et des matraques pour disperser les manifestations. Un total de 170 personnes ont été tuées.

Ces manifestations se sont produites dans un contexte plus large de répression politique et de violations généralisées des droits humains, ainsi que des conflits qui se poursuivent encore dans les régions du Darfour, du Kordofan du Sud et du Nil Bleu. Le Darfour a récemment subi une forte hausse du nombre d'attaques menées par le gouvernement contre des villages. Le président soudanais Omar el-Béchir figure parmi quatre personnes recherchées par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes présumés au Darfour ; il fait notamment l'objet d'accusations de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.

Les forces gouvernementales soudanaises ont été impliquées dans la mort et les blessures causées à des manifestants ainsi qu'à des passants qui se trouvaient sur les lieux des manifestations de septembre 2013, a précisé Human Rights Watch. Le gouvernement a contesté le nombre de victimes et a nié la responsabilité des forces de sécurité dans ces exactions. Bien que les ministres de l'Intérieur et de la Justice aient annoncé la création de deux commissions d'enquête, les seules conclusions rendues publiques à ce jour concernent ​​les dommages qui auraient été causés par les manifestants, plutôt que les décès ou les allégations d'arrestations illégales et de mauvais traitements.

Des témoins ont expliqué à Human Rights Watch comment les autorités ont également empêché les familles des victimes d'obtenir justice. Les responsables des hôpitaux n'ont pas fourni de dossiers médicaux, et la police et les procureurs ont refusé d'effectuer des enquêtes ; sur plus de 50 plaintes déposées par des membres des familles, une seule est parvenue au tribunal. Les avocats chargés de cette affaire ont déclaré que l'identité du criminel était connue et que la famille de la victime pouvait fournir des preuves. Mais dans la grande majorité des cas, les autorités n'ont pris aucune mesure, faisant supporter aux familles des victimes la charge d'identifier et de fournir des preuves de l'identité des criminels, ce que la plupart des familles ne sont pas en mesure de faire.

Compte tenu du fait que le Soudan s'est abstenu d'enquêter ou de rendre justice, la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples devrait intervenir pour examiner les crimes et les violations connexes, selon Human Rights Watch. La Commission se réunit à Luanda le 28 avril.

Avant les manifestations, la police et les fonctionnaires du Service national du renseignement et de la sûreté (National Intelligence and Security Service, NISS) ont arrêté des membres des partis d'opposition ainsi que des militants des droits humains et, en collaboration avec la police et d'autres forces de sécurité, ont continué à arrêter des personnes lors des manifestations tout au long de la semaine. La police et les autorités du NISS ont arrêté plus de 800 personnes dans divers endroits, selon les organisations soudanaises qui ont suivi les événements.

Un grand nombre de ces personnes ont été libérées quelques jours après, souvent à la suite de procès sommaires aboutissant à des peines de flagellation ou à des amendes, mais d'autres ont été détenues pendant des semaines ou des mois sans inculpation ni accès à leur famille ou à des avocats. D'anciens détenus ont déclaré à Human Rights Watch qu'ils avaient été battus, insultés, privés de sommeil et maintenus pendant de longues périodes en cellule d'isolement.

Un membre d'un parti d'opposition originaire du Darfour a indiqué que des responsables de la sécurité l'ont forcé ainsi que d'autres détenus à s'asseoir dans une cour en pleine chaleur pendant plusieurs heures après leur arrestation. Il a ensuite été enfermé dans une cellule climatisée de trois mètres carrés à des températures très froides sous des lumières vives, et privé de sommeil, de nourriture correcte et d'assistance médicale pendant une grande partie du mois suivant. Un journaliste, Mohamed Ali Mahamadu, a été détenu en cellule d'isolement pendant plus de 60 jours et soumis à des lumières vives, des menaces de mort, des insultes et des passages à tabac intermittents.

La torture est interdite selon le droit international, et le Soudan devrait respecter cette interdiction absolue, enquêter de façon proactive sur toutes les allégations de torture et traduire en justice les agents des forces de l'ordre responsables. Le Soudan devrait ratifier la Convention contre la torture, a ajouté Human Rights Watch.

Le 6 avril 2014, le président el-Béchir a déclaré qu'il allait libérer tous les « détenus politiques » et assouplir les restrictions sur les partis d'opposition et les médias. Cependant, des organisations soudanaises de défense des droits humains ont signalé qu'un grand nombre de personnes, notamment des étudiants du Darfour et le blogueur Ahmed Tajeldin Arja, sont toujours détenus par le NISS sans inculpation, en raison de leurs opinions politiques réelles ou supposées. Certains sont détenus depuis septembre 2013.

« Les dirigeants du Soudan devraient respecter les droits civils et politiques fondamentaux, en particulier compte tenu de la dissidence au cours de cette période de transition politique », a conclu Daniel Bekele. « Ils devraient commencer par rendre justice aux victimes de la répression de septembre et libérer les prisonniers. »

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