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Shukhrat Kudratov, avocat des droits humains

L'avocat Tadjik des droits humains Shukhrat Kudratov purge une peine de trois ans de prison pour des motifs politiques liés à la défense d'un chef de parti de l'opposition emprisonné.

RFE/RL's Tajik service. Creative Commons

Dans un communiqué de Human Rights Watch publié en janvier 2015, Steve Swerdlow, chercheur sur l'Europe et l'Asie centrale, réfléchit sur l'emprisonnement de Shukhrat Kudratov:

"Les poursuites judiciaires contre Kudratov, que nous croyons être motivées par des raisons politiques, frappent directement à l'indépendance de la profession d'avocat dans le pays."

L'avocat Tadjik des droits humains Shukhrat Kudratov purge une peine de trois ans de prison pour des motifs politiques liés à la défense d'un chef de parti de l'opposition emprisonné.

Les cas défendus par Kudratov au fil des ans ont concerné des militants politiques, des victimes de la torture et des abus de la police ainsi que des personnes accusées « d'extrémisme religieux ». L'un des rares avocats dans le pays prêts à prendre en charge ces questions, il a reçu le Prix annuel du défenseur des droits humains pour l'année 2011 décerné par le Bureau tadjik pour les droits de l'homme et l'Etat de droit.

Kudratov est également connu pour son travail d'avocat pour le service indépendant de nouvelles, Asia-Plus, décrit comme l'une des plus importantes entreprises de presse au Tadjikistan - en plus d'être l'un des services placés sous surveillance constante du gouvernement. Ce média a subi des procès en diffamation, l'intimidation de son personnel et le blocage périodique de ses médias sociaux et sites web. Ce harcèlement a été étendu à son équipe juridique. A titre d'exemple datant de 2011, Kudratov a rapporté que lui-même et un autre avocat ont été menacés par un agent de police qui leur avait dit qu'il pourrait leur « tirer une balle dans le front ». L'officier était un témoin de la défense qui soutenait un collègue dans un procès au sujet d'une affaire de diffamation contre le journal.

En 2013, Kudratov prit la défense de Zaid Saidov, un homme d'affaires devenu politicien, qui, en mars 2013, a fondé le Nouveau Parti du Tadjikistan et qui a prévu de se présenter à l'élection présidentielle prévue pour se tenir en novembre de cette année-là. Cependant, les ambitions de Saidov ont été contrecarrées lorsque, en mai 2013, il a été arrêté, puis condamné pour fraude, polygamie et délits sexuels. Il purgera une peine totale de 29 ans de prison. Le parti de Saidov est juste l'un des nombreux partis dont les membres ont été accusés en vertu de fausses accusations de délits sexuels et financiers, y compris le Parti social-démocrate dont Kudratov est chef adjoint.

Puis, en juillet 2014, Kudratov lui-même a été arrêté pour corruption et fraude, quelques jours après qu'il a envoyé un appel aux organisations non gouvernementales et aux missions diplomatiques mettant en évidence des irrégularités dans le cas Saidov. Dans son appel, il a parlé d'intimidation, de harcèlement et même de menaces de mort portées contre lui, sa famille et d'autres avocats travaillant sur le cas pendant et après le procès. En novembre 2014, une délégation de la Commission Internationale de Juristes a visité le Tadjikistan, concluant que la condamnation Kudratov avait tout l'air d'être une punition pour sa défense de Saidov. Elle a ajouté que son emprisonnement aurait un effet dissuasif sur l'indépendance des avocats à travers le Tadjikistan.

En janvier 2015, Kudratov a été condamné à neuf ans d'emprisonnement, à purger dans une colonie pénitentiaire strict. Il a également été interdit de pratiquer le droit pendant deux ans après sa libération. Sa peine a ensuite été réduite à trois ans.

Kudratov est juste un de nombreux avocats des droits humains au Tadjikistan qui ont été arrêtés, menacés et ont souffert des représailles pour leur défense des figures de l'opposition, une situation qui devient plus aigu, selon un rapport d'octobre 2015 de Human Rights Watch. Des allégations d'actes sexuels inappropriés et d'autres fausses accusations ont été portées contre les membres des partis d'opposition qui se présentaient à des élections législatives en mars 2015. Dans ces conditions, il n'est peut-être pas surprenant que le parti au pouvoir du président Rahmonov a remporté l'élection avec 65% des voix, tandis que ces parties de l'opposition qui étaient sous attaque et qui avaient le vent en poupe à l'élection n'ont pas réussi à atteindre le seuil parlementaire. Le chef de l'équipe d'observation de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe qui a suivi l'élection, Miklos Harastzi, a déclaré: « De véritables élections démocratiques ne peuvent avoir lieu sans des véritables débats dans les médias, une administration électorale indépendante et un environnement exempt de répression. Malheureusement tout ceci manquait ».

Dernière mise à jour: 13 janvier 2016

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