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Des collectifs anonymes de la Syrie: documenter la vie au milieu du chaos

Ceci est le premier article d'une série de quatre sur les hommes et les femmes qui éclairent certaines des régions les plus sombres de la Syrie, souvent à leurs risques et périls.

Des hommes jouent aux échecs devant un bâtiment décrépit à Maaret al-Naaman, une région contrôlée par des rebelles, dans la province d'Idlib, en Syrie, le 19 octobre 2015
Des hommes jouent aux échecs devant un bâtiment décrépit à Maaret al-Naaman, une région contrôlée par des rebelles, dans la province d'Idlib, en Syrie, le 19 octobre 2015

Reuters/Khalil Ashawi

Cela fait plus de quatre ans que le conflit syrien fait rage. Ce qui a commencé comme une confrontation entre le régime de Bashar al-Assad et des contestataires syriens a vite tourné en une guerre dans laquelle plus de 70 groupes rebelles se battent les uns contre les autres, les forces du régime et les groupes armés affiliés au régime, ainsi qu'une organisation terroriste qui a réussi à semer la peur dans les cœurs des gens qui se trouvent pourtant très éloignés du conflit lui-même.
Maintenant plus que jamais, l'histoire d'une guerre aussi complexe que celle-ci a besoin d'être racontée d'une manière responsable, équilibrée, et digne. Mais au cours du conflit, ce processus aussi a subi des changements drastiques. Là où autrefois les correspondants internationaux de guerre chevronnés pouvaient être cités pour témoigner des événements qui se déroulent sur le terrain, aujourd'hui, seulement ceux qui ont un intérêt personnel dans la reconstruction du pays sont prêts à risquer leurs vies non seulement pour obtenir les nouvelles, mais aussi pour donner la parole aux Syriens de l'intérieur du pays.

Plus de quatre années de conflit, la Syrie est devenue un cimetière pour les journalistes locaux et internationaux. Selon le Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ), au moins 86 journalistes ont été tués depuis 2011. Plus de 90 journalistes ont été enlevés dans le pays depuis le début du conflit et environ 25 journalistes sont actuellement portés disparus. Maintenant la plupart de grandes entreprises de presse refusent d'envoyer leur personnel couvrir le conflit, les pigistes internationaux jugent le pays trop dangereux pour s'y aventurer et des journalistes locaux, comme la plupart des citoyens, choisissent de demander l'asile ailleurs.

En dépit de ces développements, l'information est encore largement disponible. Des images de la souffrance sont encore diffusées à travers le monde. Mais cette fois par des Syriens ordinaires sans formation dans la profession de journaliste. Des Informations quittent la Syrie à l'état brute, sans aucun traitement, prêtes à tout usage et abus par toutes les parties impliquées dans la guerre. Toutefois, cette nouvelle génération de journalistes citoyens a, de plus en plus, développé ses compétences, son expertise et ses supports de communication.

« Jamais dans l'histoire syrienne le paysage médiatique n'a été aussi riche et diversifié: des réseaux de journalistes citoyens, des journaux en ligne et imprimés, des sites d'information, des magazines, des groupes sur Facebook, des radios, des blogueurs individuels et des activistes du net, des téléviseurs, des assemblées du web. Ils contribuent tous à façonner un espace incroyablement vital et pluraliste pour l'échange des faits et des opinions. Malgré la fragilité et les conditions difficiles qui caractérisent cet environnement culturel, c'est aussi sur ces médias que l'idée d'une future Syrie est dessinée et négociée », a écrit Enrico De Angelis pour openDemocracy, un magazine électronique qui a conclu un partenariat avec le projet des médias numériques indépendants Syria Untold (La Syrie non racontée), en vue d'archiver et de fournir un contexte aux flots d'informations venant de la Syrie.

En novembre 2015, IFEX a parlé à des personnes travaillant avec quatre collectifs syriens indépendants fonctionnant de manière anonyme à l'intérieur du pays déchiré par la guerre, pour savoir ce qui les motive à continuer leur travail en dépit de graves et souvent mortels risques qu'ils encourent. Chacun des quatre collectifs a perdu au moins un de ses membres à la guerre.

Nous commençons par ceux qui travaillent dans l'une des villes les plus périlleuses en Syrie aujourd'hui: la ville septentrionale de Raqqa, tombée en janvier 2014 et surnommée la capitale de l'organisation auto-proclamée État islamique, largement connu sous le nom de Daesh dans le monde arabe. Au cours des prochains jours, nous présenterons trois autres groupes qui travaillent pour documenter la vie dans leur patrie déchirée par la guerre.


Partie 1: Raqqa qu'on égorge en silence (@Raqqa_SL)

Ce que la communauté internationale sait de la vie à Raqqa sous le règne brutal et oppressif de Daesh, elle le sait grâce au travail courageux des activistes anonymes qui composent le groupe Raqqa qu'on égorge en silence (RBSS), qui a récemment reçu le Prix international de la liberté de la presse du Comité de Protection des Journalistes.

Les combattants militantes de Daesh agitent des drapeaux lors qu'ils participent à un défilé à Raqqa, en Syrie, le 30 juin 2014
Les combattants militantes de Daesh agitent des drapeaux lors qu'ils participent à un défilé à Raqqa, en Syrie, le 30 juin 2014

Reuters/Stringer

En avril 2014, quatre mois après que la ville soit tombée aux mains du groupe Daesh, 17 activistes et natifs de Raqqa - hommes et femmes qui s'étaient soulevés contre le régime du président Assad seulement pour se retrouver sous le règne brutal d'un autre - se sont réunis et ont décidé de documenter la vie sous Daesh. Depuis cette époque, Raqqa a été changée d'une ville syrienne normale où les enfants allaient à l'école, les chrétiens et les musulmans vivaient ensemble et les femmes travaillaient dans des bureaux, des cliniques et des restaurants, en une ville drapée de noir – à l'image du sinistre drapeau du groupe Daesh. Les activistes du RBSS ont commencé à utiliser leurs téléphones portables pour enregistrer et diffuser des vidéos et des images de flagellations publiques, de décapitations, des abus sexuels et d'autres formes d'oppression.
Quelques semaines après le lancement de ce travail, Daesh avait commencé à appeler le groupe d'activistes du nom de « ennemi de Dieu » et à chercher à punir tout celui qu'ils estimaient être lié aux activistes. Peu de temps après, RBSS a été témoin de la mort d'un de ses membres fondateurs.

Al-Moutaz Bellah Ibrahim, 21 ans, a été enlevé et détenu par Daesh pendant trois semaines avant d'être exécuté sur une place publique à Raqqa. Choqués et attristés, mais refusant d'abandonner, ses collègues ont décidé de renforcer et de sécuriser davantage leurs moyens de communication. Certains d'entre eux ont quitté la ville pour la Turquie et d'autres pays en Europe et ont pris la responsabilité de la majorité du travail au travers des médias sociaux. D'autres sont restés sur le terrain et ont trouvé des moyens pour fournir secrètement leurs collègues à l'extérieur et à son tour, le monde au-delà avec un flux constant de nouvelles de la guerre.

RBSS a maintenant autour de 44 mille adeptes avides sur Twitter et un peu moins de 200 mille sur Facebook. Ils sont cité par diverses organisations internationales de médias pour leurs rapports de première main de la vie quotidienne à l'intérieur d'une ville où la plupart des gens vivent craignant à la fois la colère de Daesh et les frappes aériennes aveugles de la coalition menée par les USA contre Daesh. IFEX a pu joindre Tim Ramadan (un pseudonyme) qui vit maintenant à Urfa et gère certaines des activités du groupe à partir de là.


Qu'est-ce qui vous motive?

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