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En dépit des concessions, la répression continue

Une image fixe tirée d’une séquence vidéo montre la foule transportant un cercueil le 25 mars lors des obsèques des manifestants tués dans des affrontements antérieurs à Dara’a, en Syrie
Une image fixe tirée d’une séquence vidéo montre la foule transportant un cercueil le 25 mars lors des obsèques des manifestants tués dans des affrontements antérieurs à Dara’a, en Syrie

Reuters

Le Président de la Syrie Bachar al-Assad a libéré 260 prisonniers politiques et promis que les forces de sécurité allaient cesser de tirer sur les manifestants, mais le sort des journalistes et des manifestants syriens n'en est pas plus sûr pour autant. Le bilan des morts en raison des protestations qui se sont déroulées dans la ville méridionale de Dara'a se situe à 61; certains journalistes sont détenus, et le black-out des nouvelles est appliqué par la violence, selon ce que rapportent Human Rights Watch et d'autres groupes membres de l'IFEX. De plus, des journalistes et des dissidents détenus avant le soulèvement n'ont pas été relâchés, tandis que restent en vigueur les lois qui criminalisent la parole.

Dans un discours prononcé aujourd'hui 30 mars, al-Assad n'a pas répondu à l'espoir qu'il allait lever l'état d'urgence en vigueur depuis 1963. « Il est extrêmement décevant que le Président al-Assad n'ait rien fait de plus que répéter les mêmes vagues promesses de réforme qu'il formule depuis plus d'une décennie », dit Human Rights Watch. « Ce qu'il faut immédiatement, si les autorités veulent restaurer un semblant de crédibilité, ce sont des actions concrètes en vue de démanteler les tribunaux spéciaux de Syrie et d'abolir les dispositions qui criminalisent la liberté de parole, d'assemblée et d'association. »

Pendant la crise actuelle, « les agressions physiques, les arrestations, les interdictions de se rendre dans certaines régions, les déportations et les disparitions semblent toutes compter parmi les mesures obsolètes et archaïques utilisées par les autorités pour intimider les journalistes qui tentent de travailler de manière indépendante et professionnelle », dit Reporters sans frontières (RSF).

Les autorités syriennes resserrent la sécurité ces derniers jours afin d'appliquer un black-out des nouvelles sur les manifestations antigouvernementales et sur la réponse impitoyable du gouvernement.

Les journalistes sont interdits de se rendre dans la ville méridionale de Dara'a, foyer des troubles politiques et où, d'après Human Rights Watch, au moins 61 personnes ont perdu la vie depuis le 18 mars, dont un grand nombre lorsque les forces de sécurité ont tiré à balles réelles pour disperser les manifestants. Le Président al-Assad a promis une enquête sur les fusillades, dont il a ordonné l'arrêt pendant ;les manifestations.

Le 25 mars, les journalistes ont été forcés de rentrer dans la capitale dans des convois escortés par les forces de sécurité « pour leur propre sécurité » et se sont fait dire qu'ils devraient obtenir du ministère de l'Information un permis s'ils voulaient poursuivre leurs reportages. Les autorités syriennes ont révoqué les accréditations de presse du correspondant en chef de Reuters Khaled Oweis, pour cause de « fausse » couverture, et lui ont ordonné de quitter le pays, rapporte RSF.

Les autorités syriennes ont expulsé le 28 mars le producteur de Reuters Ayat Basma et le cameraman Ezzat Baltaji, tous deux de nationalité libanaise, après les avoir détenus pendant deux jours, selon ce que rapportent le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et RSF. Selon un officiel syrien, les deux journalistes ont été arrêtés près de la frontière libanaise parce qu'ils n'avaient pas l'autorisation de travailler dans le pays et qu'ils filmaient « dans un secteur où il n'est pas permis de le faire ».

Bien que le gouvernement ait remis en liberté quelque 260 détenus, le blogueur kurde Kamal Hussein Sheikhou, le blogueur Ahmed Hadifa et le journaliste et écrivain Mohamed Dibo - tous arrêtés lors des troubles récents - sont toujours détenus, indiquent RSF et l'Institut international de la presse (IIP). L'IIP rapporte en outre que le journaliste et blogueur Khaled Elekhetayar a été vu pour la dernière fois le 21 mars, et que sa page Facebook a été piratée.

Deux autres journalistes, Doha Hassan, qui travaille pour Orient TV et plusieurs sites web, ainsi que Zaher Omareen, ont été arrêtés le 27 mars et seraient détenus par les forces de sécurité de l'État, selon RSF.

Par ailleurs, Ali Al-Abdallah, journaliste et écrivain qui purge une peine de 18 mois de prison pour « avoir tenté de nuire aux relations entre la Syrie et un autre État », est toujours incarcéré, dit RSF. Depuis l'arrivée d'al-Assad au pouvoir et avant la dernière vague de répression, Human Rights Watch avait déjà documenté l'arrestation de 92 personnalités politiques éminentes et défenseurs des droits de la personne.

D'après le CPJ et l'IIP, les autorités syriennes ont aussi eu recours à la censure. Une chaîne de télévision privée diffusée par satellite et dont le siège est à Dubai, Orient TV, qui a largement couvert les protestations de Dara'a, est brouillée depuis le 25 mars. Les dépêches affirment en outre que des officiels syriens ont fait des appels téléphoniques de harcèlement et de menaces auprès des employés d'Orient TV, laissant entendre que les journalistes pourraient être traités comme des espions et leurs familles être persécutées.

Selon ce que rapporte le CPJ, un conseiller principal du Président, Buthaina Shaaban, a, au cours d'une conférence de presse le 24 mars, adopté la ligne dure à propos de la couverture médiatique. « Il y a eu beaucoup d'exagération et bien des choses imprécises ont été dites par les médias d'information. Et nous pouvions voir que ceux-ci n'étaient pas disposés à rapporter la situation telle qu'elle était exactement », a déclaré Shaaban, qui faisait allusion aux manifestations de Dara'a. Shaaban a ajouté que « la télévision de l'État syrien dit la vérité, et personne d'autre ».

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  • Poursuite du black-out

    Agressions, arrestations, interdictions d'accéder à certaines parties du territoire, expulsions, disparitions, etc, telles sont les mesures mises en place par les autorités pour intimider les journalistes qui cherchent à faire leur métier de manière libre, indépendante et professionnelle.



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