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La Ligue arabe rompt le silence et condamne le massacre des manifestants par Assad; des journalistes disparaissent

La ville portuaire de Latakia est assiégée cette semaine tandis que le régime du Président poursuit sa guerre contre les dissidents syriens
La ville portuaire de Latakia est assiégée cette semaine tandis que le régime du Président poursuit sa guerre contre les dissidents syriens

Reuters

Tandis que le Conseil de sécurité des Nations Unies et la Ligue arabe exigent que le régime syrien mette fin à sa sanglante répression des manifestants, les forces de sécurité poursuivent leur brutal assaut, rapportent Human Rights Watch et le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arab Network for Human Rights Information, ANHRI). Au mépris des exigences internationales, la poussée militaire agressive du Président Bachar al-Assad pour annihiler les manifestations pendant le mois sacré du Ramadan a fait 40 morts au cours de la dernière semaine dans la ville portuaire de Latakia. Le régime a aussi enlevé des journalistes et des blogueurs dissidents tandis qu'il poursuit sa guerre contre l'information, selon ce que rapporte Reporters sans frontières (RSF).

Dans une déclaration de son secrétaire général le 7 août, la Ligue arabe, qui comprend les 22 pays du monde arabe, s'est enfin prononcée sur la Syrie et a invité le régime à cesser la répression des manifestations. La position de la Ligue a commencé à changer la semaine dernière lorsque le Koweït et le Qatar, qui sont membres du Conseil de coopération des États arabes du Golfe, ont critiqué la brutalité incessante des forces de sécurité syriennes. L'Arabie saoudite a rappelé son ambassadeur à Damas mais n'a pas dénoncé les actions du gouvernement syrien. Bahreïn a également rappelé son ambassadeur.

La Ligue arabe n'a toutefois suggéré aucune mesure précise. Dans une lettre, Human Rights Watch presse le secrétaire général de convoquer une réunion d'urgence des ministres des Affaires étrangères des États membres de la Ligue. La lettre demande à la Ligue de faire pression sur le régime Assad pour qu'il accorde un accès sans entraves au pays aux agences et aux travailleurs humanitaires internationaux, à une mission d'enquête mandatée par l'ONU, ainsi qu'à des observateurs et à des journalistes indépendants.

« Le peuple syrien, en cette période de grave oppression, mérite de faire entendre sa voix », dit Human Rights Watch. Le Secrétaire général Nabil al-Arabi et la Ligue arabe « ne doivent pas se limiter à des mots d'inquiétude lorsque les chars d'assaut syriens abattent les manifestants dans les rues ».

La déclaration du 3 août du Conseil de sécurité des Nations Unies invite la Syrie à coopérer pleinement avec le Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH), qui enquête sur les violations des droits en Syrie.

Depuis la déclaration de l'ONU, cependant, les forces syriennes ont investi les villes de Deir al-Zor, Daraa, Saraqeb, Hoola et Maaret al-Nu'man, et ont intensifié la répression à Hama. Au moins 100 personnes ont été tuées dans le siège de Hama, qui a commencé le 31 juillet, l'eau, l'électricité et les communications ayant été coupées lorsque les chars ont envahi le centre de la ville le 3 août.

Les forces armées ont tué au moins 231 manifestants antigouvernementaux depuis le 1er août, ce qui porte à 2 000 environ le nombre des civils tués par le gouvernement depuis la mi-mars, indique Human Rights Watch.

À Latakia cette dernière semaine, les chars ont bombardé les districts habités par des sunnites pauvres, disent les dépêches. Les forces de sécurité ont procédé ensuite à des arrestations à grande échelle dans les environs de la ville. L'assaut a aussi forcé des milliers de réfugiés palestiniens à fuir la ville portuaire.

L'ANHRI appelle la communauté internationale à faire pression auprès des autorités syriennes et à sauver les civils d'un régime qui a perdu toute légitimité en répondant par des balles à l'expression non violente de la dissidence.

Les groupes locaux de défense des droits de la personne rapportent que les forces de sécurité détiennent jusqu'à maintenant plus de 10 000 activistes, protestataires et même de simples passants. Les témoignages d'homicides systématiques et d'exécutions extra-judiciaires, de disparitions forcées et de torture perpétrés par les forces de sécurité syriennes laissent entrevoir des crimes contre l'humanité, dit Human Rights Watch.

« Nous craignons que le régime de Bachar al-Assad ne se soit enfermé dans une frénésie de répression qui a atteint le point de non retour », indique RSF. « Isolées sur la scène internationale, surtout depuis le retrait de nombreux ambassadeurs arabes et l'accroissement de la pression de la communauté internationale, les autorités persistent à censurer tout propos qui diffère du leur, incarcèrent les citoyens en ligne et les journalistes témoins de la violence exercée contre les manifestants. »

D'après RSF, Myriam Haddad, une journaliste qui travaille au magazine « Mouqarabat », a été enlevée le 11 août du Café Havana, situé au centre de Damas. Le même jour, le journaliste Sami al-Halabi était gravement tabassé et arrêté par des agents du renseignement. Le blogueur Jehad Jamal a été emprisonné le 4 août, après avoir déjà été incarcéré à de nombreuses reprises. Quatre autres journalistes ont été enlevés par des agents de sécurité le matin du 4 août d'un café dans le district de Jaramana, dans la partie sud de Damas.

Les membres de l'IFEX rapportent qu'un nombre croissant de journalistes et de blogueurs sont détenus et torturés ou disparaissent. Des gens sont enlevés en se rendant au travail, ou sont arrêtés à des postes de contrôle, épinglés à la terrasse de cafés ou arrêtés parce qu'ils couvrent des manifestations.

Les groupes Freedom House et Human Rights Watch mettent en oeuvre une stratégie distincte pour faire pression sur le régime Assad et demandent l'application de sanctions visant les secteurs syriens du gaz et du pétrole, et que l'Union européenne (UE) gèle les avoirs des sociétés gazières et pétrolières de Syrie, afin de lier la levée des sanctions à la fin de l'emploi de la force immodérée et mortelle contre des manifestants non violents. L'UE a déjà gelé les avoirs de 35 officiels syriens et de quatre entités en réponse aux violations des droits en Syrie. Des activistes syriens appellent également le Canada et d'autres pays qui commercent avec la Syrie à imposer des sanctions.

ADDITIONAL INFORMATION
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  • La guerre de l'information se poursuit

    Isolées sur la scène internationale, les autorités persistent à censurer tout discours contraire au leur, en emprisonnant net-citoyens et journalistes, témoins des violences contre les manifestants, dit RSF.



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