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BRUSQUE FLAMBÉE DE LA RÉPRESSION DES DISSIDENTS

Deux militants des droits de la personne condamnés à trois ans de prison pour avoir signé une pétition sont les dernières victimes de la répression par la Syrie des défenseurs des droits de la personne et des critiques, rapportent Reporters sans frontières (RSF) et Human Rights Watch.

Au premier anniversaire de leur arrestation en mai dernier, le journaliste Michel Kilo et le militant Mahmoud Issa ont été reconnus coupables cette semaine d'avoir « affaibli le sentiment national » pour avoir signé la Déclaration Beyrouth-Damas, qui appelle à de meilleures relations avec le Liban.

« Nous ne sommes pas des criminels, nous sommes des patriotes », a déclaré Kilo après la lecture du verdict, rapporte le site web d'Al Jazirah.

Deux autres militants, Suleiman Shummar et Khalil Hussein, ont été condamnés in absentia à 10 ans de prison pour des charges similaires, dit Al Jazirah.

Les « prisonniers de conscience » se joignent à l'éminent avocat et défenseur des droits de la personne Anouar al-Bunni, condamné à cinq ans de prison le 24 avril pour avoir lui aussi été signataire de la déclaration et avoir « répandu de faux renseignements nuisibles à l'État », rapporte Human Rights Watch. La déclaration était signée par plus de 300 ressortissants syriens et libanais.

« Nous dénonçons les graves dysfonctionnements de la justice syrienne qui condamne à de lourdes peines de prison tout individu qui ose exprimer des opinions ne s'accordant pas avec la pensée baassiste », dit RSF. Les marges de manoeuvre des journalistes et des activistes des droits de l'homme sont extrêmement limitées. »

Gamal Eid, du Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (HRinfo) et deux autres avocats défenseurs des droits de la personne se sont rendus à Damas le 18 avril pour assister au procès de Kilo, qui a par la suite été annulé et remis à plusieurs reprises. HRinfo et Eid subissent eux-mêmes des pressions de l'Égypte, dans une conjoncture où le gouvernement égyptien semble disposé à réprimer la dissidence. Les mesures dirigées contre la libre expression en Égypte semblent influencer la Syrie et d'autres pays de la région.

Il y a moins d'une semaine, un autre militant des droits de la personne a été condamné à 12 ans de prison - et aux travaux forcés - pour un voyage aux États-Unis et en Europe, rapporte Human Rights Watch. Le Dr. Kamal al-Labouani a été reconnu coupable d'avoir « communiqué avec un pays étranger et de l'avoir incité à entreprendre une agression contre la Syrie ». Al-Labouani a été arrêté à son retour à l'automne de 2005, après un séjour de deux mois aux États-Unis et en Europe où il avait rencontré des responsables de gouvernements, des journalistes et des organisations de défense des droits de la personne, et appelé à la réforme démocratique en Syrie.

La Syrie vit sous l'empire de la loi d'urgence depuis que le parti Baas s'est emparé du pouvoir à la faveur d'un coup d'État en 1963 et qu'il a interdit toute opposition politique. D'après Al Jazirah, le gouvernement syrien, dirigé par Bashir al-Assad, demeure sensible aux critiques de sa politique libanaise, après le retrait de ses troupes du pays à la suite de l'assassinat en 2005 de Rafiq al-Hariri, l'ancien premier ministre du Liban. Assad a été désigné à l'unanimité, vendredi dernier, par le parlement, dominé par le parti Baas, pour exercer un deuxième mandat de sept ans.

Au début mai, à la suite de la publication d'un rapport exhaustif du Centre syrien pour les médias et la liberté d'expression (Syrian Center for Media and Freedom of Expression, SCM) sur « Les médias et la liberté d'expression en Syrie en 2006 », Mazen Darwish, chef du SCM et rédacteur en chef du site web « Syria View », interdit, a été empêché de sortir de Syrie pour participer au Maroc à une conférence sur la libre expression. Cette conférence était organisée par le Groupe de travail sur la libre expression en Afrique du Nord (GTLEAN).

« Le gouvernement syrien accélère sa répression de la libre parole et du militantisme non violent », dit Human Rights Watch. « Les militants non violents paient un prix élevé pour exprimer leur opinion. »

Devant la dureté des peines infligées récemment, on craint de plus en plus pour le sort de centaines d'autres prisonniers de conscience dont les procès approchent de leur conclusion. Kilo et Issa, comme al-Bunni et al-Labouani, ont été traduits devant la Cour criminelle, sans un accès convenable à leurs procureurs, rapporte Amnistie Internationale. Selon Human Rights Watch, à la suite de la condamnation d'al-Bunni, al-Labouani et d'autres prisonniers politiques ont fait sortir clandestinement une lettre conjointe où ils disent que les détenus « devraient ne pas se sentir seuls, et qu'il y a de l'espoir pour une résolution pacifique de la crise des libertés et des droits de la personne en Syrie ».

Amnistie a lancé une action urgente de solidarité. Prenez une photo de vous-même avec à la main un message de solidarité pour les prisonniers de conscience syriens et envoyez-la par couriel à : [email protected] Votre photo s'ajoutera à la tribune des activités d'Amnistie pour appuyer les prisonniers. Aussi, écrivez aux autorités syriennes pour qu'elles mettent fin à la persécution des prisonniers politiques syriens. Pour trouver les adresses et pour d'autres précisions sur la campagne, aller à : http://web.amnesty.org/pages/syr-040507-action-eng

Consulter les sites suivants :
- Travail de Human Rights Watch sur la Syrie : http://tinyurl.com/2ylkmq
- HRinfo : http://www.hrinfo.net/en/
- Cairo Institute for Human Rights Studies (CIHRS) : http://tinyurl.com/283vqm
- Al Jazirah : http://tinyurl.com/2n4drn
- Comité international d'appui à Michel Kilo :
http://www.michelkilo.com/index.eu.htm
- Organisation nationale des droits de la personne en Syrie :
http://www.nohr-s.org
- Free Syria : http://www.infos-syria.org/
- Organisation arabe de défense des droits de la personne en Syrie (AOHRS) : http://www.aohrs.org
(Photo, de haut en bas et de gauche à droite : Michel Kilo, Kamal al-Labouani, Anouar al-Bunni et Mahmoud Issa. Photo courtoisie d'Amnistie Internationale)

(15 mai 2007)

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